41 – Lande, Repas ente Amis, Poèmes et Histoire de Sibérie de Lera

Me lève assez tard sans raison particulière. J’envoie un mail à Cécile. C’est son anniversaire. Un autre pour l’anniversaire de Joëlle, en retard. Mais comme elle dit, je suis habituée si tu y pensais le jour même, je me demanderais ce qui t’arrive. Ensuite je traîne, essaie d’aligner des mots, me demande si je vais faire développer les pellicules ici par l’amie de Robbie ou attendre la France pour le faire moi-même. Me dis que ce serait bien de rendre visite aux autres photographes de Taos. De question en question, la journée avance.

Un petit tour sur ma lande, très différente au soleil.

Continue par la rue Quesnel où il y a souvent des chevaux dans le pré qui la longe. C’est un raccourci entre Kit Carson rd et le supermarché où je veux acheter un dessert pour le repas de ce soir.

George est là avec sa fille qui vit à New-York et dessine des chaussures pour le designer Phillip Lim). Dîner avec une soupe belle bonne odorante de Pamela, une salade multicolore de Carolyn, des crudités de George, un mélange patates douces et fruits de Liz, des gâteaux et du vin de Lera et ma glace avec fruits rouges, coulis groseille et graines d’anis.

On parle de la mode, du luxe, évidemment de Chanel et Saint Laurent… Soudain Lera se lève et propose de lire quelques uns de ses poèmes. On écoute assez sidérés. C’est sur la musique, le temps, la peine.  Quand elle se rassoit, on parle des poèmes, certains les trouvent tellement trop lyriques qu’ils ne laissent plus aucune place à l’émotion. Ils me touchent, j’aime leur sincérité. Elle nous raconte ensuite sa tournée aux USA, à 17 ans, accompagnée de ses « gardiens KGB » et la décision qu’elle prend en une journée à la fin du voyage de téléphoner au seul numéro que sa mère lui avait précieusement confié, d’un ancien ami emigré à New-York. Lera lui demande de rencontrer des musiciens. Ce qui se fait dès le lendemain de son concert. Et là ils lui proposent de l’emmener à la Julliard School pour tenter sa chance. Une audition est improvisée et les professeurs enthousiastes lui disent qu’elle peut venir quand elle veut. Elle téléphone à ses parents pour savoir ce qu’ils en pensent. Ils vivent en Sibérie, son père est sur le point de partir prendre le train pour aller la chercher:

– « Pour arriver à Moscou, il me faut 2 jours. De toute façon tu dois décider seule, ta décision sera la nôtre. C’est ton avenir. Si tu es là, je t’accueillerai et… Tu es libre. »
– « Ta décision sera la bonne », lui dit aussi sa mère, « nous serons contents pour toi, quoi que tu décides. »
Elle quitte New-York pour Moscou le lendemain. En 24 heures, elle décide de rester, de ne surtout pas retourner à l’hôtel, de ne rien dire de là où elle est mais de téléphoner pour prévenir ceux qui l’accompagnent afin qu’ils n’envoient pas la police à sa recherche, elle est mineure. Elle n’a rien sauf les affaires qu’elle a avec elle et son passeport. Un couple de musiciens l’hébergera quelques jours seulement car leur appartement est minuscule; son récit s’arrête.

5 ans plus tard elle a pu faire venir ses parents et son frère.

Quand George et Karen racontent la journée qu’ils viennent de passer à la neige, elle se souvient d’une longue balade à ski. Son père l’avait emmenée,

leur grand chien berger sibérienles accompagnait. Il lui avait confectionné un harnais. Ce jour-là ils étaient restés tard et sur le chemin du retour, elle avait cassé un ski. Dans la nuit, le chien les avait alors tirer tous les deux jusqu’à chez eux. Un de ses plus beaux souvenirs.

En rentrant à pied, la lune blanche, le noir des nuages et des branches, et des images de Sibérie dans les films, des photos me reviennent.

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