8- Redford et Sundance, Casino Jack et Lobbies, Eduardo et Taos Pueblo

« 5h du mat ».
A la radio j’écoute une série d’émissions sur le festival de Sundance.
Cette année sont présentés des documentaires que Redford tient à montrer:
« Il faut qu’ils arrivent  jusqu’au public, que les gens puissent les voir ».
Etait invité ce matin Alex Gibney, le réalisateur de Casino Jack and the United States of Money, film sur l’argent des lobbies dans la politique américaine. A ce propos, ils reparlent de cette loi qui, en accordant le statut de personnes privées aux entreprises, leur permet d’investir ouvertement autant d’argent qu’elles veulent pour influencer les hommes politiques et interférer sur les lois.


Je pars en voiture vers le land management office pour acheter  des cartes genre IGN. Ils sont très étonnés que je pense aller randonner avec la neige et l’hiver!

Je leur dis que mon intention est plutôt d’aller photographier le Rio Grande et la Red River… Grand soulagement, ils n’auront pas à appeler la police pour chercher la vieille Française. Il faut dire que Taos c’est assez sauvage, au milieu de montagnes qui montent très haut. Il y a une station de ski tout près.

Les rivières ? Justement madame, il y a plusieurs endroits qui sont tout à fait marchables, sans être une randonneuse pure et dure, jeune et endurante, et même avec des routes pour arriver pas trop loin des endroits intéressants. En plus comme me dit la fille derrière le comptoir : « oh you’ll see, they’re so marvellous hikes ».

Je demande alors si on peut aussi se promener et photographier dans les territoires indiens. Le spécialiste, c’est Eduardo, me dit-elle. Elle l’appelle et il arrive très tranquillement, regarde la carte, m’explique où je peux aller.
– « Et là, autour de Taos Pueblo? »
– « Non, dans cette grande partie rouge là, (rouge, c’est justement les territoires indiens) on ne peut rien photographier. »
J’insiste un peu et il me raconte alors que les autres parties rouges, de l’autre côté, je peux, mais comme il vient de me le dire, là, non, c’est impossible, ils se sont battus, ça été très dur d’avoir cet espace autour de leur village et ils ne veulent absolument pas que des étrangers à leur communauté viennent prendre des photos. Ils sont chez eux et qu’on leur foute la paix. Je lui demande
– « Vous êtes Navajo? »,
je sens un petit retrait.
– « No, Pueblo, les Navajos sont des nouveaux venus sur nos territoires, comme les Européens! »
complète-t-il. Je lui réponds,
– « ça je savais. »
il sourit et attend que je parte.
– « Bye. »
– « Bye. »


Je roule vers le sud puis l’ouest, les routes deviennent de plus en plus étroites un peu plus défoncées, et très peu de voitures. Des faubourgs, des champs, des fermes, des caravanes métalliques, avec à l’horizon les montagnes. Je photographie, continue à rouler, et comme le jour baisse que la tempête de neige est prévue pour ce soir cette nuit ou demain, je trouve un endroit pour faire demi-tour. En approchant du bas côté, en contrebas, le ruban sombre d’une petite rivière, un pont en bois, la neige pas encore fondue et des grands arbres.


« A la maison », je déplie les cartes. La tempête prévue deviendra un moment de bonheur avec toutes ces lignes et couleurs, rivières et chemins que je ne connais pas, là par terre, pour réchauffer le blanc du monde demain.

Quelques voitures passent, et le souffle du vent, par moment.

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