13- On a le Temps à Ranchos de Taos, DH Lawrence et Howard Zinn

dans la cuisine il fait bien chaud

Grande angoisse en ce jour limpide. Comment tenir le rythme sans intrigue feuilletonesque? Sans suspense ça risque de devenir ennuyeux. Pas du tout le souffle de la littérature américaine que j’aime tant! Mais bon je tiens à continuer, comme le héros du film de Tony Richardson, La Solitude du Coureur de Fond avec Tom Courtenay. Tenir la distance. C’est peut-être souvent de cela qu’il s’agit dans la vie, juste continuer. Ou continuer juste. Pour paraphraser Godard.

Après le déjeuner, je pars vers le sud, à Ranchos de Taos, où j’avais aperçu en arrivant d’Albuquerque, la magnifique église souvent prise en photo, magnifiquement, par Paul Strand, Debra Bloomfield, Plossu et plein d’autres. J’en fais le tour, quelle paix. Elle paraît très grande dans un village qui fut probablement un comptoir (trading post), lieu de rencontre, saloon, échanges en tout genre et qui en a gardé quelque chose de nomade, de transitoire enfin, d’un endroit où on ne reste pas.
Après l’église, en marchant un peu, une échappée entre 2 rues ouvre sur d’immenses champs fermés au loin par une mesa, comme un étage à l’horizon. Au loin devenues familières, les montagnes.

Du coup je continue, m’éloignant de la grande route 68 de Santa Fe  à Taos, qui croise la 64 qui relie, d’ouest en est, l’Utah à l’Oklahoma. Plus loin, de somptueuses demeures refaites à l’ancienne avec des boiseries récupérées, portes, fenêtres, des maisons secondaires on dirait, vides en tout cas, mélangées à d’autres très simples avec la cheminée qui fume et les pick-up garés devant.


Les conducteurs (trices) qui passent sont surpris de voir une piétonne. Indiens, vieux hippies, mère qui ramène les enfants me regardent et me font un bonjour souriant auquel je réponds. On a tous l’air d’avoir le temps. Belle balade au soleil couchant.
La nuit tombe vite et je rentre faire mon heure de conversation française avec George. Après le repas, reprise en parallèle bizarre du Serpent à plumes et de Une Histoire Populaire des Etats-Unis  d’Howard Zinn. Un tour sur google pour regarder le film  tiré du livre et produit par Matt Damon, Des Voix Rebelles dans lequel des acteurs lisent les textes, discours, déclarations du peuple, ceux qu’on n’entend jamais, « ceux d’en bas », comme disent certains.
En même temps, j’engouffre un paquet de chips, bois un thé avant qu’il n’ait refroidi. Adaptation au milieu.

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