Rencontre bilan avec Michael, autour d’un thé, dans la belle maison d’Hélène Wurlitzer, toujours intéressant.

George m’invite au Dragonfly pour un rapide repas. Petit restaurant, peu de choix mais tout est bon et particulièrement, leurs délicieux gâteaux.
Suis tout près du Millicent Roger Museum. Je reste plus d’une heure dans ce petit musée bourré de choses formidables, couvertures hispaniques et navajos, bijoux, poteries, vanneries, meubles, peintures, art religieux.
Toujours émouvant de découvrir, dans ces maisons-musées, une personne à travers les choix qu’elle a faits.
Avec ici tous les bijoux qu’elle a créés et fabriqués, ses outils, et les vêtements qu’elle portait et qui ont été à l’origine de cette mode d’un ouest urbain et chic à Santa Fe et Taos.

Fonce voir l’antiquaire de Ranchos de Taos. J’avais visité son magasin, Two Graces, tout au début. Revois les magnifiques mocassins, les cadres boites en métal, les livres, les petits objets et les bijoux.
Tombe sur un collier très particulier que je n’avais pas remarqué l’autre fois et quand je veux le voir, l’antiquaire me demande si j’en ai déjà vu des comme ça.
- « Non ». Il m’explique alors:
- « Les colliers comme celui-ci sont porteurs d’une part d’histoire du Nouveau Mexique. Ils sont faits avec les « restes » d’un accident de train. Les Indiens du village de Santo Domingo ont récupéré le formica rouge des tables des wagons, les batteries, les disques vinyl, les bouts de plastique… et les ont utilisés pour compléter les pierres semi-précieuses qui leur manquaient à ce moment de la « Dépression ». On les appelle battery-backed jewels ou dépression-jewelry. Les collectionneurs d’aujourd’hui sont prêts à les acheter des fortunes. Surtout ceux faits avec les disques ».

 16h30,
- « Je dois partir, on a invité des gens. Je reviendrai samedi. »
- « Oui, mais pas avant 3h, je vais à l’enterrement d’une chère amie, potière, regardez les poteries là, c’est elle. »

George et moi qui partons dimanche avons invité les autres à un apéro, vin, olive niçoises, fromages, fruits…
On parle de tout et de rien puis de ce qu’on pense de notre séjour ici, certains le trouvent inutilement long, d’autres trop courts, mais on est tous d’accord pour dire que ce sont des conditions exceptionnelles pour créer.

Seuls et  libres de nos journées.
La nuit arrive, on se dit au revoir.

 

SOFT SHOULDER, j’aime toujours  cette expression qui continue de me surprendre, chaque fois que je la croise. « Epaule tendre ». Non,  « accotement non stabilisé ».
Attention ne pas s’y abandonner.

Fin d’après-midi, je prends la Tune drive, comme m’ont expliqué Adrienne et Leaf pour trouver les Manby hot springs, un peu plus bas sur le Rio Grande dont ils m’ont parlé dimanche.

Après la très longue piste, j’arrive au chemin qui descend vers la rivière. Je me perds et prends « la » voie  « Directe » qui dégringole à pic dans une sorte de chaos de roches avec stations ombragées et sablonneuses.
Arrivée presque en bas, je ne vois toujours pas les Manby hot Springs. et abandonne d’y aller. Trop tard.
Remonte en prenant mon temps, c’est plutôt de l’escalade très facile que de la marche, mais j’aime bien ça.
Et trouve, en passant un peu plus à droite le chemin qui continue en pente très douce. Les sources sont probablement plus en aval. J’irai, si j’ai le temps, un matin avant de partir.
En rentrant je passe devant cette maison eartship, puis les double wide.

Comme toujours la lumière passe assez vite du bleu au rose tendre presque déchirant sur le cimetière.
La lande, la morada. Heather qui part demain, en revient. On parle 5 minutes. Nous nous embrassons, nous quittons.
Je marche dans l’odeur de la sauge, des pins pinions et des genévriers devenue familière, comme le sont la ligne des crêtes au fond, la croix noire de Georgia O’Keeffe, et la blanche sur la Morada, la rectitude du sentier, les replis du terrain, le rouge craquelé de la terre.
Juste le vent inconnu encore de ce soir de printemps pour adoucir le nevermore.
Toutes les dernières fois se succèdent. Ça fait drôle.

Cette maison est sur le chemin qui longe le cimetière.  La nuit tombée, en repartant, je voyais sa lumière dans la nuit. Une femme lisait ou marchait, effaçant le feu dans la cheminée dans ses allers et retours. Ce soir, il y a aussi un homme.
Chaque fois je me demandais quelle était la vie de cette femme. Avait-elle choisi d’habiter si près du cimetière ou était-ce une maison de famille? Vivait-elle seule? Cet hiver, la fumée ajoutait à mon impression d’une chaude chaleureuse maison.
Malgré mon envie, jamais frappé à la porte.
En rentrant, je dîne seule. Porc au gingembre, à l’ail, au soja et riz blanc.

 

Départ à 8h00 pour Cimarron, ville de l’ouest sauvage, avec George. On passe évidemment par le World Cup pour emporter le meilleur café de Taos.

Puis l’éternelle 64 qui monte vers Angel Fire et Eagle Nest – Ah! Les noms – et son lac, encore gelé.

C’est le printemps dans les hautes plaines entre 2 cols, l’eau ruisselle partout, emplit les terres les plus basses. Une sorte de douce inondation qui vient quelquefois jusqu’au bord des routes et qui ne préoccupe personne.
De l’autre côté de la montagne, pour descendre vers Cimarron on roule dans un canyon qui suit les caprices du Clear Creek.
Tout d’un coup magnifique échappée sur la rivière qui, gonflée par la fonte des neige et les orages d’hier soir, s’étale là où le canyon s’élargit.
Plein d’oiseaux, des plaques de neige, des arbres, des rochers. Je prend le sténopé et marche au bord de la rivière, vers la forêt. Georges reste dans la voiture:
- « Prends ton temps, Marie. »
Quelques photos. Quand je reviens, Georges s’est endormi.

On arrive à Cimarron, la ville au milieu de nulle part, ranches, chevaux, rues à angle droit, platitude, sur la mesa qui est une des limites de la ville, l’immense réservoir.

Dans le café galerie où on entre, on s’assoit sur les tabourets à l’assise en forme et aux couleurs de capsule de coca cola, derrière le bar, la bouteille de lait au nom du plus vieux ranch du Nouveau Mexique à être tenu par la même famille, la serveuse comme on l’attend et sa cliente qui lui montre les 2 derniers colliers qu’elle a faits pour la vente de charité qui a lieu dimanche prochain, les bijoux indiens, la collection sur 12 m de long au moins et 1m de haut de « patches » et la serveuse nous dit:
- « Ils viennent de toute l’Amérique et de Russie, Pologne, Argentine »
- « De France? »
- « Non! »
Pendant qu’on sirote notre café, elle nous raconte l’histoire de la ville, les tueries, Maxwell, la County Colfax war, les balles dans le plafondde l’hôtel Saint James,
- « Il faut absolument que vous alliez le visiter ».
Entre un Américain. Il dit toute sa nostalgie d’avoir quitté Cimarron, sa ville, son enfance:
- « Comme c’était bien!, je veux revenir, vous ne connaîtriez pas quelque chose à vendre… »

La plazza, très grande et presque vide où les émigrants vers l’ouest, campaient. On passe dans les rues, ahuris devant les maisons dont certaines datent probablement de l’origine de la ville, plein de muraux, des vieilles voitures partout, des daims sous les arbres devant les maisons, des chevaux, des chiens et autour l’espace sauvage.

On essaie un autre magasin complètement western, même accueil avec envie de raconter sa ville. La femme nous montre des chapeaux de cow-boy de toutes sortes, des chemises… des jeans, des santiags et autres bottes, au fond, l’atelier de son mari qui est sellier.
Elle nous indique un tout petit « deli », the Porch où tout est bon. Oui délicieux et frais, dehors les légumes et fromages et fruits qu’elle vend.

Visite obligée donc de l’hôtel Saint James où le patron prend un grand plaisir à nous montrer le plafond percé par les fusillades et les chambres où Lew Wallace a écrit une partie de Ben Hur. Où ont couché Annie Oakley, Buffalo Bill, Jesse James, Remington, White Earp.

Le plafond troué - Annie Oakley - Wild Bill Hickock - Pat Garrett

Dans le hall des têtes de wapiti, bison et un lion des montagnes ou puma, plus grand que je ne l’imaginais. Il paraît qu’il en reste dans la forêt autour.
Retour à Taos. Tranquille soirée avec Robbie et Jim au Lambert’s restaurant qui est le meilleur de la ville, à leur avis. Et oui on s’est régalé. En plus plein de photos et de tableaux sur les murs.
Les adieux commencent!

Cette nuit ai très mal dormir à cause des bagages à composer ou de la fin de cette résidence qui approche?

Après déjeuner, je repars pour le rendez-vous avec Taja et Pablo Florès.
Plein de monde dans la boutique.
De Pablo, point. Taja l’appelle. Ben non il ne peut pas venir.
Tant pis, pas grave, curieusement je m’y attendais.

On repart dans la découverte réciproque de nos vies, je lui montre des photos. Elle adore les polaroids.
A 18h00, on est encore entrain de bavarder. On échange nos adresses. On se quitte.

Je vais rendre la petite valise que j’ai achetée, en choisis une bien grande. Ce soir je la testerai. Conchita, je suis sûre que tu rigoles et penses à Venise. Pourtant j’ai été très raisonnable mais avec le froid j’ai acheté des snow boots énormes, une veste polaire épaisse, des livres…

Pour l’instant en rentrant, rue Kit Carson,  j’aperçois un immense arc-en-ciel, fonce vers la 64. Photo. Comme si le 101 avait été choisi pour communication entre l’en-haut par l’arc et l’en-bas par la flèche.

Derrière les montagnes embrouillardées, des éclairs, un assombrissement orageux, alors que le soleil brille à Taos. Je repars vers l’ouest pour le soleil, le nord pour avoir une vue plus libre. Les nuages, plutôt des nuées  filtrent la lumière orangée du soleil, l’étalent, la répandent, non, la vaporisent à l’horizon.

Plus de soleil, plus d’arc en ciel. La lumière blanchit, bleuit, d’immenses nuages viennent dans le pare-brise.

Fin de la pièce. Juste les vaches bleuies de crépuscule. Paître toujours. Les lumières s’éteignent.

Bagages. Jeter l’inutile, c’est déjà mieux. Rassembler ce que je ne mettrai plus. La grosse valise se remplit. Et il ne reste que peu de choses finalement.
Ça va aller. Demain, je pars très tôt pour Cimarron.
Pour finir la soirée en plaisir, retour au blog. Le lien avec les proches.
A bientôt.

Tôt le matin je pars pour les sources chaudes le long du Rio Grande.
A la sortie de Taos, breakfasters et vagabond qui compte ce qui lui reste.
La piste et ses cavaliers du dimanche, en bas, au pont, pêcheurs, kayakeurs, familles, commencent à arriver.

 Je ne reconnais plus l’endroit enneigé parfois, toujours solitaire où je suis venue plusieurs fois.

Au départ du chemin pour les sources, personne. Au bassin non plus. L’amie de Robbie, spécialiste des pétroglyphes m’avait dit qu’à proximité des bassins d’eau chaude il y avait en général des signes pour les indiquer, visibles quand on passait en bateau. Je suppose que ce sont ces deux ondes que je vois sur le rocher.
J’entre dans l’eau. Très chaude. Ah si j’avais connu l’existence de ces sources je serais venue avec la neige autour, cela aurait été formidable. Ce matin j’en profite, admire le paysage, nageotte en rond, essaie le bassin voisin où l’eau chaude se mélange à l’eau du Rio Grande, froid mais supportable. Ce qui me surprend encore plus que la température, c’est sa limpidité et sa couleur. Pendant que je suis dans l’eau des kayakeurs passent puis deux hommes dans un énorme bateau en caoutchouc s’approchent me font coucou et me demandent si c’est aussi délicieux que ça en a l’air. Me laissent à ma paix.

Quand je finis de me rhabiller arrivent 2 jeunes, en balade. En voyant l’eau si claire, ils pensent qu’ils ne vont pas résister et se baigner. On discute, lui se présente,
- « Leaf, oui comme la feuille d’un arbre ». Je rigole:
« Tes parents étaient des hippies, non? flowers peace and love! »
- « Oui, c’est exactement ça. Et d’ailleurs c’est toujours des hippies ».
La fille s’appelle Adrienne et dit:
- « Oh, c’est agréable, vous le prononcez à la française. Ici ils ne savent pas comment le dire. »
On bavarde un peu.

A 16h, on a rendez-vous pour finir les empenadas. Hier on a fait la farce. Maintenant George découpe la pâte et je remplis les cercles qu’ensuite je plie en 2 et ferme.

On en fait une cinquantaine pour le repas de ce soir. Il y aura tout le monde et Michael, sa femme Toni et les « members of the board ». En fait je ne sais pas trop comment on dit en Français.
Après le délicieux dîner, Carolyn et Patty Sheehan, la chanteuse de Don Juan (cf. 14 février, Saint Valentin), lisent la pièce sur Dorothy Brett et DH Lawrence que Carolyn a écrite depuis qu’elle est ici.
Encore une fois j’admire la vie et l’écriture de la pièce. On en parle tous, c’est une soirée chaleureuse, et voilà.