41 – Lande, Repas ente Amis, Poèmes et Histoire de Sibérie de Lera

Me lève assez tard sans raison particulière. J’envoie un mail à Cécile. C’est son anniversaire. Un autre pour l’anniversaire de Joëlle, en retard. Mais comme elle dit, je suis habituée si tu y pensais le jour même, je me demanderais ce qui t’arrive. Ensuite je traîne, essaie d’aligner des mots, me demande si je vais faire développer les pellicules ici par l’amie de Robbie ou attendre la France pour le faire moi-même. Me dis que ce serait bien de rendre visite aux autres photographes de Taos. De question en question, la journée avance.

Un petit tour sur ma lande, très différente au soleil.

Continue par la rue Quesnel où il y a souvent des chevaux dans le pré qui la longe. C’est un raccourci entre Kit Carson rd et le supermarché où je veux acheter un dessert pour le repas de ce soir.

George est là avec sa fille qui vit à New-York et dessine des chaussures pour le designer Phillip Lim). Dîner avec une soupe belle bonne odorante de Pamela, une salade multicolore de Carolyn, des crudités de George, un mélange patates douces et fruits de Liz, des gâteaux et du vin de Lera et ma glace avec fruits rouges, coulis groseille et graines d’anis.

On parle de la mode, du luxe, évidemment de Chanel et Saint Laurent… Soudain Lera se lève et propose de lire quelques uns de ses poèmes. On écoute assez sidérés. C’est sur la musique, le temps, la peine.  Quand elle se rassoit, on parle des poèmes, certains les trouvent tellement trop lyriques qu’ils ne laissent plus aucune place à l’émotion. Ils me touchent, j’aime leur sincérité. Elle nous raconte ensuite sa tournée aux USA, à 17 ans, accompagnée de ses « gardiens KGB » et la décision qu’elle prend en une journée à la fin du voyage de téléphoner au seul numéro que sa mère lui avait précieusement confié, d’un ancien ami emigré à New-York. Lera lui demande de rencontrer des musiciens. Ce qui se fait dès le lendemain de son concert. Et là ils lui proposent de l’emmener à la Julliard School pour tenter sa chance. Une audition est improvisée et les professeurs enthousiastes lui disent qu’elle peut venir quand elle veut. Elle téléphone à ses parents pour savoir ce qu’ils en pensent. Ils vivent en Sibérie, son père est sur le point de partir prendre le train pour aller la chercher:

– « Pour arriver à Moscou, il me faut 2 jours. De toute façon tu dois décider seule, ta décision sera la nôtre. C’est ton avenir. Si tu es là, je t’accueillerai et… Tu es libre. »
– « Ta décision sera la bonne », lui dit aussi sa mère, « nous serons contents pour toi, quoi que tu décides. »
Elle quitte New-York pour Moscou le lendemain. En 24 heures, elle décide de rester, de ne surtout pas retourner à l’hôtel, de ne rien dire de là où elle est mais de téléphoner pour prévenir ceux qui l’accompagnent afin qu’ils n’envoient pas la police à sa recherche, elle est mineure. Elle n’a rien sauf les affaires qu’elle a avec elle et son passeport. Un couple de musiciens l’hébergera quelques jours seulement car leur appartement est minuscule; son récit s’arrête.

5 ans plus tard elle a pu faire venir ses parents et son frère.

Quand George et Karen racontent la journée qu’ils viennent de passer à la neige, elle se souvient d’une longue balade à ski. Son père l’avait emmenée,

leur grand chien berger sibérienles accompagnait. Il lui avait confectionné un harnais. Ce jour-là ils étaient restés tard et sur le chemin du retour, elle avait cassé un ski. Dans la nuit, le chien les avait alors tirer tous les deux jusqu’à chez eux. Un de ses plus beaux souvenirs.

En rentrant à pied, la lune blanche, le noir des nuages et des branches, et des images de Sibérie dans les films, des photos me reviennent.

Continue Reading

42 – Elections à Taos, les Chevaux d’Arroyo Seco, Rachmaninof sur le piano d’Helen Würlitzer et les sculptures de Patrocito Barela

Les élections se préparent.

Passe à la bibliothèque échanger des livres et rendre le film de Diane Kurys sur George Sand et Musset. Ça me donne envie de lire Les confessions d’un Enfant du Siècle. Une tirade d’On ne badine pas avec l’amour, dans le film. Mais je l’ai dans l’oreille dite par Gérard Philippe au TNP: – « Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égoût sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.”
– « Tu vis. La question n’est pas de savoir si c’est pour ton plaisir ou pour ton malheur, et d’ailleurs qui la résoudrait ?Tu vis, tu respires et le ciel est beau. », répond George Sand

Arroyo Seco, les chevaux sont dans les prés, la neige fond un peu, les corbeaux se réunissent, planent, se parlent.

J’écoute le vent, l’eau du ruisseau, des cloches au loin, des pas derrière moi, une fille qui se balade, le crissement de mes pas dans la neige entassée près des clôtures, un hennissement, là-bas devant la ferme, 2 chiens qui aboient de plus en plus énervés, par quoi?
Je vois l’oiseau sur la croupe du cheval et le pommelé gris tellement beau au loin, dont je m’approche et qui a une large blessure ensanglantée à l’encolure; il vient jusqu’à la barrière, il reste de l’autre côté, sur le territoire des Indiens du pueblo. Je lui parle un peu. Je pense à Cécile qui aurait su et fait quelque chose. Moi rien. Regarder toujours.

Il est 1h, je rentre, quitte le cheval. A 14 h on a rendez-vous chez Hélène. Lera nous joue un prélude de Rachmaninof sur le piano légèrement désaccordé, il a besoin qu’on joue dit Lera et elle raconte ensuite que dans les partitions de la maison qu’elle a empruntées, il y a des transcriptions pour piano des chants et musiques du pueblo. Certains très transcrits et occidentalisés, d’autres qui lui semblent plus fidèles aux originaux et elle nous en chantent 2 mesures étranges (ères). La visite continue.  J’écoute assez distraitement sauf toucher les personnages en bois sculptés de Patrocito Barela. Aucun succès au point que ses sculptures alimentaient parfois le feu qui réchauffait ses enfants et sa femme. Aujourd’hui qu’il est mort, celles qui restent se vendent bien.

Michael nous dit que cette bibliothèque où nous sommes est à notre disposition, consultation sur place. Je reviendrai, plein de livres d’art, romans,  des biographies de gens d’ici, des livres anciens dont une collection de livres Français (Voltaire, Rousseau, etc…), tous empaquetés de blanc pour protéger leur fragilité. Ils ne semblent pas reliés, les titres ont été écrits à l’encre, écriture élancée de nos grands-parents.

Retour à ma casita, à mon désordre, à mon immense tranquillité.

Ah! Liz frappe, je l’emmène « shopper » chez Smith et à notre retour nous trouvons Carolyn assise devant la porte, l’ordi sur les genoux, l’enveloppe avec sa pièce traduite en Français que je dois corriger. Thé et commentaires de la soirée de la veille à 3. Liz s’en va. On continue la discussion avec Carolyn sur l’écriture et au diable la littérature. On dîne, je travaille un peu, trouve un mail de Lera avec l’adresse du blog où elle publie de temps en temps. Je vais voir, articles sur des musiciens ou plus autobiographiques. J’en lis quelques uns. Le souffle du poêle à gaz. Sa chaleur à mes jambes, vous vous souvenez je suis dans mon fauteuil vieux rose, une voiture dehors, la radio à fond, elle passe. Je vais dormir.

Continue Reading

43 – La Haute Route de Taos, Rio Grande de Ranchos, Vallecitos, Rio Lucio, Las Trempas, Truchas, Chimayo

Journée magnifique et tiède. Lessive, courte balade. Je rentre déjeuner en vitesse et repars en voiture pour la route qui va à Espanola en passant par les montagnes.

Juste après avoir tourné vers l’est, à Ranchos de Taos, je suis le rio Grande de Ranchos qui serpente entre la route et les collines. Je m’arrête pour le photographier. A chaque fois je dois trouver l’endroit où les barbelés ont été aplatis par d’autres et entre neige et boue arriver au bord. Il coule étroit et vif souvent dans la neige ou dans une lande de sauges, de saules rouges, de cactus rampants, de sombres sapins qui ont l’air de pouvoir résister à tout, de mauvaises plantes qui piquent, s’accrochent à mes habits. Sur les rives enneigées plein de traces de petits animaux, de pas et de piétinements immobiles. La route à 20m, on se sent pourtant dans un territoire inchangé et gardé. On ne peut y être qu’à pied et en faisant attention à où on met les pieds.

La route s’élève doucement, c’est la forêt maintenant de temps en temps de grands champs de neige, des vues sur les hautes montagnes aux sommets enneigés, et puis quand ça commence à redescendre, on passe de vallées en vallées, fermières avec des cimetières hispaniques colorés, des chevaux, des tracteurs et toutes ces maisons longues et plates préfabriquées, quelques une plus comme des chalets, quelques autres en adobe.

A Las Trampas un grand carrefour boueux me fait ralentir et en regardant sur la place, je vois une très grande église. Arrêt, j’en fais le tour. Elle est fermée. La porte est très belle, par une des fenêtres du côté je vois l’intérieur qui a l’air très beau. Un type joue au ballon avec son fils. M’approche, demande si quelqu’un peut ouvrir l’église. Il me prend par le bras, m’emmène un peu plus loin, me montre un toit rouge : »C’est Rosa qui habite là-bas, elle a la clé. J’y vais elle est juste en train d’arriver. Je lui demande. « Oui, si vous faites une donation. » « D’accord ». On entre, une merveille d’église, des immenses tableaux sur le côté naïfs et précieux à la fois. Au fond l’autel, un ensemble de peintures, récits des saints, à droite une toute petite chaire avec une échelle pour y accéder, et sous la fenêtre une représentation en couleur du Christ sur la croix. Comme toujours, paix absolue, contentement qu’on vienne même si c’est pour visiter plutôt que prier, surtout quand on dit à quel point on trouve que c’est beau. Et quand je dis à Rosa que je n’en ai jamais vue de pareille même si ça me fait penser à l’Amérique latine elle me dit que oui, c’est pas du tout une église indienne comme plein de gens disent. Non c’est hispanique. Alors ce soir c’est à Conchita et à son goût pour les vierges des églises que je pense.

La vue sur la vallée d’un côté et de l’autre sur les montagnes et pourtant, ça fait triste. Truchas. Maisons abandonnées, rues défoncées, la boue qui se mélange à la neige, personne dehors. Façades du café et du magasin principal, galeries d’art désertées pour l’hiver probablement. Sans vie.

 

Ça redescend dans des dunes couvertes de sauge d’un gris rosé par le soleil à ras des crêtes. Enfin j’arrive à Chimayo, trop tard, tout fermé déjà; juste derrière le sanctuaire, les montagnes rougies de soleil en train de basculer dans l’ombre. Tout est fermé sauf le café d’en face, paré d’œuvres d’art ou diverses en tous genres de l’art-récup brut, aux sculptures les plus sulpiciennes (ça se dit?) en passant par des objets de la vie d’avant selle défoncée assombrie par le temps, outils, vaisselles, croix bricolées avec des restes de ferraille. Dommage, le Sanctuaire très important dans la région, est de toute beauté. Je compte revenir le voir.

De Chimayo à Espanola sur la petite route serpentante, puis la 68 jusqu’à Taos ça fait pas mal de miles. Beau retour dans la nuit.

Continue Reading

44 – Rio Grande de Ranchos, Chemins de Traverse, Ex Votos?

Je continue un peu la correction de la traduction de la pièce de Carolyn, l’appelle pour avoir son avis avant de continuer. Elle vient mais ne se sent pas bien. Epuisée et affamée me dit-elle. Alors on va manger une soupe délicieuse, dans un petit restaurant thaï, conseillé par Lera, juste à côté. Je la raccompagne.

Retour au Rio Grande de Ranchos.

Prendre quelques photos et rentrer par des chemins de traverse.

Des ex-votos. Là sur le mur, sur la palissade. J’apprendrais plus tard, chez Taja que ce sont les oeuvres de Pablo Florès, santero de Taos.
Reste un long moment. Ça me plaît beaucoup.

 C’est le soir, le chien surveille le type en bleu au fond dans la rousseur des arbres.


Essaie de rattraper le retard du blog. Grignote. Ecris. Il est 2h du mat. Je sens le pain grillé et le café des petits-déjeuners en France, enfin la légère odeur qui en est la trace puisque 10h sonne déjà chez vous. Dans la maison de Pierrefeu, les maçons en sont peut-être à un casse-croûte d’une matinée largement entamée?

Continue Reading

45 – Edward Abbey, Monde Sauvage, Camino de la Placita, Guadalupe Plaza et Ledoux Street

Il est tard, la matinée presque passée, je regarde mes mails, juste José qui commente mon envoi.
Je lis Postcards from Ed Abbey. et ris toute seule. Attaque sur tous les fronts, écrivains, journalistes, politiques. Son combat pour qu’un peu de monde intact et sauvage survive est constant et sans concession. « Wilderness is not a place of privilege, but rather a place of integrity, where the evolutionary processes of life are free to continue. » Et une amie, philosophe britannique, Mary Midgley : « Le vaste monde nous est nécessaire, et ce doit être un monde qui n’a pas besoin de nous; un monde qui sache nous surprendre sans cesse, un monde que nous n’avons pas programmé, puisque seul un tel monde provoquera notre émerveillement. » Etc…

Vers 5h et demi c’est vers la ville que je vais, pour changer.

Kit Carson  street je croise cet homme avec son chien et il me fait penser aux photos d’Ed Abbey alors je lui demande si je peux les prendre en photo.

Résultats des élections en passant. Puis Don Fernando street, Guadalupe Plaza, Padre Martinez lane pour une visite à pied des quartiers les plus anciens.

 

Le soleil se couche, et ce sera pour vous: Camino de la Placita et Ledoux street by night.

En rentrant entre les arbres je vois Orion et son bouclier. Peu d’éclairage dans les rues Los Pandos et Burch, les étoiles brillent encore plus et l’air est sec et limpide ici, à 2000m.

Continue Reading

46 – L’Espace du Dedans, Conversation, Musique, Lecture, la Venise de Robbie Steinbach

Aujourd’hui j’ai décidé de faire un break. Lecture, musique.

Lis le journal que Robbie a tenu pendant sa résidence à Venise. Avec plein de photos dont certaines que j’aime beaucoup. Et la liberté d’un temps offert sans obligation aucune.

Une très longue conversation avec Pascale et maman sur Skype. Pascale me redit que Pierrefeu ça avance et que demain des amis vont voir la pièce que joue Félicie. Je lui parle d’Ed Abbey qui devrait beaucoup lui plaire, maman de la tempête qui vient de ravager les côtes entre la Bretagne et Bordeaux, je raconte mes rencontres, etc…

En fin d’après-midi j’emmène Liz chez Albertson, on rentre avec un magnifique ciel gris bleu, pourpre, mauve, rose, vous ne le verrez pas car pour moi aujourd’hui il n’y a que l’Espace du Dedans.

C’est un titre d’Henri Michaux, très souvent repris. Je ne résiste pas a la tentation de la citation:
« Dans les livres, il cherche la révélation. Il les parcourt en flèche. Tout à coup, grand bonheur, une phrase… un incident… un je ne sais quoi, il y a là quelque chose… Alors il se met à léviter vers ce quelque chose avec le plus qu’il peut de lui-même, parfois s’y accole d’un coup comme le fer à l’aimant. Il y appelle ses autres notions: «venez, venez». Il est là quelque temps dans les tourbillons et les serpentins et dans une clarté qui dit «c’est là». Après quelque intervalle, toutefois, par morceaux, petit à petit, le voilà qui se détache, retombe un peu, beaucoup, mais jamais si bas que là où il était précédemment. Il a gagné quelque chose. Il s’est fait un peu supérieur à lui-même. Il a toujours pensé qu’une idée de plus n’est pas une addition. Non, un désordre ivre, une perte de sang-froid, une fusée, ensuite une ascension générale. Les livres lui ont donné quelques révélations. »
ni à celle de l’énumération de titres de ses livres, sorte de navigation surréaliste:
Jubilation à l’infini de la disparition des disparités, Les Rêves et la Jambe,  La nuit remue, Sifflets dans le temple, La Ralentie, Plume, Au pays de la magie, Arbres des Tropiques, Je vous écris d’un pays lointain, Exorcismes, Labyrinthes, Le Lobe des monstres, Épreuves, exorcismes, Ici, Poddema, Ailleurs, Meidosems, La Vie dans les plis, Arriver à se réveiller, Tranches de savoir suivi du Secret de la situation politique, Face aux verrous, Quatre cents hommes en croix, L’Infini turbulent, Paix dans les brisements, Vigies sur cibles, Connaissance par les gouffres, Les Grandes Épreuves de l’esprit et les innombrables petites, Façons d’endormi, façons d’éveillé, Droites libérées, Émergences-résurgences, En rêvant à partir de peintures énigmatiques, Face à ce qui se dérobe, Poteaux d’angle, Comme un ensablement

Force toujours intacte de L’Espace du Dedans,  qu’il soit utilisé pour un morceau de musique, une galerie d’art contemporain à Lille, un tableau de Nicole Peyrafitte, une librairie, un site d’astrophysique

Musique, écoutons: John Surman, par exemple.

Continue Reading

47 – Messe à Saint François d’Assise, Harley-Davidson, à nouveau les Ex-Voto, Hacienda Martinez et Anita

Aujourd’hui marque la moitié de mon séjour ici! Le temps passe très très vite. Aube entrevue.

Ranchos de Taos, 11h, voitures partout autour de l’église St François d’Assise tellement peinte et photographiée. C’est le début de la messe, je rentre dans l’église, remplie d’Indiens Pueblos et d’Hispaniques. Quelques blond(e)s aux yeux bleus, mais vraiment très peu. Nous attendons tous le prêtre. Tout d’un coup chant et musique, et je vois venus de dehors, l’enfant de chœur en blanc portant le christ en croix, le prêtre, vraiment pareil à ceux que l’on voit dans les westerns.
En fait c’était une des pensées que j’avais: « Comment va-t-il être ce prêtre? », pendant que je regardais les petites filles avec toutes les plus précieuses coiffures, les jolies robes et chaussures du dimanche s’installant avec leurs parents fiers comme Artaban, les adolescents garçons plutôt ingrats dans l’ensemble, tshirts expressifs noirs, pantalons trop grands tombant comme en France, côté filles beaucoup plus variées des très sages à côté des parents, certaines même priant silencieusement à genoux, une très jeune à côté de sa grand’mère qui essaie de lui remonter son tshirt sans manche mais alors il lui découvre le bas du dos. Très réchauffés tous et d’autres en noir punk. Et puis il y a de fiers caballeros,  des mères très du sud, un cow boy en tenue complète et les autres plus indistincts.
Entrée donc après le christ, du grand prêtre châtain clair suivi d’un ensemble de femmes plutôt âgées toutes habillées en blanc. Tous s’installent devant. Et immédiatement le prêtre commence à parler nous disant la beauté de l’atmosphère qu’il a sentie en traversant l’église, la sérénité, le calme… et il ne voudrait en aucun cas déranger tout ça. Immédiatement je ne sais pas pourquoi, il me déplaît et je sors. J’avais aussi vu le très beau rétable et l’intérieur de l’église. Je m’étais dit si c’est bien (?!) je resterai me recueillir pour une fois…

Je retourne à mes ex-voto qui ne sont pas loin, et c’est dans la continuité. Sauf qu’avant, je tombe sur trois motards fiers et intrépides chevauchant leurs rutilantes motos. M’arrête et leur demande si je peux les photographier avant qu’ils ne s’arrachent dans le vrombissement des Harley.

Arrivée devant mes ex voto, je sors de la voiture et entre dans la cour qui n’a ni porte ni barrière, 3 voitures y sont garées, j’appelle. Pas de réponse. J’approche de la maison au fond. Et là derrière un haut grillage je vois 4 ou 5 chiens qui commencent à sérieusement aboyer. Soudain, un qui hurle se précipite sur le grillage, s’agrippe en haut et saute dans la cour. Je commence à courir mais immédiatement je me dis « t’es folle! ». Je me retourne et m’arrête face à lui, qui fait la même chose, mais continue d’aboyer et d’avancer doucement au fur et à mesure que je recule et quand j’arrive à la limite de la rue, il se tait et  nonchalamment me surveille. Hélas pas pris de photo. Horrible peur ! Je reste là à attendre que quelqu’un sorte car je voudrais des explications sur tous ces ex voto et éventuellement savoir si celui qui les fait, Pablo Florès m’en vendrait un. Personne ne sortira. Le chien est maintenant à 10m. J’admire, très prudemment, la voiture ouverte, juste à côté.

 

 

 

Roule jusqu’à la maison suivante, beaucoup plus riche et grande avec une clôture, un portail un grand jardin et un énorme chien berger qui jaillit du côté et colle la gueule au portail tout en aboyant comme un cinglé. Nouveau  choc mais petit. Se tait dès que son maître approche. Lui demande (avec grand calme devant son sourire goguenard, suite au petit choc probablement), vous ne sauriez pas… pour les ex-votos… « No, I don’t see, oh yes… oui là-bas…  je vois ce dont vous parlez, les gens là-bas, moue légèrement méprisante, non, jamais vus. » Pour me consoler quand je repars je vois, parce que je l’ai entendu, un magnifique pic vert à la houppette rouge.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je note le nom de la rue « en bas de la butte »
rentre par l’autre côté, vers Blueberry Hill,
repasse devant le Thunderstorm Ranch, le rio Pueblo,
et arrive à l’Hacienda Martinez, qui se visite.

Ce que je fais longuement et où je rencontre après les 18 pièces de l’hacienda et quelques représentations de la mort avec arc, une archéologue bien vivante, Anita qui s’occupe maintenant des collections des « musées historiques de Taos ».  Elle est en train de préparer une conférence qui va avoir lieu l’après-midi. On discute un bon moment de photos, il y a une exposition sur Taos dans la salle où on est, et je lui demande des trucs sur Chaco Canyon qu’elle connaît bien et oui il faut y aller et non les pistes ne sont pas pires qu’ici. L’après-midi est là. Il faut qu’elle finisse d’installer et je commence à avoir vraiment faim.

Je déjeune et me sens épuisée. Ça doit être le choc du chien. Et cette mort en carriole, effrayante. Alors me revient le sacré coeur de Pablo Florès, un peu de bleu pour se rasséréner.

Je mets quand même à mariner les crevettes avec gingembre, laurier citron et ail pour ce soir et reprends mes Postcards from Ed. M’allonge. Fatalement je m’endors dans la minute. Réveil juste à temps pour finir de couper les cébettes  qui vont accompagner les crevettes sautées qui sont ma participation à notre dîner en commun du dimanche.
Nous sommes 4, repas délicieux et lecture par Carolyn d’un nouveau passage de sa pièce sur Dorothy Brett. Liz nous raconte toutes les commandes de pièces qu’elle a, au grand dam de Carolyn, George rigole et moi aussi. Liz s’en va. Je raconte laborieusement mon histoire de chiens. Ce n’est plus ni drôle ni tragique. Comme Liz est la seule à ne pas oublier sa lampe de poche (éclairage public extrêmement restreint et ciel couvert ce soir), nous repartons Carolyn, George et moi dans le noir total.

 

Continue Reading

48 – Artistes de Taos, Blumenschein, Steve Immel, Nancy Delpero, Lande Moradesque

Envoi de mails ce matin. Et un à DG Nanouk, j’adore le nom de cette poétesse inuit, pour lui proposer une collaboration éventuelle autour des rivière puisqu’elle en parle beaucoup (comme James Thomas Stevens d’ailleurs) et que je suis ici aussi pour continuer cette série  commencée en 2000. Sale temps de neige maintenant fondue. Je lis quelques Postcards from Ed, et pars en ville visiter le Harwood Museum, qui justement ferme le lundi!

Qu’à cela ne tienne juste à côté il ya la maison d’Ernest Blumenschein qui est avec Bert G. Phillips à l’origine de la présence de tant d’artistes à Taos.

Nous et nos Voisins de Taos, Meule de foin dans la Vallée de Taos, Après-midi d’un Berger

Longue conversation avec Nancy, peintre elle aussi, et qui fait l’accueil en attendant de gagner plus d’argent avec ses tableaux. Elle me parle donc de la vie de Blumenschein de sa femme Mary et de sa fille Hélène tous les trois peintres et qui ont au fil des années acheter l’une après l’autre, les pièces qui constituent la maison. Il ya 3 puits dans le jardin. Taos a eu l’électricité et l’eau courante en 1930. Avant, eau du puits et bougies. Ensuite la conversation dérive sur les artistes de Taos, très solidaires, me dit Nancy et nous pouvons même parler d’artistes que nous connaissons toutes les deux:  la chanteuse Jenny Bird, Robbie Steinbach avec qui elle a collaboré pour une exposition ou encore un de ses amis, photographe de l’Hacienda Martinez qui va exposer avec Robbie à la Nightingale Gallery à partir de samedi prochain. Je lui parle d’une photo de  Steve Immel, que j’ai beaucoup aimée, sur son site, 3 tipis dans la neige dont on ne voit que des bouts. Justement me raconte-t-elle :
– Un matin très tôt je vois la neige épaisse tombée la nuit même et un brouillard qui flotte devant les montagnes et sur la lande et j’ai tout de suite appelé la femme de Steve pour lui dire d’aller photographier au plus vite… Probablement ce jour-là, les tipis. Nous nous reverrons samedi. Ravie de t’avoir parlé, Marie. » Ça m’a bien fait plaisir aussi.

Quand je sors, lumière très particulière et brume blafarde pour adoucir les tombes et la mort ? Retrouver la lande moradesque, avec la pleine vue sur les montagnes. Parfaitement hivernal très gris et blanc, sauf à l’ouest une sorte de feu orangé, comme si l’hiver sentait l’arrivée du printemps, et tenait à nous imprégner de sa beauté. C’est rude mais prenant.

Juste en repartant, je me retourne, par habitude. Je croyais que le crépuscule en avait fini avec la lumière, non pas complètement, encore rosées les montagnes à l’est. Contente de cette rencontre, de la visite, de la balade sur la lande.

Rouge réconfortant de l’enseigne et j’arrive chez moi. Le vent dans les arbres. Le poêle se met en route. Souffles devenus familiers, chaud au coeur et aux pieds. Fatiguée ce soir encore. Ce n’est plus le chien.

Je me couche trop tard! Avec dans la tête les images confondues des pénitents à la noire morada de Blumenschein et de la mienne quand je me retournais et la voyais splendide, sombre avec ses montagnes comme un rêve qu’elle aurait fait.

 

 

Continue Reading

49 – Matins Tranquilles, les Brèves de Comptoir de George, Arroyo Hondo, Pêche à la Truite

En ce moment les matins sont tranquilles, le temps s’y prête, gloomy, comme on dit ici. En général ça se lève dans l’après midi.

A midi George arrive pour la conversation française/repas. Jambon, riz, poireaux sautés, petites omelettes au persil, eau du puits d’Hélène. On se régale et on parle des « Brèves de Comptoir » dont l’idée plait beaucoup à Georges qui a ce même talent incroyablement vivant pour raconter tout ce qu’il entend lors de ses virées en ville ou quand il prend le bus. Au dessert – fruits – on reparle en Anglais de tout et de rien, de nos co-résidents, de nous, de Nicolas Bouvier, de Gorki Park de Martin Cruz Smith.

Vers 16h je pars pour Arroyo Seco et prend une petite route de traverse vers le village d’Arroyo Hondo, où j’arrive assez tard. Avant, les chevaux dans le blanc bleu d’hiver, la mesa dans l’ombre, la lumière sur la plaine.

Le soleil est maintenant plus bas que les nuages. Les champs et les arbres, orangés. Plus de neige. Comme si les maisons proches réchauffaient les champs. Je traverse la 522 qui va de Questa à Taos, en continuant sur la petite route qui longe le rio. M’arrête et prend le sténopé pour essayer 2, 3 photos de la rivière et des arbres.

Quand j’ai fini et que je retourne vers la voiture garée un peu plus loin je vois un type sortir de la sienne, bleu roi, avec sa canne à pêche. A 100 m du village, au bord de la route, il s’installe tranquillement. Lui demande si oui c’est bien une canne  pêche qu’il a. Il rigole carrément faut dire c’est la question idiote… pas trouvé mieux pour l’aborder. Il me demande d’où je viens, dès que je réponds France il me serre chaleureusement la main. Il continue; « Oh oui je viens là depuis tout petit,  je suis né ici et j’y ai toujours vécu et ai toujours attrapé des truites dans cette rivière. » Il venait pour son dîner. L’eau était claire… Le laisse tranquille et reprends la 522 qui passe dans d’immenses espaces, on voit tellement loin. La nuit monte, envahit de gris puis de bleu sombre le ciel.

A un moment où je me suis arrêtée pour encore prendre une photo, je vois une voiture faire demi tour et revenir vers moi, il a l’air du fermier qui rentre chez lui, ralentit, la fenêtre ouverte,  et depuis l’autre côté de la route commence à dire je ne sais pas quoi. Je remonte en voiture et démarre. Il me suit. Me voyant les bras en l’air pour prendre la photo…il m’a, point de vue français,  prise pour une vieille prostituée en train de lui faire des grands signes ou a pensé, point de vue américain, que j’avais besoin d’aide et  gracieusement raccompagné jusqu’à la ville.

 

Continue Reading