38 – Tire Factory, Ballon, Arroyo Seco, DG Nanouk Okpik et Cathy Strisik

A 8h30, je pars chercher la roue. Tout se passe au mieux, la roue est remontée en un clin d’œil, les pneus gonflés et le type me fait une lettre pour dire que la valve était défectueuse et il l’a gardée pour la joindre. Donc je ne paierai pas les 80 dollars de déplacement. Pendant que tout se fait, je regarde autour.  Au moins une douzaine de mécaniciens, Anglos, Hispaniques, Indiens. Une sorte de contremaître qui contrôle la rapidité du travail. La pauvreté saute aux yeux. Entre 2 réparations, ils se mettent le long du bâtiment et fument au soleil. Dans le bureau, tout est rutilant pubs pour voitures et pour pneus. Grand écran télé au mur avec une dizaine de sièges pour les clients spectateurs. Film policier.

En sortant du garage je vois un ballon qui va me suivre jusqu’à « la maison », entre guillemets, comme d’habitude.

Vers midi j’ai rendez-vous avec Carolyn pour aller voir la maison de Dorothy Brett, au début de la route qui va à Arroyo Seco, étrange village hippie. Ensuite, on continue et traverse pour aller piqueniquer un peu plus haut. Route de plus en plus belle, des chemins entre les champs ou qui mènent à des fermes, des Charolais, des Angus, des chevaux, et dans le ciel plein de corbeaux, de pies, de pigeons sauvages, de rouge gorge… Je reviendrai.

Le repas, délicieux – rouleaux de printemps, sushis ultra frais, oranges – s’éternise en une grande discussion sur les relations amoureuses. Peut-on vivre à deux?

Immédiateté tyrannique, plus d’espace pour la latence qui constitue la beauté du désir, la délicatesse et la trame indéchirable tendue contre l’ennui. L’ennui, celui de la mort des envies, de l’assoupissement de la vie, oubli des autres, de soi. Cette latence qui garderait vive la saveur de nos jours et de nos nuits, adoucirait les peurs obscures qui nous troublent au fond, éclaircirait le tain si facilement terni de nos échanges. Donnerait le temps au temps. Etc…

Ce soir je retrouve Robbie la photographe et Pamela pour une nouvelle soirée lecture SOMOS, cette fois au café Tazza.

Poetry by okpik and Strisik

« dg Nanouk Okpik, an Alskan native, and Cathy Strisik, a long-time Taos poet, will present their work  at Caffé Tazza, 122 Kit Carson Road, Friday (Feb. 26), 7 p.m..
Okpik, a member of the Inupiat tribe, currently lives in Santa Fe. She will present an introduction to the Inuit spirit world through her poetry. “The Inuit words and the English words are always seeking embodiment which is crucial to the journey as I free them to do their unique work,” dg nanouk okpik says.
And, Catherine Strisik, a Taos writer for 27 years, will read from her book, “Thousand Cricket Song,” which was just published Feb. 8. Strisik’s book was inspired by a two-week visit she took to Cambodia five years ago. She and her daughter accompanied her husband to a reunion with Ouk Damry, a refugee he befriended while doing humanitarian work as a physician in Cambodia in 1980. »

Robbie a apporté les 2 livres qu’elle a mis en page et fait imprimer sur internet, sur son séjour à Venise. Un avec les photos en couleur et son journal et l’autre en noir et blanc avec simplement quelques citations sur Venise. Elle me les prête.

Commence la lecture avec DG Nanouk Okpik, et c’est à nouveau tout à fait beau, cette façon d’écrire puis de lire l’Anglais qui n’est pas habituelle et redonne saveur et force aux mots autrement. Ça donne au texte pour moi, étrangère, en tout cas quelque chose qui me fait penser comme pour James Thomas Stevens entendu la semaine dernière, à l’enregistrement que j’avais entendu de Dylan Thomas, poète gallois, entrain de lire Under Milk Wood. Peut être le même décalage entre un poète celte et la langue anglaise qu’entre des poètes de culture indienne et la langue américaine. Distance des vaincus d’un temps à une langue qu’ils se réapproprient autrement. Refus d’une civilisation qui a voulu les éliminer ou les écraser.
Je vais la voir et lui raconte mon histoire de poète gallois. Elle me saute au cou, m’étreint et dit : « It’s my favourite poet. I love him. Je le lis tout le temps! » On parle alors des images des rythmes d’une manière de superposer plusieurs images et de les emmêler au récit etc… C’est bien bon cette simplicité directe, échange sans apprêt ni sophistication non plus. Elle va m’envoyer son bouquin et y écrire quelque chose pour moi. Moins intéressée par les poèmes sur son expérience cambodgienne de Catherine Strisik.

 

 

 

 

Retour à pied dans la nuit froide, veille de pleine lune, avec Pamela.

 

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