74 – Banalité, Les routes à l’Ecart, Les Maisons d’à coté, Rio Grande et Ciel Gris du Soir

Hier, la femme du magasin s’est trompée. Faut dire, on avait toutes les 3 beaucoup bavardé et rigolé, Robbie et moi avions essayé plein de trucs, commenté etc… J’avais bien l’impression que le prix était assez élevé.
Soudain, comme cela arrive quelquefois, après avoir passé du temps sans penser au temps, il faut vite rentrer, il y a ça et ça à faire, immédiatement. Je ne dis rien. Arrivée chez moi je regarde et oui elle s’est pas mal trompée.

J’y retourne aujourd’hui en passant par les petites routes, celles à l’écart, vous savez, où il y a des gros trous, des longueurs juste sablées en attendant de rebitumer après l’hiver et la neige. Et ces gens qui vivent isolés, dans des maisons éparpillées, des ranches. Le mot ne me semble pas bon, il y a une modestie de ces endroits qui rend le mot ranch clinquant, à nos oreilles d’Européen. A peu près au milieu, il y aura un hameau avec une post office et son drapeau américain planté à côté, et un grand store, qui me paraît petit, où on trouve tout, y compris une bibliothèque avec prêt de livres et de films.

Cette banalité, cette terre sans extraordinaire mais si vaste me plaisent de plus en plus. Je crois que l’espace amplifie, comme une respiration consciente (cf les pratiques où on « travaille » sa respiration) améliore la santé mentale et celle du corps… On dirait qu’ici l’espace embellit la terre, non lui enlève toute médiocrité. L’alternance entre la beauté naturellement inouïe de certains sites comme Chaco Canyon, les mesas autour d’Acoma, Grand Canyon, Monument Valley, le Canyon de Chelly et la singularité sans emphase des terres fermières ou des landes indiennes, celles qui s’étendent au-delà de la Morada par exemple, où je me suis souvent promenée est ce qui me plaît tant. Le regard porte à l’infini. No limit.

Je me sens bien avec l’espace entre les gens que ça crée et la solidarité que l’immensité, l’isolement et le « débrouillez-vous » (sans l’état) semblent engendrer – même si on parle souvent de l’extrême individualisme des Américains. A chaque fois que je me suis arrêtée le long d’une piste ou d’une petite route très isolée, les rares gens qui passaient par là ont tous ralenti pour vérifier que tout allait bien. Sauf une fois un énorme 4/4 à qui justement je faisais signe pour lui demander l’état de la piste plus loin et qui m’a ignorée. A l’intérieur j’ai vu des gros touristes, avant d’être empoussiérée par leur vitesse. A vrai dire je crois que ce serait la même entr’aide dans les endroits perdus de France. Ici je le remarque plus parce que je sens le danger créé par les distances. Quelquefois on est vraiment loin de tout. Combien de temps faudrait-il marcher?

En repartant d’Ojo Caliente, je m’arrête prendre un café et sandwich dans un bar où les gens ont tous l’air de se connaître. Bon je suis l’étrangère mais ne peux m’empêcher de regarder et écouter. Les plaisanteries, les gentillesses, les échanges de nouvelles. Il y a la patronne et quelques fermiers on dirait. Rentre un jeune couple avec leurs 2 enfants. Ils commandent à déjeuner. Très vite un des fermiers qui les a fait travailler à la journée on dirait, leur demande s’ils ont trouver du boulot. Il s’inquiète:
– « J’espère que vous avez aussi trouvé un endroit parce que la météo annonce du très mauvais temps d’ici deux ou trois jours. Vous pouvez pas rester dans vos tentes. » Réponse vague du couple. Le type plus âgé ajoute:
– « En tout cas si vous avez rien trouvé, venez me voir, on s’aarangera vous pouvez vraiment pas rester dehors avec les enfants en plus! »
Tout le bar écoute maintenant. Un sentiment de solidarité, d’urgence, de générosité en quelque sorte inévitable se fait palpable. Ce genre de situation peut ici arriver à n’importe lequel des présents, semble-t-il.
Silence. Un peu de temps passe. Les gens me voient, puisque je suis restée un peu plus que prévisible.
Alors un autre s’adresse à moi:
– « Et vous qu’est-ce que vous faites là, qu’est-ce qui vous amène. Vous êtes pas dans les eaux, là-bas? »
– « Hier si et puis j’avais oublié un truc, j’en ai profité pour revenir, en prenant les petites routes. J’aime les routes à l’écart, plus long mais un autre monde se montre.  »
– « Ah! Et vous venez d’où? »
– « Oh, pas très loin, Taos. Mais ça me plaît d’être là dans ce café qui me semble presque familial! On y sent une ambiance chaleureuse. »
– « Bon, ben bonne continuation. Toujours marrant de croiser un visage inconnu ici. »
Je paie, sors, prends une photo du bar, à défaut d’avoir demandé d’en prendre une à l’intérieur, comme si ça avait pu rompre le fil très délicat un court moment tendu entre nous.

Retour par le même chemin, lumière différente, point de vue inversé, de quoi réinventer le parcours.

Terminer en beauté avec la route qui longe le Rio Grande jusqu’à Pilar. Aujourd’hui tonalités sourdes sous le ciel encore plus gris du soir qui vient.

Et la maison-panneau, à la fin, qui dit toute ma journée.

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75 – Vendredi Saint ou Good Friday, Landes, Croix, et Morada bien sûr

Averse de neige, soleil brûlant, mordante froidure, vent violent, en ce Good Friday comme on appelle ici le Vendredi Saint. Je reste à écrire, lire, trier les photos.

A Chimayo, les pèlerins sont arrivés ou arrivent pour prier et emporter un peu de la terre sacrée qui guérit.

Joe Sanchez sur la croix au cours d'une reconstitution de la crucifixion de Jésus, lors du pèlerinage du vendredi saint au Sanctuaire de Chimayo. Jessica Rinaldi
Bernadette Saavedreen en route pour le sanctuaire de Chimayo où des milliers de personnes viennent le vendrdi saint. Ils croient que la terre à l'intérieur de la chapelle détient le pouvoir de guérir. Jessica Rinaldi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fin d’après midi, aller marcher. Sur la lande, celle de la Morada aujourd’hui, ça s’impose.
Au cimetière, les tombes ont été refleuries.

Sur le chemin je croise ces quatre pèlerins qui rentrent chez eux.
Nous nous saluons.
« Une photo de nous? D’accord. »

Quand je prends le chemin habituel, là-bas, je vois les traces de la croix portée et traînée, puis des croix en pierre et de la paille aux endroits où certains se sont agenouillés, j’imagine.
Je suis les traces un moment. Les perds.
Vois la terre à peine sèche, déjà craquelée, des oiseaux partout, des traces de wapitis dans un lit de rivière à sec.

 

 

 

J’entends le vent, sens le froid gagner avec le soleil qui disparaît.
Je rentre par le long chemin rectiligne qui mène à la croix de Georgia O’Keeffe, dans les froides couleurs du crépuscule.

 

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76 – Ecriture Blog, Jankélévitch, le Ranch de DH Lawrence, Dorothy Brett, Rio Grande et Rivière Rouge au Nord de Questa

En réponse.
Je ne crois pas qu’on écrit un journal… qui serait publié éventuellement après, ou une histoire: écriture faite a son bureau, face a soi dans un premier temps et sur laquelle on revient au fur et à mesure que l’histoire se déroule comme on publie un blog.

Dans un blog, le déroulement est direct et sans retour sur ce qu’on a écrit, avec biffures ratures suppressions ajouts etc… Regarde les manuscrits des écrivains. Déjà on constate que les écrivains qui écrivent sur ordi écrivent différemment. Il n’y a plus de brouillon. La pâte de l’écriture se transforme si facilement. C’est comme le mariage on y réfléchissait à 2 fois avant de se quitter. A l’écriture sur papier aussi. Notre génération a encore cela dans la tête, la rédaction à l’école, peaufiner, s’appliquer… Dans un blog ou tous ces « échangés » internet tu lances les choses dans l’espace et dans l’instant, tu ne les revoies pas, corriges pas, je veux dire. Finalement, j’y passe du temps parce que j’essaie de construire un truc comme pour les photos, mais en direct.

Je crois que c’est ce qu’internet a changé en symbiose avec le monde tel qu’il est devenu, l’instantané des choses. Des écrits qui rejoignent le domaine de la parole. On disait les paroles s’envolent, les écrits restent.
C’est marrant, parce que chez les peuples dont la transmission se fait par la parole, la parole a l’importance que les écrits ont chez nous. On pèse ses mots et on parle moins. Les indiens que j’ai écoutés utilisent le silence a l’intérieur du discours, comme les Africains.
Je sens dans la frénésie de communication occidentale, blogs, forums etc… une rapidité qui fait que c’est souvent pas grand chose. On répond parfois sans même avoir lu jusqu’au bout. On réagit, avant tout, à sa propre vie ou à celle des autres. Très émotif. Un flux, et comme une rivière, il passe indéfiniment. Nos sentiments, nos pensées ont-elles le temps de déposer dans nos mémoires les alluvions que laissent les fleuves dans leurs courbes? Ou nos échanges sur toile virtuelle sont-ils comme les canaux, la ligne la plus courte d’un point à un autre, et dont la marie salope, (nom donné à un chaland à fond plat, comme vous savez), racle et vide les vases pour qu’à nouveau ça circule?

Mais certains d’abord les jeunes parce qu’ils sont nés dans ce monde utilisent cette écriture internet comme, il me semble, une autre manière d’écrire, en se servant de l’instantané, justement.
Peut être pourrait-on comparer cela au passage photographique des lourdes chambres nécessitant de longs temps de pose et de préparation (préparatifs qui seraient comme les brouillons de l’écriture classique) et induisaient une certaine manière de photographier, aux premiers leica rapides ainsi que tous les autres petits formats argentiques qu’on emporte dans la poche puis au digital où on prend des photos sans compter puisque une fois acquis l’appareil, ça ne coûte rien et quand c’est mauvais, on efface. A chaque fois cela a ouvert aux photographes d’autres possibilités, des langages nouveaux.

En écriture c’est comme si on était en train de passer au digital. Cela débouche sur d’autres manières de penser, d’œuvres aux formes nouvelles aussi.
Avec ce blog, j’essaie d’écrire sans y trop revenir, dans cet état de fraîcheur du dialogue d’une conversation. Ce qui provoque les mêmes dérives que quand on parle entre ami(e)s cher(e)s, qu’on a la nuit devant soi (un peu moins maintenant qu’à 20 ans, faut bien dire) et que la discussion passe souplement d’un sujet à l’autre. Dérive où, au lieu de directement décrire ou raconter, essayer d’être éventuellement marrante…, on part d’un presque rien et débouche sur un pur déroulement de pensée. Ça échappe.

Le presque rien me ramène soudainement à la Sorbonne et aux cours de Vladimir Jankélévitch, quasiment les seuls que je ne voulais jamais rater.

Dans ses essais sur le  «je ne sais quoi et du presque rien»,  Vladimir Jankélévitch est, à la suite de Bergson, le philosophe du devenir, qu’il veut surprendre «sur le fait», en flagrant délit, en équilibre sur la fine pointe de l’instant !
Après, dans l’autosatisfaction du fait accompli, l’être se reforme autour de son égoïté, de ses souvenirs teintés de complaisance et de nostalgie: de mort, de liberté, d’amour, il n’est déjà plus question. Mais il reste de cet instant brévissime, de ce «presque rien» où l’être s’est amenuisé jusqu’à n’être presque plus rien pour aimer, un «je ne sais quoi» qui traîne dans l’atmosphère, comme un charme, et rien ne sera plus comme avant!, etc…
En voici 3 citations:
« J’aime que la musique ne soit pas sourde à la chanson du vent dans la plaine, ni insensible aux parfums de la nuit. »
« La gaffe est l’administration massive, intempestive, et inopportune de ces vérités qu’une posologie civilisée dose en général goutte par goutte. »
« Comment le mensonge ne serait-il pas une tentation quand l’homme faible et puéril est si vite ébloui? »

Je ne résiste pas à le saluer à nouveau, dans cette courte vidéo devant des jeunes à la MJC de Bourges,
et avec ces extraits de sa biographie: »Vladimir Jankélévitch est né dans une famille d’intellectuels russes. Son père médecin, Samuel, fut l’un des premiers traducteurs de Freud en France.

Les Jankélévitch fuient les pogroms antisémites dans leur pays et s’installent en France. Vladimir entre en 1922 à l’Ecole Normale Supérieure où il étudie la philosophie.Reçu premier à l’agrégation en 1926, Jankélévitch part pour l’Institut français de Prague l’année suivante. Il y enseigne jusqu’en 1932. De retour en France, il enseigne dans plusieurs lycées et à l’université de Toulouse, ainsi qu’à Lille.Sous le régime de Vichy, il est déchu en même temps de la nationalité française et de son poste d’enseignant.
En 1941, il s’engage dans la Résistance. Il dira : « Les nazis ne sont des hommes que par hasard ».
Il retrouve en octobre 1947 son poste de professeur à la Faculté de Lille.
Professeur à la Sorbonne pendant près de trente ans, Vladimir Jankélévitch a marqué de nombreuses générations d’étudiants par ses cours de morale et de métaphysique mais aussi par sa personnalité.
Il a écrit des livres jugés importants comme Le Traité des Vertus ou La Mort et a également porté un regard neuf sur la musique des 19ème et 20ème siècle.
Philosophe engagé, il fut de tous les combats de son siècle (Résistance, mémoire de l’indicible) joignant philosophie et histoire vécue.
La pensée morale de Jankélévitch ramène à une vie vécue selon l’ordre du cœur puisque ce dernier, et lui seul, constitue la vraie structure d’acte de sa philosophie.
Son combat était de faire reconnaître le primat absolu de la morale sur toute autre instance.

Fin de matinée superbe temps, je pars visiter le ranch de DH Lawrence, au nord de Taos, en montant vers la montagne, au début de la forêt.
Sombre endroit pourtant, en ce début de printemps peut-être faut-il l’été pour s’y sentir bien. Aujourd’hui la glace enserre encore la maison et pas de vue.

Le "ranch" de Frieda et D.H. Lawrence

 

La "cabane" de Dorothy Brett

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a aussi le pin que Georgia O’Keeffe qui avait rencontré Lawrence à Taos était venue peindre au ranch.

Le Pin de Lawrence
Georgia O'Keeffe Lawrence Tree

 

 

 

 

 

 

Et pour finir, je tombe sur cet avertissement collé sur  la porte de l’habitation réservée aux guides!

Ravie d’apprendre que si on sait s’y prendre lorsqu’on croise un ours, ça peut nous permettre de vivre une magnifique expérience et sauver la vie de cet ours.
La suite au prochain article.

 

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77 – Flash Back Rio Grande et Red River, Appartenance au Monde Naturel, Ici et Maintenant, Vie et Mort

Hier, après Le ranch de DH Lawrence, j’étais allée là où la Rivière Rouge se jette dans le Rio Grande avec la vue sur leurs deux canyons qui se rejoignent.

Marcher. Respirer le souffle du vent.
Et quand le vent tombe, à cette heure sans chants d’oiseaux, le silence est tel que j’entends l’eau. Terriblement beau. Les parois s’assombrissent, presque noires contre le ciel renvoyant la lumière du couchant, juste en face sur la rive opposée, les rivières, tout au fond des gorges, là-bas en bas, restent longtemps visibles comme des rubans très légèrement phosphorescents… Et la sauge qui couvre les landes à l’entour d’un vert de plus en plus cendré. Images tremblées.

Je suis impressionnée, une beauté poignante, presque à pleurer, qui me renvoie à tous les proches disparus ces dernières années. Serait-ce Pâques? Il y a au moment où la nuit arrive sur ces paysages, un sentiment très fort d’appartenance au monde naturel, le surgissement en moi de pensées de vie et de mort impossibles à séparer dans cette grande et crépusculaire solitude, pas l’une sans l’autre. Lieu commun mais que je ne ressens jamais autant que lorsque je suis seule, loin de tout, à photographier, rêver, marcher ou nager.

Ce sont des moments de profonde complétude, les deux faces des choses sans qu’on puisse en oublier l’une ou l’autre. Ici, maintenant. L’amour quelquefois aussi, et certains moments de grâce entre amis. Ces instants de présent absolu, sans scories du passé ou questions du lendemain sont du pur bonheur.

Place au crépuscule, à cette heure si bien dite entre chien et loup, que j’aime répéter.
Place à la paix qui monte et aux images en train de s’effacer dans l’ombre bleue de la nuit: le ciel comme une succession de toiles gigantesques, le ruban enluminé de l’eau, les daims si craintifs, puis plus tard les lumière des villes de passage:

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78 – Dimanche de Pâques, Brunch avec Robbie, Echange d’Œuvres, Pétroglyphes le Long du Rio

Dimanche de Pâques, Robbie m’a proposé un brunch au Graham’s grill. Nous y voilà à 12h30 pile. On se régale et converse avec grand plaisir. Nous nous retrouvons ensuite dans son atelier pour faire un échange d’œuvres. Je donne à Robbie le livre sur Pierrefeu et un tirage de la Yosemite River et elle me donne un livre, exemplaire unique, que j’aime énormément, Memento Mori, où il y a à la fois tout son art et l’évocation de Taos et de ses femmes.

Quand son amie Jenny arrive, on part se balader, au bout de la route 570, old state road, toujours. On descend par sentiers et rochers vers le rio Pueblo où Jenny  nous montre les pétroglyphes, son sujet de recherche.

 

Retour un peu pressé car ce soir les wurlitzeriens dînent ensemble, au restaurant. Comme d’habitude on rigole et on finit avec une glace chez moi. Zut j’ai pas d’alcool. Ça manque quand même un peu.

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79 – Red River, Pêcheurs de Truites, Oies Sauvages et Loutre

Ce matin je pars tôt, pour retourner au nord de Questa, descendre la petite route qui mène à une pêcherie sur la Red River. Y sont déjà quelques pêcheurs à l’entraînement dans un bassin.
Partent le long de la rivière un père et son fils. Je les suis, très vite m’arrête pour prendre quelques photos avec le sténopé. Les vois un peu plus bas. M’approchent. Ils sont assis à l’abri du vent et ne m’entendent pas arriver. Ils paraissent au paradis, bienheureux. On échange quelques mots tous les 3, tellement contents de cette journée de soleil et de paix, ici.

Je voudrais continuer jusqu’au Rio Grande pour voir d’en-bas ce que j’ai imaginé avant-hier d’en-haut.
Quelques arrêts. Après plus de 2 heures le canyon se resserre, je ne devrais pas tarder à arriver.

Tout d’un coup sur l’autre rive,  2 oies sauvages. Elles ont l’air de se parler et de chercher quelque-chose.
Occupées en tout cas au point de me laisser les prendre en photo.
J’approche un peu plus, elles s’envolent.
Juste le froissement soyeux des ailes déployées dans l’air.

Je continue. La rivière s’engouffre dans le canyon à angle droit. Sur la rive que je suis, les rives laissent la place à des falaises verticales. Impossible de continuer sans se mettre à l’eau. Pas assez aguerrie, Marie!

Pour changer une pellicule, je m’assois confortablement sur un grand rocher à moitié dans la rivière… A un moment sans raison, je regarde l’eau juste en-dessous, à ma droite. Ce que je pense être une loutre, là, à 1m50!  Je la vois qui me regarde. Le temps de photographier, elle a déjà plongé.
Là-bas, elle remonte le courant. Emerge. Court. Plonge. Nage. Aisance absolue.

Retrouve les 2 pêcheurs, qui se sont installés plus bas, ont quitté leur veste, toujours le même plaisir. Ils ont attrapé des truites brunes et arc-en-ciel. Je leur demande s’ils ont vu quelque chose dont je ne sais pas le nom en Anglais, un mammifère!
Ils disent que oui ils ont vu … je ne comprends pas quoi. Ils continuent:
– « You’re very lucky, you know… »,  car eux qui vivent ici et pêchent souvent, c’est la première fois qu’ils en voient une. Mais quoi? Je ne comprends toujours pas! Alors il répète:
– « river otter ». En arrivant chez moi je regarde et oui c’est bien une loutre!  et qu’elles avaient disparu depuis le début des années 50 des rivières du Nouveau Mexique. Elles sont réintroduites depuis peu dans le rio Grande, la Red river etc…

Dans l’autre sens, c’est la même rivière, mais pas la même, avec le soleil de plus en plus bas et l’ombre qui monte.

Ecrire maintenant et choisir les photos. Et dans la soirée,  je demande à George s’il peut me montrer comment mettre une musique sur les quelques secondes d’ombre sur l’eau. 8h-10 pour vous, je vais dormir.

 

 

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80 – Anniversaire, Visite, Interstices

C’est l’anniversaire de Jean-pierre.

8h, le téléphone sonne, c’est Jean-Marie qui arrive à Taos dans une heure:
– « Es-tu à la Fondation ce matin? Peut-on se voir, et Marie peut-elle venir avec toi le temps de mon rendez-vous? Elle en a assez des business appointments. »
– « Bien sûr, on va se prendre un petit-déjeuner chez moi, en t’attendant. »
Je les retrouve au Visitors Center et emmène Marie. On se prend un bon petit déjeuner en bavardant.
Jean-Marie nous rejoint un peu plus tard. Les anecdotes américaines vont bon train. Jean-Marie et moi sommes très bavards, Marie très patiente.
Nous allons déjeuner au Doc Martins. Puis ils partent vers Alamosa. Bonne route!

Je rentre tranquillement et passe l’après-midi à pas faire grand chose. Efficacité extrêmement réduite aujourd’hui. Ah! Si j’arrive à bloquer tout le système mail en voulant envoyer une douzaine de chansons à Jean-Pierre dans un mail d’anniversaire. Dès que j’ai cliqué sur « envoyer », gmail me dit taille de fichiers dépassée mais il essaie quand même d’envoyer alors la petite roue tourne des heures en vain… Je vais me coucher sans réussir à éliminer le mail qui bloque tout.

Qu’il est bon de ne rien faire. Les interstices ne sont-ils pas nécessaires au cerveau pour se régénérer.

Une ronde de nuit avant d’aller dormir.



 

 

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81 – Le World Cup, Uma Petite Fille Douée, Discussion avec Pamela, les Collages de Romare Bearden, Balade du soir au Rio Pueblo

Le bloquage informatique continue, je m’acharne,  puis demande à Cédric. Problème rapidement résolu. Je continue à travailler sur les photos. N’ai pas le courage de sortir. Temps froid. Et puis George frappe:
– « Tu m’accompagnerais à la poste et prendre un café », ajoute-t-il en voyant ma tête.
– « Oui ça tombe bien, j’ai besoin d’un changement d’air. »
Poste d’abord, il récupère ses paquets, je demande des renseignements pour l’envoi éventuel d’affaires en France. C’est J-, euh, je compte sur mes doigts, J-11. Le temps s’accélère. Faut penser à rentrer.

Au World Cup, le bar préféré de George, d’après lui c’est là que tout se passe, le café est bon et les 2 serveuses vraiment sympas et marrantes.
The Best Little Coffee Shop in Taos

Great spot to people watch – located on Taos Plaza – local hangout for artists and other eccentric hipsters and a must for anyone passing through. The coffee is great, the barristas are both pretty and friendly and although the space itself is tiny, the outside balcony is the best place in town for a shady seat and an eye on Taos. Sunday mornings are especially busy and at any time you might be suprised by who is waiting in line behind you. Could be Julia Roberts in that hat pulled down low. Prices are comparable to Starbucks and other espresso bars.

Ce matin, y’a un père et sa fille juste à côté de nous. Elle s’appelle Uma et a autour du cou une très jolie petite bourse jaune qu’elle a fabriquée et peinte. On la complimente, alors tout le café vient voir la pochette, on admire, on s’exclame… Elle disparait, sans qu’on s’en aperçoive. Nous parlons avec son père et les serveuses, regardons les cafetières italiennes à vendre, demandons le prix, c’est cher, mais George va quand même peut-être en acheter une. Tout d’un coup, Uma arrive comme elle était partie. Elle a  5 ou 6 pochettes qu’elle pose joliment sur le comptoir. Elles sont toutes différentes. Je lui dis:
– « Elles me plaisent beaucoup, tu les vends? »
– « Oui »,
– « Combien? »
– « 2 dollars. »
J’en achète deux, George une. En 5 minutes, elles étaient toutes vendues et signées par l’artiste.
– « Puis-je prendre une photo de toi, en souvenir de ce moment? »

J’avais oublié. C’est mon jour de lessive. En allant à notre laverie commune, je croise Pamela:
– « J’ai vu que tu étais partie « lessiver », mes affaires sont encore dans le séchoir. J’arrive. »
Je suis en train de lire. La lessive se fait. On se met à discuter peinture. Elle veut parler de la guerre Mais elle ne sait pas par où commencer. Trop de strates, trop d’approches possibles et puis comment faire pour que les gens soient touchés, décident de refuser que les interventions armées américaines continuent…  Peut-être avec des collages.
– « Romare Bearden, noir américain  fait de magnifiques collages. C’est en voyant ses collages que j’ai pensé à utiliser cette technique…. »

J’aime beaucoup ce que fait Pamela. Comme souvent du coup je me trouve éparpillée, pas assez articulée. En même temps comme hier avec les interstices, j’ai toujours un peu l’impression que les digressions, les détours  font partie des récits qu’ils soient écrits ou phographiés.
Je rentre avec ma lessive sèche, et me remets à l’ordinateur. Lassitude donc.

Vers 18h,  la fin de journée est trop belle, je pars faire un tour. Jeter un coup d’œil au Rio Pueblo pour voir à quelle heure le soleil disparaît au fond du canyon. Route vers le sud. Nuages effilés qui avec la nuit vont se désagréger, et ici aussi, cette curieuse impression que la rivière garde la lumière du jour en elle.

Phosphorescence argentée, ça doit pas être possible.

Bonjour, je vais au lit.

 

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82 – Big and Little Arsenic Springs, Lamas, Stuart Parle de la Sauvagerie d’Ici, Descente au Rio Grande

Matinée à répondre aux mails. Confirmation de la date de vernissage de l’exposition autour de la revue Conférence à l’abbaye de Port Royal des Champs, le 22 mai.

Aujourd’hui, grand beau, j’ai décidé de retourner dans les gorges où la Red river rejoint le Rio Grande, au nord de Questa. De jour et par le côté du Rio Grande.

Lorsque j’arrive sur le parking d’où part la balade que j’ai choisie « Big Arsenic Springs », il y a un type genre baroudeur, en train de fermer son sac à dos et un camion avec des lamas.

– « Hi, vous avez l’air de quelqu’un qui connaît tout ici.
– « Oui ça fait 20 ans que je me balade par ici. Mais là, sorry, j’ai pas le temps de parler. »
Je lui demande quand même si les pistes se rejoignent en bas et si on peut faire une boucle et combien de temps ça prend.
– « Oui on peut, ça prend une bonne demi journée. » Il a un air complètement inquiet et se dirige vers le sentier.
– « Qu’est-ce qui se passe?  Pourquoi vous laissez les lamas dans le camion? Je peux vous aider? Prévenir quelqu’un? »
– « Non j’ai appelé les pompiers, ils ne vont pas tarder. Un lama a trébuché, et a déboulé dans la pente, il est blessé et a une patte cassée. Il est plus bas sur la piste. »
Il ajoute que ça ne lui était jamais arrivé depuis qu’il organise des balades avec les lamas.
– « Ici il ne faut jamais oublié que c’est vraiment sauvage, il faut toujours faire attention à tout, rien négliger, mais là, on n’y peut rien. On va le remonter, je pense que le vétérinaire pourra faire quelque chose. »

Je lui dis que je compte le suivre car c’est la randonnée qu’on m’a conseillée quand on ne connaît pas.
– « Non, surtout, n’y allez pas, il y a du sang partout et le lama est sur la piste. Excusez-moi, j’aurais bien voulu vous parler des endroits, etc… Là il faut absolument que j’y retourne. Bye. »
Il a raison etde toute manière ça m’a plutôt refroidi,  plus du tout envie de cette balade.

Je repars pour le parking suivant avec la randonnée « Little Arsenic Springs » qui a l’air très équivalente. Croise les pompiers qui ralentissent à ma hauteur.
– « Oui, je viens de le voir, le type aux lamas, il est juste là, à 300m et il est redescendu sur le sentier. » Les pompiers, c’est 2 Indiens plutôt âgés.
Je me demande comment ils vont faire, tout en pensant qu’à 3 expérimentés, sur, ils y arriveront.

Descente par larges étages, et quand j’arrive à celui qui domine le Rio Grande, c’est superbe de découvrir l’eau scintillante entre les arbres et les rochers.
Je descends jusqu’à l’eau. Vraiment  sauvage, comme il disait. Et sur la photo ça ressemble complètement à Pierrefeu!

Reprends la piste et arrive aux sources, les « Little Arsenic Springs », bien sûr.

Remontée. La première partie ça va bien, malgré le soleil encore très très chaud. Qu’est-ce que ça doit être en été? Je traverse le plateau médian, splendide balade, et attaque la dernière partie, beaucoup plus raide. Et peine. M’arrête pour regarder les vautours qui planent dans le vent. Repars, regarde les cailloux, avance doucement. Et lorsque je ne suis plus très loin, vois un banc sous un arbre. J’en profite pour m’arrêter, boire, manger 3 biscuits. Et arrive à la voiture, fourbue mais très contente.

Pendant le retour, je verrai des oies sauvages,  loin, au-dessus de l’autre rive, des daims, un wapiti. Pas eu le temps de prendre de photos. Dès qu’ils entendaient la voiture, ils disparaissaient entre les arbres. Juste un nuage de poussière.

Et bientôt Questa, pas très riche et déjà dans les montagnes.

 

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