43 – La Haute Route de Taos, Rio Grande de Ranchos, Vallecitos, Rio Lucio, Las Trempas, Truchas, Chimayo

Journée magnifique et tiède. Lessive, courte balade. Je rentre déjeuner en vitesse et repars en voiture pour la route qui va à Espanola en passant par les montagnes.

Juste après avoir tourné vers l’est, à Ranchos de Taos, je suis le rio Grande de Ranchos qui serpente entre la route et les collines. Je m’arrête pour le photographier. A chaque fois je dois trouver l’endroit où les barbelés ont été aplatis par d’autres et entre neige et boue arriver au bord. Il coule étroit et vif souvent dans la neige ou dans une lande de sauges, de saules rouges, de cactus rampants, de sombres sapins qui ont l’air de pouvoir résister à tout, de mauvaises plantes qui piquent, s’accrochent à mes habits. Sur les rives enneigées plein de traces de petits animaux, de pas et de piétinements immobiles. La route à 20m, on se sent pourtant dans un territoire inchangé et gardé. On ne peut y être qu’à pied et en faisant attention à où on met les pieds.

La route s’élève doucement, c’est la forêt maintenant de temps en temps de grands champs de neige, des vues sur les hautes montagnes aux sommets enneigés, et puis quand ça commence à redescendre, on passe de vallées en vallées, fermières avec des cimetières hispaniques colorés, des chevaux, des tracteurs et toutes ces maisons longues et plates préfabriquées, quelques une plus comme des chalets, quelques autres en adobe.

A Las Trampas un grand carrefour boueux me fait ralentir et en regardant sur la place, je vois une très grande église. Arrêt, j’en fais le tour. Elle est fermée. La porte est très belle, par une des fenêtres du côté je vois l’intérieur qui a l’air très beau. Un type joue au ballon avec son fils. M’approche, demande si quelqu’un peut ouvrir l’église. Il me prend par le bras, m’emmène un peu plus loin, me montre un toit rouge : »C’est Rosa qui habite là-bas, elle a la clé. J’y vais elle est juste en train d’arriver. Je lui demande. « Oui, si vous faites une donation. » « D’accord ». On entre, une merveille d’église, des immenses tableaux sur le côté naïfs et précieux à la fois. Au fond l’autel, un ensemble de peintures, récits des saints, à droite une toute petite chaire avec une échelle pour y accéder, et sous la fenêtre une représentation en couleur du Christ sur la croix. Comme toujours, paix absolue, contentement qu’on vienne même si c’est pour visiter plutôt que prier, surtout quand on dit à quel point on trouve que c’est beau. Et quand je dis à Rosa que je n’en ai jamais vue de pareille même si ça me fait penser à l’Amérique latine elle me dit que oui, c’est pas du tout une église indienne comme plein de gens disent. Non c’est hispanique. Alors ce soir c’est à Conchita et à son goût pour les vierges des églises que je pense.

La vue sur la vallée d’un côté et de l’autre sur les montagnes et pourtant, ça fait triste. Truchas. Maisons abandonnées, rues défoncées, la boue qui se mélange à la neige, personne dehors. Façades du café et du magasin principal, galeries d’art désertées pour l’hiver probablement. Sans vie.

 

Ça redescend dans des dunes couvertes de sauge d’un gris rosé par le soleil à ras des crêtes. Enfin j’arrive à Chimayo, trop tard, tout fermé déjà; juste derrière le sanctuaire, les montagnes rougies de soleil en train de basculer dans l’ombre. Tout est fermé sauf le café d’en face, paré d’œuvres d’art ou diverses en tous genres de l’art-récup brut, aux sculptures les plus sulpiciennes (ça se dit?) en passant par des objets de la vie d’avant selle défoncée assombrie par le temps, outils, vaisselles, croix bricolées avec des restes de ferraille. Dommage, le Sanctuaire très important dans la région, est de toute beauté. Je compte revenir le voir.

De Chimayo à Espanola sur la petite route serpentante, puis la 68 jusqu’à Taos ça fait pas mal de miles. Beau retour dans la nuit.

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