62 – The Gatekeeper, Meg Hutchinson, Jean Baudrillard et Amérique, Questions Photographiques

Lundi, envie de traîner, cherche sur internet la chanteuse dont j’ai entendu un interview samedi dernier sur Radio Santa Fe: Meg Hutchinson. Elle a en particulier raconté l’histoire d’un type qui empêchait les gens de se suicider en sautant du Golden Gate Bridge à San Francisco. En a fait une chanson The Gatekeeper.

Je suis en train de lire Amérique de Jean Baudrillard,.  Dans la vidéo, après une présentation un peu longue, Baudrillard parle de photo.

Il écrit: « Au fond les Etats-Unis, avec leur espace, leur bonne conscience brutale, y compris dans les espaces qu’ils ouvrent à la simulation, sont la seule société primitive actuelle. Et la fascination est de les parcourir comme la société primitive de l’avenir, celle de la complexité, de la mixité et de la promiscuité la plus grande, celle d’un rituel féroce, mais beau dans sa diversité superficielle, celle d’un fait métasocial total aux conséquences imprévisibles, dont l’immanence nous ravit, mais sans passé pour la réfléchir, donc fondamentalement primitive… La primitivité est passée dans ce caractère hyperbolique et inhumain d’un univers qui nous échappe, et qui dépasse de loin sa propre raison morale, sociale ou écologique. (…) En Amérique, l’espace donne une envergure même à la fadeur des suburbs et des funky towns. Le désert est partout et sauve l’insignifiance. »

Pas mal, ce lien entre l’espace et une société du futur dont l’évolution nous échappe. Ce qui me semble étrange c’est que jusqu’à maintenant la vieille Europe, entre autres pays, tout en vilipendant cette société, marche sur ses traces. En adopte souvent les manières, les modes, la brutalité économique, sans l’espace fondamentalement constitutif des Amériques, qui laisse respirer, survivre d’innombrables niches, marges incontrôlées, éléments échappant encore à la toute puissante règle de la consommation qui épuise le monde? Comment faisons-nous en Europe? Pareil?

La photo argentique était (reste sporadiquement) une forme de ce pas de côté. Lenteur, économie de pellicule, regarder au lieu de prendre. Sans doute est-ce pour ça que j’ai toujours un peu de mal à dire « prendre une photo », même si je sens bien ce qu’a de prédateur le fait de photographier. Pêcheur ou chasseur donc. D’où aussi l’expression et la revue: chasseur d’images que je n’aime pas.  J’ai toujours pensé que les images ne se chassaient pas, elles se trouvent là, tranquilles et en général les meilleures viennent à vous sans qu’on sache vraiment comment la rencontre se fait mais en tout cas le geste le plus pur sera alors comme celui du pêcheur à la mouche, très patient et très préparé, mais avec la disponibilité souple et absolue du moment. Comme ces pêcheurs aiment à le répéter, faut être zen! Justement ce soir je vais dîner chez Caryn et Mark, et ils ont invité un pêcheur à la mouche et c’est exactement ce qu’il nous dira.

Qui penserait au mot affût pour un pêcheur pourtant toujours à l’affût?

Autre divagation ou promenade de la pensée. Nous sommes passés à l’ère digitale et je sens bien comme la consommation nous prend immédiatement en traître, en laisser aller, en consommation. C’est tellement économique, ça coûte rien. Au bout d’un certain temps on réagit, on se dit il faut freiner, arrêter cette orgie de photos, des milliers, des millions. Comme dans la vie le tri des déchets après, au lieu d’une économie préalable.

Fin de logorrhée.

Action, 16h00, le rio Grande de Ranchos  pour une tentative neigeuse. L’eau et la neige sur une pellicule argentique en noir et blanc. Histoire de se contenir. Eviter le gaspillage. J’ai bien du mal!

Je vais ensuite directement chez Caryn et Mark qui habitent tout près de là et m’ont invitée à dîner. Mais je me perds, erre un bon moment avant de les trouver!

A demain pour la suite.

 

 

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2 commentaires

  1. Marie : Merci de m’avoir fait connaître la chanteuse Meg Hutchinson. Sa chanson «Gatekeeper» m’a donné des frissons! – José (not jumping)Jose PIETRI

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