13- On a le Temps à Ranchos de Taos, DH Lawrence et Howard Zinn

dans la cuisine il fait bien chaud

Grande angoisse en ce jour limpide. Comment tenir le rythme sans intrigue feuilletonesque? Sans suspense ça risque de devenir ennuyeux. Pas du tout le souffle de la littérature américaine que j’aime tant! Mais bon je tiens à continuer, comme le héros du film de Tony Richardson, La Solitude du Coureur de Fond avec Tom Courtenay. Tenir la distance. C’est peut-être souvent de cela qu’il s’agit dans la vie, juste continuer. Ou continuer juste. Pour paraphraser Godard.

Après le déjeuner, je pars vers le sud, à Ranchos de Taos, où j’avais aperçu en arrivant d’Albuquerque, la magnifique église souvent prise en photo, magnifiquement, par Paul Strand, Debra Bloomfield, Plossu et plein d’autres. J’en fais le tour, quelle paix. Elle paraît très grande dans un village qui fut probablement un comptoir (trading post), lieu de rencontre, saloon, échanges en tout genre et qui en a gardé quelque chose de nomade, de transitoire enfin, d’un endroit où on ne reste pas.
Après l’église, en marchant un peu, une échappée entre 2 rues ouvre sur d’immenses champs fermés au loin par une mesa, comme un étage à l’horizon. Au loin devenues familières, les montagnes.

Du coup je continue, m’éloignant de la grande route 68 de Santa Fe  à Taos, qui croise la 64 qui relie, d’ouest en est, l’Utah à l’Oklahoma. Plus loin, de somptueuses demeures refaites à l’ancienne avec des boiseries récupérées, portes, fenêtres, des maisons secondaires on dirait, vides en tout cas, mélangées à d’autres très simples avec la cheminée qui fume et les pick-up garés devant.


Les conducteurs (trices) qui passent sont surpris de voir une piétonne. Indiens, vieux hippies, mère qui ramène les enfants me regardent et me font un bonjour souriant auquel je réponds. On a tous l’air d’avoir le temps. Belle balade au soleil couchant.
La nuit tombe vite et je rentre faire mon heure de conversation française avec George. Après le repas, reprise en parallèle bizarre du Serpent à plumes et de Une Histoire Populaire des Etats-Unis  d’Howard Zinn. Un tour sur google pour regarder le film  tiré du livre et produit par Matt Damon, Des Voix Rebelles dans lequel des acteurs lisent les textes, discours, déclarations du peuple, ceux qu’on n’entend jamais, « ceux d’en bas », comme disent certains.
En même temps, j’engouffre un paquet de chips, bois un thé avant qu’il n’ait refroidi. Adaptation au milieu.

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14- L’Elégance du Hérisson, Champagne, Mission Gallery, Chi Cong

Hier soir la conversation s’est bien déroulée. George m’a parlé de son voyage avec sa femme à Reims et à Epernay, du champagne Veuve Clicquot, des caves qu’ils ont visitées, immenses dans les crayères qui sont de très anciennes mines, m’explique-t-il, déjà exploitées du temps des Romains.
Et du livre qu’il a énormément aimé L’Elégance du hérisson.

Balade à pied en ville.

mission gallery

 

En passant je vois la Mission Gallery et me rappelle que Rena Rosequist, l’assez vieille dame rieuse qui était à notre réunion jeudi dernier, en est la propriétaire. J’entre.

Parle des jours anciens quand son mari avait créé la galerie, les rencontres avec tous les artistes venus à Taos depuis le début du siècle dernier.

Cette galerie, oui, elle y tient, coûte que coûte, parce que c’est la fidélité à tous ces amis morts pour la plupart et la continuation de cette vie qu’ils avaient décidé de consacrer à l’art.

 

 

Elle me montre  les gravures, les poteries, les bijoux en papier (comme toi Pascale), les tableaux.

Moments de plaisirs partagés, du pas beaucoup d’argent, de jeunesse…
Beauté de cette femme.

Quand je sors le ciel redevenu blanc supprime tout relief.
Pas très froid, mais j’ai envie de rentrer lire et travailler.
Je regagne le fauteuil vieux rose, bien au chaud, je commence à écrire.

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15- La Neige Toujours, Wired Cafe, Chili con Carne

Il se remet à neiger fort. Il faut  que je loue une voiture. A la bibliothèque on peut téléphoner. M’arme de courage pour ce moment, déjà en France je ne suis pas brillante pour ce genre de trucs, imaginez ici. Ah! Carolyn la combattante est là.
« Oui d’accord j’appelle ».
Une demi-heure de tractations sans arriver à un prix convenable. On remet ça à plus tard.
Comme on meurt de faim, on embarque pour le Wired Café que Carolyn adore.

Chili con carne, jus de fruit bio et un labyrinthe de pièces. On s’installe dans la véranda plastique avec 2 énormes chauffages au plafond, un ruisseau, des poissons rouges. Dans le prolongement vers l’intérieur, un escalier avec une sorte de large galerie ou le silence is required et une autre grande salle centrale avec plein d’ordinateurs. Partout des prises pour brancher les portables, des arbres, des plantes. Juste le bar à l’entrée sans informatique. Comme d’habitude rigolade et petites nouvelles.


Quand on sort, la voiture est complètement enneigée mais ça démarre et on rentre à pas de loup, j’aime bien cette incongruité, elle dit le silence et la prudence.
22 h. Près du poêle, une tasse de thé.

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16- Snow Boots, Banjo, Jam Sessions, Eskes Pub

Souvent j’écris bien tard le soir dans le fauteuil vieux rose, les pieds posés sur la plaque devant, pour protéger le parquet, confort maximum.

L1060843wEn fin d’après-midi,  j’ai été acheter des snow-boots dans un magasin à l’autre extrémité de la ville. J’y trouve, en essayant un nombre assez impressionnant de bottes, celles que j’ai actuellement aux pieds et qui accompagnées de chaussettes en laine me tiennent très chaud. La fille qui me fait essayer me montre comment resserrer, m’explique les différentes fabrications, me conseille plutôt cette marque vraiment plus étudiée etc… L’heure de la fermeture approche, le magasin se vide peu à peu, on se retouve à parler politique. D’abord Obama et là comme d’habitude c’est:
– Il est formidable mais il ne peut pas faire grand-chose avec l’opposition républicaine.
Elle enchaîne sur Bush et ses horribles Républicains qui ont ruiné l’Amérique, et ce qu’elle ajoute alors me sidère:
– Ce ne sont pas seulement des ultra libéraux prêts à tout pour avoir plus d’argent mais aussi des extremistes religieux  ultra réactionnaires qui pensent que ce ne serait pas plus mal que tout se casse vraiment la gueule et qu’on en finisse avec ce monde terrestre, d’où leur politique anti écolo, guerrière, etc… Rien à foutre de nos enfants ni du monde. On profite tant qu’on peut puisqu’on est les plus riches, et, littéralement, à dieu va. Vive l’apocalypse!
Là dans ma pièce près du poêle,  je n’en suis pas encore revenue.

Puis elle me parle d’elle qui a toujours travaillé dans les chaussures et partout dans le monde surtout en Europe, quand elle était chez Doc Martens, ce qui lui permettait d’assouvir sa passion des voyages me précise-t-elle.
–  J’suis guitariste, j’ai  fait partie d’un groupe de rock qui à un moment a eu pas mal de succès en Allemagne.
– Et maintenant?
– Maintenant je me suis mise au banjo, je préfère, ça me permet de participer à des jam sessions et j’adore ça. J’aime bien aller jouer au Eskes pub.
– Et vous faites des balades, vous connaissez bien autour de Taos?
– Des randonnées ?
– Oui! Particulièrement le long des rivières.
– L’hiver c’est limité mais vous allez quand même trouver des endroits superbes le long de la Red River en particulier et le Rio Grande en allant vers Santa Fe, y’a des coins magnifiques.
Elle me montre une raquette, ancienne, dans la vitrine, l’illumination :
– Voilà c’est ça qu’il faut que vous fassiez, louer une paire de raquettes, c’est pas cher, il y a même une initiation si on veut, j’ai lu la pub là dans le journal local. Tenez, prenez-le. Moi,  je fais ça c’est extraordinaire. Je pars seule, je repère des traces et je les suis, faut pas se perdre. Vos chaussures, là que vous venez d’acheter, elles sont parfaites pour les balades en raquettes, par contre pas de chaussettes en coton, on a trop chaud on sue et les pieds glacent.

Tout ça très encourageant avec promesse d’elks et plein d’autres animaux, etc…

Je m’y vois, tiens, seule avec mes raquettes dans la neige au milieu des coyotes des élans et des ours!
Ou alors oui pour un petit tour prudent autour de nos chères casitas, saluer les voisins, de l’autre côté du champ, aller faire la lessive à 200m.

Echange d’adresses mails, pour quelle puisse me prévenir quand elle joue. Me dit comme ça a été agréable cette conversation et à bientôt. Et moi de même.

17h35, la nuit tombe, sans y penser, au lieu de rentrer, je tourne vers le sud puis à l’ouest là, au grand panneau peint de St François d’Assise. Flou, illumination d’un moment filé, instants colorés saisis en douceur.

 

 

 

Comme l’autre fois c’est un autre monde, route qui serpente, ornières, grands champs immaculés où la neige n’a pas fondu, des moutons à l’épaisse toison, des chevaux aux silhouettes aplaties par la nuit, les maisons sans fioritures, construction au plus fonctionnel et au plus économique.

 

 

 

 

De temps en temps un domaine, non, un ranch, ralentir et prendre  son portail en photo sans sortir de la voiture, mais 10 mètres plus loin, une voiture de police, 2 policiers en train de vérifier l’identité d’un type.
Alors je passe…

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17- Doc Martins, Country Music, DJ à Taos, Taosshortz

Restaurant bar Doc Martins, bel endroit branché où les gens se retrouvent entre 16h et 18h, musique live, essentiellement country.

Aujourd’hui on y est tous pour fêter la « réembauche » d’une DJ qui, le 31 décembre dernier, avait été virée sans aucune explication, d’une station de radio où elle animait une émission, le matin tôt. Elle invitait les gens de la région pour parler de leurs projets, idées, expositions, concerts, réunions évènements ou idées de toute sorte. Elle créait des liens entre les uns et les autres. Succès. Alors ils écrivent, protestent et un mois après, le 1 février, une autre radio de Taos lui propose de reprendre cette émission.

D’où la fête avec plein de musiciens, des amis, des auditeurs, et parce qu’elle est lesbienne, plein de lesbiennes. Je me balade dans les 2 salles, bourrées à craquer, tout le monde l’embrassant, s’embrassant, la prenant dans les bras, la congratulant, et puis musique, rigolades, conversations. Je me retrouve à une table avec une femme grande et costaude, très en forme, au moins 50 ans, chef des pompiers à Questa, à une heure au nord de Taos, accompagnée d’une petite fille tout en rose qui adore les glaces, dessine sur des minuscules bouts de papier et qui est la fille de Melinda, toute blonde là-bas au bar, puis 2 vieilles dames s’installent en face de nous, habillées comme ça devait être il y a 50 ans. Liz, Pamela et George sont là. On est assez éberlué. La DJ, qui a la même tête que Higelin, Nancy je crois, avec qui Carolyn a immédiatement fait connaissance nous demande d’où on vient ce qu’on fait. Effarant, ces femmes vraiment masculines, qui ont l’air de toutes se connaître, quelques autres, sophistiquées, beaucoup plus ambigües, et ces gens absolument comme on les imagine, sans y croire: les bottes et les jeans, bien sûr, mais aussi les vestes brodées, tissées, à franges, les blousons et les chapeaux de cow-boy, gilets et jupes en daim. De plus en plus chaude, l’ambiance. Je vais écouter la musique et regarder. C’est comme au cinéma.

Par la fenêtre, splendide ciel immenses nuages effilés. ça fait bien une heure et demi qu’on est là. J’ai envie de sortir du film et de rentrer.

Surtout qu’à 19h, on va avec Pamela et George au festival du court-métrage de Taos qui a lieu ce week-end!
11 courts métrages qu’on trouve vraiment pas mal à part 2, 3, on ne peut même pas dire navets tellement c’est rien du tout.

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18- Rencontre indienne, Pamela Peintre, Carolyn Parle d’Amour, Incertains les Bus à Taos


Trainaille, skype à Vosves où il y a maman, Pascale et Anna, à qui je raconte l’après-midi d’hier, le ciel bleu, les gens, Taos… Vais chercher l’imprimante qui est arrivée, la branche, « surfe » sur internet, marche jusqu’à la bibliothèque, me trompe de rue, me perds, me retrouve à la bibliothèque universitaire, entre pour demander où est la municipale. Un étudiant charmant, souriant, indien, se lève, grand et magnifique, sort pour me montrer la route, avec tout le temps du monde pour m’expliquer.
Moment de grâce! En tarrivant sur la plazza je le recroise, grand sourire et petit signe de la main.

Ce soir repas avec les autres résidents.
Pamela
nous raconte de sa vie entre Canada et Etats-Unis et comment en décidant de changer un peu par hasard d’université, elle se retrouve à 20 ans, sans encore être sûre de sa vocation, dans une des universités les plus huppées des Etats-Unis à suivre le cours d’un peintre New-Yorkais, qui lui déclare que si il y a une artiste ici c’est elle. Décisives paroles.
Carolyn nous joue le début d’une de ses pièces qui parle d’amour, et évoque ensuite cette notion de « jamais assez », dont DH Lawrence parle dans le livre que je suis en train de lire. Comme il faudrait se débarrasser de cette chose qui n’est plus du désir mais plutôt de l’inassouvissement, un manque infini, qui au lieu de se régler seul à seul, en vient à étouffer le désir de l’autre. On passe de l’étreinte à l’éteinte. Tout en parlant essentiellement dans ses pièces des destins tragiques soit de lesbiennes soit de femmes qui refusaient leur statut de femme, il s’agit en fait du sentiment amoureux et de relation et finalement cela semble bien se jouer toujours pareil. Comment la passion, l’amour, l’amitié, l’affection se construisent et se vivent et comment l’intégrité ou le manque d’intégrité, la tolérance, la jalousie, le mensonge, la possibilité ou l’impossibilité de fidélité, la trahison, le pouvoir de l’un sur l’autre ou la volonté d’égalité vont affecter la relation. Tout ça sur le fond d’intolérance qui a exclu ce groupe, au même titre que tout autre minorité.
Puis Georges nous lit l’histoire de son attente à l’arrêt de bus quand une fille arrive, s’installe à côté et entame un monologue invraisemblable qui commence par :
– « Vous devez le savoir, ici les bus c’est très incertain »,
– « Ah oui j’ai déjà remarqué » dit-il et ce seront ses dernières paroles. Elle enchaîne:
– « Moi qui habite à un quart d’heure en bus. Je prévois donc au moins une heure quand j’ai rendez-vous ».
Puis elle plonge direct sur sa fugue à 3 ans, … sa re-fugue à 10 ans … et sa vie dans la rue à partir de 12 ans, et … oui… aujourd’hui je sors de mon cours d’infirmière parce qu’à 14 ans j’ai été sauvée par une femme formidable … mais je sais même pas ce que j’en ferai de ce cours. Infirmière c’est pas pour moi, … « oh mon portable sonne euh excusez moi. Allo, t’es où ? Oui bon d’accord … etc… « . Le bus arrive.
– « Au revoir »

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19- Robbie Steinbach et Lyn bleiler, Café Tazza, La Nouvelle Orléans

Lever dans le gris tout à fait éteint d’un ciel de neige. Petit déjeuner. Il se met à neiger. Brutalement, le ciel bleu, éclatant. Ça a été exactement comme une averse.
A midi rendez-vous avec Robbie Steinbach, un photographe de Taos. Il m’a envoyé un email, (c’est Lyn Bleiler par qui je suis arrivée ici, qui lui a dit qu’une photographe de Nice était à la Wurlitzer Foundation, etc…), pour m’inviter à prendre un pot.
Je me prépare à le rencontrer et je me dis quand même il doit avoir un site, allons-y faire un tour.
Surprise! Robbie est une femme.
Elle passe me chercher. On retrouve Lyn tout près, au cafe Tazza qui est absolument l’esprit Taos, me disent-elles.
A ce que je vois aujourd’hui un mélange très diversifié: des vieux hippies dont un qui a les cheveux qui arrivent par terre, des jeunes avec oreilles nez lèvres percés, eux ils sont dehors au soleil en pull et moi je gèle avec ma grosse veste, à l’intérieur un couple très normal avec énorme chien, 2, 3 cowboys, un groupe de copines habillées « vintage » qui rigolent au fond, un Indien, un couple tout jeune installé dans un angle et ils viennent re-remplir leur tasse au thermos sur le comptoir. Une fois qu’on a payé un café, on peut se resservir comme on veut… Entrent 2 vieux mecs plutôt pas mal genre Clint Eastwood, une grande femme en noir à l’air assez déprimé (ant) qui ressort après quelques coup d’œil égarés à l’entour, 2 autres Indiens qui rejoignent le premier au bar…

Sur les photos de Robbie: Jomo, Wendy, Chiaro, Dwight, Melody

Lyn qui revient de la Nouvelle Orléans nous en parle. La ville lui a énormément plu, on ne voit plus, en tout cas dans le centre, de trace du cyclone et des inondations. Elle ajoute que dans la ville basse ça doit être très différent.
Elle nous raconte comme les gens sont extraordinairement excentriques. Ils peuvent tranquillement arriver à un rendez vous prévu depuis des jours et vous dire:
– « Are you flexible ? Je reviens dans quelques heures il y a une fête impromptue plein de musiciens je ne voudrais manquer ça pour rien au monde, mais encore mieux venez avec nous ça va être formidable… ».
Et  ça, même à Taos, si peu conventionnel, Lyn n’avait jamais vu.

On promet de se revoir, elles veulent m’inviter, serais-je libre. ? Ah oui je crois.

Pendant que je prépare un vague repas, Carolyn appelle sur « mon » portable prêté par ma voisine Liz, je lui propose de venir déjeuner. Et nous voilà à table, reparties dans une de nos passionnées discussions sur les relations humaines, la vie, nos vies, les photos, l’écriture, ce que ça fait quand la pièce qu’on a écrite est jouée. C’est extraordinaire aussi, me dit-elle, quand je monte sur scène, c’est comme un acte d’amour quand soudain j’avance le public là tout proche et je vais jouer ma vie celle que j’ai mise dans ma pièce et elle ajoute c’est tellement violent comme plaisir! Au fait c’est peut-être pour ça que je vis seule depuis 20 ans. Et elle s’en va. Oui, je trouve cette femme incroyable, son engagement total.

J’écris des mails, je lis, comme un dimanche on dirait, et après un dîner rapide, près du poêle, dans mon grand fauteuil vieux rose, eh bien vous le savez, j’ouvre l’ordinateur, choisis des photos et me mets à écrire.

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20- Dans le Maine, C’est autre chose la Neige, On part à Santa Fe, Tepee

Levée assez tôt, je tire les rideaux et la neige tombe, probablement depuis quelques heures.
Silence feutré.

C’est aujourd’hui que je dois aller à Santa Fe rendre la voiture et en prendre une autre chez un loueur beaucoup moins cher.
Je commence à penser ça recommence ça va pas encore être pour aujourd’hui.
Petit déjeuner, imprimer les plans, horaires du musée Georgia O’Keefe, ai-je des mails, aller voir Michael car l’évier est bouché, et le chauffe-eau à gaz dans la cuisine sent quelquefois, mon paquet de France avec tous mes carnets n’est toujours pas arrivé, tout pour retarder le moment décisif.
Car Carolyn la fameuse m’a dit hier:
– « Marie on y va, dans le Maine c’est autre chose la neige, c’est de la rigolade ici, on va pas sans cesse remettre à demain… »
– « Ok »
Je ne vais quand même pas moi l’aventurière d’antan me dégonfler!

Tiens les fils électriques n’ont pas tenu!

Après avoir vu Michael, nous partons. Aucun problème. Les routes ont déjà été salées.
Le paysage est assez incroyable: la neige les nuages bas, les brusques échappées orangées dans le gris épais du ciel.

Puis un passage de montées et descentes impressionnantes, le Rio Grande qui coule vite, impression qu’il a grossi depuis presque 3 semaines qu’on est là.

Arrivée sur Santa Fe enneigée. On trouve notre nouveau loueur et là on obtient je ne sais trop comment un prix encore plus bas que le prix qu’on avait négocié au téléphone quelques jours plus tôt. Le type en face plutôt sympa, déjà étonné qu’on arrive de Taos,  a l’air de nous trouver assez bizarres. Il nous demande ce qu’on fait à Taos. Carolyn lui explique, ça lui plaît  beaucoup et il nous parle avec fierté du Nouvau Mexique:
– « Oh oui il y a de quoi faire ici pour des artistes et oui sans voiture vous allez rater pas mal de trucs. »
Alors tout d’un coup, il accepte de retirer les 75 dollars de frais parce que je rends  la voiture à Albuquerque.
Dans la foulée on lui demande si ça peut pas encore baisser comme je garde la voiture plus de 2 mois, il accepte etc…
Par contre il n’a pas de voiture car on ne l’avait pas prévenu du jour où on venait. Ce qui s’avèrera une chance.
Il nous promet qu’une voiture rentre dans l’après midi.
– « Allez déjeuner, derrière la station service là-bas il y a un des meilleurs bars de Santa Fe ».
On y va. Bon repas.
Quand on revient, on le trouve en train de laver une énorme voiture genre « van ». Elle est pour NOUS! On pourra même organiser des journées pique nique quand il se mettra à faire meilleur.

Trop tard pour le musée alors on rentre avec le soleil qui sort. Lumière ouatée ou claire, d’un orangé éblouissant à notre arrivée à Taos.

Saut chez Liz qui nous invite pour un café, il est 18h elle est en train de dîner, on papote et je rentre écrire et lire. Un peu crevée quand même.

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21- Melody Gardot, 0ld State road 570, Dead End, Rio Pueblo

Il neige.
Pamela, la peintre canadienne m’a emailé hier soir pour me dire qu’elle passerait ce matin. La poste s’est trompé et un paquet pour moi est arrivé chez elle. Je lui offre un thé.
Elle m’avait déjà dit qu’elle allait d’abord explorer, regarder, se balader à bicyclette. « Par exemple me raconte-t-elle, tous les soirs je vais au même endroit, dans la rue Kit Carson là où elle se perd dans la nature et pendant 20mn, je regarde le soleil se coucher. En l’occurence à cause des montagnes, il monte plutôt, il disparaît d’abord des champs puis des arbres et finit par cette ligne dorée jaune rouge pâle à la limite des crêtes… » Elle se servira de tout ça pour peindre, bientôt. Elle lit beaucoup, dont l’histoire de l’Espagne parce que me dit-elle:
– « ils ont envahi le Nouveau Mexique, et ça m’intéresse de comprendre comment ça s’est fait ici. »
Je lui parle des récits de Las Casas que cite Howard Zinn dans son histoire américaine, puis évidemment on en vient aux « natives », on parle du Cantique de la Plaine de Nancy Huston (Canadienne elle aussi) et de Dalva de Jim Harrisson.
A 14h, George arrive pour sa conversation française avec un article en Français sur Melody Gardot dont il vient de découvrir les chansons et qu’il adore. Le temps de le lire, de le comprendre plus les quelques dérives sur des expressions comme: « j’en ai mare », ou « je n’y arrive pas », et l’histoire du « ferme ta bouche »: c’est en effet la 3ème personne depuis que je suis ici qui me cite le livre de classe dans lequel il y a comme traduction de « shut up » « ferme ta bouche ». je lui explique que personne n’utilise cette phrase en France sauf en face d’un enfant qui parle la bouche pleine. On parle ensuite en Anglais et en Français (l’heure est finie) d’American Beauty qu’il vient de revoir sur son ordinateur. Malgré le temps maussade, je pars dans mes alentours de Taos, explorant chaque fois un peu plus.

 

Aujourd’hui, je prends à droite puis à gauche et me retrouve dans un paysage visible à l’infini vers le sud, avec les montagnes au loin, les buissons noirs sur la neige les maisons indiennes qui ont l’air d’avoir été apportées et posées là avec le fouillis autour plus ou moins développé, quelquefois un ou deux chevaux, la vieille voiture familière…

 

La route devient piste et débouche après quelques miles sur « old state road 570 », me dit le panneau, je prends à droite.

La route devient piste et débouche après quelques miles sur « old state road 570 » que je prends à droite. Brutalement plus de route. Des gros rochers la ferment.
Je suis là depuis un quart d’heure à regarder, à photographier le rien, dans un froid assez glacé d’après midi sans soleil.
Absolument solitaire, croyais-je, lorsque je vois apparaître des silhouettes improbables (à se frotter les yeux pour être sûr): Une femme avec 6 chiens et un chapeau de cow boy sur queue de cheval, approche, venue de loin très loin. Une voiture tout aussi improbable arrive par la même route que moi et s’engage sur la piste où elle avance. La femme leur adresse un signe de bonjour. Les chiens courent devant elle.

– « C’est quoi là cette immense faille qui se perd au loin » je lui crie.
– « Dead end », elle me répond croyant probablement que je lui demande des nouvelles de la route.
Il y avait le vent et nous n’étions pas tout près. Je m’étais dit parlons lui avant que les chiens, qui me font toujours peur, me sautent dessus. Mais les chiens, parfaitement bien élevés, pas du tout ni excités ni agressifs lui obéissent. Je repose ma question dans une proximité augmentée par l’immensité nue autour de nous. Elle m’explique que cette faille continue sur des miles et que le Rio Pueblo qu’on ne voit pas d’où on est, se jette là-bas, elle me montre le nord ouest, dans le Rio Grande.
– « On peut y aller », je demande ?
– « Sans voiture oui, mais c’est loin. »
– « Combien ? »
– « Une heure et demi, vous descendez, là, dans la continuité de la route il y a une piste qui longe la rivière jusqu’au Rio Grande. »
– « Ah ben j’essaierai quand il fera meilleur. »
Salutations usuelles, elle reprend sa voiture moi la mienne, bien au chaud. Retour par l’ancienne 570 jusqu’à sa rencontre avec la highway qui va d’Espanola à Taos. Terrain connu. Les phares s’allument, je passe devant l’église de Ranchos de Taos et par la route du côté que j’aime bien jusqu’à chez moi.

 

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