98 – Toutes les Dernières Fois, Los Alamos, Jemez Mountains, Springs, San Ysidro, Zia, Santa Ana, La chambre à Albuquerque

Ultime visite à Michael, qui me dit: « Marie, à la prochaine… » On s’embrasse.

Mettre les bagages dans le coffre !
Prendre la route, comme d’habitude, même si…

Au loin le Rio Grande à l’abri dans son canyon.

 

 

 

A Pilar je ne résiste pas et tourne à droite. Au printemps revoir la rivière sous les arbres qui ont viré au vert tendre, et le rouge des saules paraît un peu plus pâle sur le gris rouillé de l’eau.
En ce samedi, les kayakeurs glissent sur le courant, plus bas les remous, les rochers. Attendre qu’ils passent et re-photographier ma rivière solitaire. Un geste pour marquer le moment, et tous les autres avant.

Avant Espanola, je tourne à droite passe dans Ohkay Owingeh et continue le long de la Chama River.

 

 

 

 

Ensuite l’inconnu des Jemez Mountains, par la HW30, pour aller à Los Alamos (Premiers essais nucléaires!), il fallait bien une High Way, qui donne la mesure de ce qui s’y fit et du lieu de recherche que c’est devenu. Impressionnant même si j’évite d’entrer dans la ville.

La route 4 maintenant, taille habituelle, nids de poule et tournants serrés, qui monte sec dans les sapins et les bouleaux. A nouveau cette sauvagerie à 2 pas de la plus haute technologie, les canyons immenses, la forêt à perte de vue.


Tout en haut, on découvre d’un coup une cuvette volcanique qui annonce les sources chaudes le long de la rivière Jemez, qu’on suit en partie quand on redescend côté sud.

Traversée de la petite ville de Jemez Springs avec ses établissements de bains puis encore plus loin, ces bassins d’eau chaude, où il fait bon se baigner en toute gratuité. Quand je retrouve la plaine il y a à un croisement un pont sur une rivière charmante.

 

Je descends prendre quelques photos, un mobile home s’arrête, le conducteur m’appelle, je pense qu’il veut me demander un renseignement, sourire intérieur à l’idée de ma probable ignorance. Il s’agite beaucoup, hilare, heureux. « Ah je vois vous êtes photographe, alors 10mn, madame, 10 mn… » Je le coupe: « Je dors à Albuquerque c’est encore drôlement loin il faut que je trouve l’hôtel, le soleil est presque couché… » Il m’interrompt: « Non, non, vous devez prendre le temps, 10 mn pour aller au bout de cette petite route dont je viens. Vous ne pouvez pas rater ça, vous verrez, après le tunnel, vous regardez, c’est tout. » Je lui souris, « d’accord! ».
Il démarre, enchanté de la beauté encore en lui.
Je finis mes photos avec sténopé, maudis mon départ trop tardif de Taos.

 

Et prends la petite route. Traverse un de ces nombreux hameaux du Nouveau Mexique mi- abandonnés, mi-habités de gens qui vivent de presque rien. La beauté partout autour d’eux. Est-ce moins dur?

 

 

 

 

 

 

Juste avant le tunnel,
il y a la mesa que j’ai longée tout à l’heure sur l’autre route,
mais sans la voir comme ici dans sa rouge draperie, splendeur soudaine à la sortie du tournant.

Après le tunnel, la rivière qui coulait tranquillement dans la plaine, entre les hautes herbes ou les arbres, se transforme en un torrent brun, tumultueux, écume éclaboussante, qui dévale dans les énormes blocs entre les parois resserrées du canyon.

J’y reste plus d’une heure (comme je le redoutais) à regarder, à photographier .

 

 

 

 

Le soleil a disparu.
Je retrouve la grande route qui traverse mesas et villages indiens jusqu’à Albuquerque.

 

 

 

De temps en temps une échappée encore ensoleillée.

C’est joué, d’ailleurs je le savais en partant, j’arriverai dans la nuit avec mon plan approximatif… comme d’habitude. Cela a été encore une longue journée somptueuse…

Ma dernière nuit en Amérique et je pense à toi (comme souvent, ici et ailleurs d’ailleurs) car la chambre te plairait énormément.
Je pars demain, avec une semaine de retard.

Taos, c’est fini.

 

 

 

97 – Neige, Visite à la Maison Rouge, Repas à l’Outpack, le Pick Up de Caryn, Dernier Soir à Taos

Neige et grand froid, juste quand je suis à nouveau dehors sous le porche de la bibliothèque, à regarder mes mails en soufflant sur mes doigts!
Sirènes en ville, ça a l’air grave. Le nuage arriverait-il ici? Justement Robbie vient de m’envoyer d’extraordinaires photos d’Islande.
Drôle de prolongation, tout le monde part et c’est comme si j’avais programmé mon temps ici. N’ai plus vraiment la tension pour continuer à photographier.

La neige fond. Pars vers Gusdorf rd pour trouver les habitants de la maison rouge, sous l’arc en ciel et leur apporter la photo. N’arrive pas à trouver la route qui mène de l’autre côté, à l’entrée de la maison. Un piéton, indien évidemment, de l’autre côté de la rue, je lui fais signe de la voiture. Il s’approche. Je lui explique, aucune réaction, j’ouvre l’enveloppe que j’ai préparée, lui montre la photo, lui redis que je veux la donner aux gens dans la maison rouge. Tout s’éclaire. « Faire demi tour, à droite, là-bas vous voyez la maison arrondie, encore à droite, juste après et vous prenez la piste.

Sur la piste, plus de maison rouge. Une voiture avec un couple jeune, indiens aussi arrive en face. Je leur fais signe et demande: « Vous ne connaîtriez pas les gens qui habitent dans la maison rouge qu’on voit de Gusdorf rd? » Silence. Lui, lève les sourcils, « Non. » Leur tends la photo, ajoute que je veux les trouver pour leur donner la photo, ils regardent, sourient et expliquent: « Juste là, les caravanes qui servent d’appentis, le champ avec les voitures, la maison est entre les deux, mais de ce côté elle n’est pas rouge. Super votre photo, ça va leur faire plaisir. « Voilà la maison, une  « singlewide » comme on dit ici. T’as aussi les « doublewide », double largeur, ce sont les maisons à roulettes. Sur le côté les bagnoles en panne, le bois etc… le bric à brac gigantesque et coutumier. Comme Jacky, tout peut servir. Le chien aboie mais apparemment attaché.

Je frappe à la porte, entre. Une femme indienne allongée sur le canapé. La jambe enflée, une croûte rouge. Une table basse à côté sur laquelle une petite fille est penchée, en train de dessiner. Son grand-père, à droite, se lève et vient vers moi. Les deux adultes sont stupéfaits: Qu’est-ce que je peux bien vouloir? La télévision au fond allumée. La pièce toute petite. A nouveau je leur dis l’arc en ciel, la maison rouge… Ils regardent, leur dis que je leur donne la photo. Ça y est, on se parle. Me demande d’où je viens. Nice, sud de la France. « Ah il me semblait bien, j’ai un livre qui vient de France, je crois, je vais le chercher, vous allez me dire… » OK. Il apporte le livre me montre. « C’est un livre édité à Paris, par Plon sur comment apprendre la politesse aux enfants. »  » Ah oui c’est ça, ça m’énervait de pas savoir de quoi ça parlait,  c’est mon père, il avait récupéré un lot de livres en français. Il ouvre les autres me les tend, ils sont tous du début du XXème.

Je demande à la femme ce qui est arrivé à sa jambe. » Un chien qui m’a mordue. Ah! je mesure ma chance d’avoir échappé aux chiens de garde que j’ai croisés. Tous ne sont pas aussi bien dressés. Oui, elle a bien montré sa jambe à un médecin, et: « ils m’ont donné des antibiotiques et je dois retourner les voir. » J’insiste: « Il faut pas oublier. Vraiment y aller. » « Oui oui! ».  On se serre la main. Au revoir.

A 17h00, rendez-vous avec Caryn et Mark au « Outpack » pour un dernier dîner. On va passer 3 heures à refaire le monde de l’Europe aux Usa, de leurs filles aux miennes, de l’école qu’a créée Caryn à mes projets photo, du disc-golfing à la musique, des initiatives de la NEF aux nouvelles communautés de Détroit, …

On s’étreint, derniers hugs. Et puis ils sont montés dans le pick up cabossé et bleu ciel de Caryn. Elle avait essayé pendant 10 ans de l’acheter à un de ses amis qui le lui a finalement donné. Souhaits de bonne continuation. Signes de main, salutations qui s’éloignent. Continuerons-nous à parler de tout entre Pierrefeu et Taos?

Boucler les valises. Demain matin je pars à Albuquerque.
Dernier soir. Une certaine mélancolie.

96 – Au Dragonfly avec Michael, Esteban Castillo Joailler, Rincon Trading Post, Dîner avec Robbie et Jim

Pamela et Carolyn partent ce matin. Michael et moi les aidons à embarquer leurs bagages. Hugs d’adieu. Michael me propose d’aller prendre un café-croissant aux amandes au Dragonfly, les meilleurs homemade gâteaux de Taos, 3 sortes de puddings, des tartes, des cheesecakes, un tiramisu… et leur fameux croissant aux amandes. Oui délicieux. On bavarde, un de ses amis se joint à nous. Sa femme est suisse. Ah l’Europe! Et le nuage, toujours là à enrayer les plans de retour.

Retour au bureau, on regarde le site de l’immigration car mes 3 mois sans visa sont dépassés. J’ai perdu le papier et on réimprime la partie avec le mois supplémentaire sans formalités.

Déjeuner, le frigidaire a été rempli par tous les départs. Chacun m’a apporté ce qui lui restait.

Puis je continue mon exploration de la ville avecle Rincon Trading Post, à la fois petit musée de famille, auberge et magasin. Estevan Castillo, l’héritier de Ralph Meyersle, le fondateur de ce comptoir, est aussi joailler, comme son grand-père qui lui a légué ses outils, ceux qu’il avait fabriqués pour créer ses bijoux.
Aujourd’hui lui-même travaille à son tour avec son fils Michel…

Là encore, on discute, il m’explique en particulier la technique où ils réunissaient tous les restes d’argent qu’ils refondaient en les coulant ensuite dans le sable qui servait de moule. Me reparle des inlays et overlays, me montre un collier dont il a fait chaque perle en argent et le pendentif qui le finit, les bracelets et les bagues, va chercher les poinçons qui ont servi aux différents motifs. Ensuite il sort de vieilles photos de ses parents, de sa mère enfant, prises devant le magasin. Un plaisir de regarder et écouter.

Robbie m’a invitée à passer voir les photogravures qu’elle a faites à partir des photos qu’elle avait prises pendant notre balade au Rio Pueblo, le jour des pétroglyphes. J’admire sa rapidité et 2 des gravures qui me plaisent beaucoup. Je reste diner avec eux. Jim a encore fait un très bon repas. Soirée chaleureuse. On devient amis.

Retour dans les nuages repartis. Ils étaient descendus de la montagne jusqu’à la maison, embrumant la lande. Reste à l’ouest un liséré jaune indécis.

95 – Changement de Règles, Adieux sans Fin, la maison du Peintre Fechin, Dîner avec Pamela, la Culture Afro-Américaine

Hier certains vols ont repris. Voyons ce qui se passe dans le ciel.

Ce matin un grand spécialiste explique sur la BBC: « Puisque le volcan continue – le nuage toujours à planer sur l’Europe – mais que les compagnies sont en train de perdre des milliards et que ça paralyse une partie de nos  économies, et après quelques essais de vols en Allemagne, en France, en Angleterre, on a décidé de changer les règles. Celles-ci se révèlent trop strictes pour une économie globale en légère récession. Le danger de ces nuages volcaniques est surévalué. Conclusions modernes:

Passons de la règle: « Lorsqu’un volcan entre en éruption, interdiction de s’approcher à moins de 100 miles du nuage. »
à celle qui convient dans notre monde ultra développé et performant : « Lorsqu’on perd trop de milliards, mettant en danger la planète économique entière, on peut traverser le nuage. »
Cela va sans dire, mais disons le quand même, je suis assez contente que d’autres essaient le bain dans le nuage de cendres avant moi.

10h30, Liz attend le minibus qui vient la chercher à 11h00. Michael arrive. On papote chez moi. Adieux.

Redis que le chauffage ne marche plus depuis quelques jours. « Je vais regarder ça. Effectivement une des pièces est dévissée. »  La revisse, mais après quelques essais infructueux, ça ne marche toujours pas. Il décide de faire venir le plombier. A 13h00 il arrive et répare.

Je propose mes valises à Pam, que je croise. « Oui peut-être, oui  je passe les prendre et on dînons ensemble ce soir. »

Dans la continuité de l’exploration des maisons d’artistes et de mécènes de Taos,
je pars visiter celle du peintre Nicolai Fechin, qui était fermée quand j’avais voulu y aller.

 

 

 

 

 

 

 

C’est lui qui en a fait les plans et réalisé une partie des menuiseries: portes, fenêtres, meubles
et il y avait réuni en plus de ses tableaux, ceux de ses amis peintres.


Après le dîner en ville, on repart, traditionnellement à pied dans la nuit, Pamela me disant comme elle préfèrerait rester encore et comme à Toronto, lui manquent les Etats-Unis. Surprise, je lui demande: « Ah bon, qu’est-ce qui te manque? » « La culture afro-américaine, elle n’a pas d’équivalent dans le monde. Et je l’aime. » Sur le coup je n’y pense pas mais je me dis qu’en France il y a aussi cette richesse des cultures métissées et entre autres celle qui résulte de la rencontre afro-française même si (d’ailleurs mon ordi souligne de rouge afro-française, ça n’existe pas.), cette culture n’est pas répertoriée.

94 – Déjeuner et Dîner avec Liz, Angel Fire, Sauvagerie de la Terre Ici, Formalités

Traîne, propose mes valises à Liz, qui finalement n’en a pas besoin. Oui, il y a 2 semaine à peu près, j’avais échangé ma petite valise optimiste pour une beaucoup plus grosse qui contenait pour le même prix (!): un sac pour ordi, une trousse de toilette, un grand sac à roulette et une petite valise à roulette taille cabine. Après avoir essayé de mettre des livres dans la petite et la petite dans la grande puis bourrer d’habits, ça pesait je ne sais pas combien mais je pouvais à peine la soulever.

Son fils Logan et sa belle fille Suzan arrivent pour l’aider à envoyer une partie de ses bagages par ups. On se croise, on bavarde. Ils proposent qu’on déjeune ensemble chez Gutiz. Ils habitent Angel Fire à une demi heure de Taos, depuis 2 ans. Lui était avocat pour des grosses boîtes et a pris sa retraite à 39 ans. Depuis ils ont tout le temps pour s’occuper de leurs 3 filles, refaire la maison achetée ici, skier, randonner, être pompier bénévole…

Il fait si beau aujourd’hui qu’on déjeune dehors. Ils disent qu’ils ont choisi Angel Fire pour les écoles tranquilles mais qu’ils en ont mare d’être si isolés malgré le ski qui est leur passion. Ils pensent revendre et s’installer à Taos. On parle de l’Amérique, des ours de retour ou réveillés après l’hiver, du lion des montagnes qu’ils ont vu au sud d’Albuquerque, près de la route, de cette sauvagerie de la terre ici qu’ils adorent. Blancheur éclatante du printemps.

Après le repas, rendez-vous avec Michael pour regarder ce qu’il en est des étrangers qui ne peuvent pas partir et qui ont dépassé les 90 jours autorisés sans visa. Il regarde sur le site et imprime la partie qui nous accorde 1 mois supplémentaire, sans formalités. Bien contente, hier il était question de déclaration aux services de l’immigration. Evidemment on bavarde assez longtemps et je rentre après un tour en ville pour un dernier dîner avec Liz qui part demain. Je resterai la dernière. Seule à profiter du soir vers la morada dans cette lumière dorée que j’aime. Comme tout à l’heure, après la ville.

93 – Vol 170 Salt Lake City / Paris Annulé, Flotter entre 2 Mondes

 

 

6h30, je suis chez Liz. Jean-Pierre m’a envoyé un sms pour dire que le vol était annulé et qu’il avait réussi à avoir la dernière place pour le vol de dimanche prochain. Alors on bavarde et petit déjeune tranquillement. On imagine l’éruption gigantesque puisque le nuage interdit le ciel d’Europe aux avions. Ecriture, courte ballade, rouvrir les valises. Rêver. Chercher des images du volcan… Impressionnant!

Dans ma tête, j’avais clos le chapitre Taos, déjà un peu partie, les pensées ailleurs, en France. Le volcan en a décidé autrement. Je me retrouve à flotter entre 2 mondes. Le temps médiocre ajoute à mon inertie. Pourtant quelques jours de plus ici que j’ai tant aimé, pas mal!

 

92 – Accompagner George à Santa Fe, Tesuque Flea Market, un Bijoutier Russe, la Haute Route de Taos

Dimanche

Le nuage de cendres ne se décide pas à bouger. Inutile d’aller dormir à Albuquerque et être à l’heure pour un avion qui a 98% de chances de ne pas décoller. Mais j’avais dit à George que je le déposerai à Santa Fe. Nous partons à 10h et en route il convient avec ses amis de se retrouver sur une des bretelles. Nous voilà à les attendre. George qui voyage en train pour rejoindre la basse Californie a 2 sacs et un valise plutôt denses. Je me moque de lui car c’est à peine s’il peut hisser le premier sur son dos. Arrivée du copain. Nouveaux adieux avec promesse de se revoir pour quelques « road-trips », car il a rarement autant ri que lors de nos excursions me dit-il avec cette exquise politesse américaine.

Je repars vers le nord et m’arrête au marché aux puces de Tesuque où nous avions rencontré avec Cécile une photographe de chevaux et de bisons. Nous avions beaucoup parlé et finalement Cécile s’était choisi une photo. J’avais envie de la revoir, trouver aussi des perles pour Pascale qui avait aimé celles que nous avions rapportées. Justement je retrouve le même marchand.
Fais le tour des échoppes, mais il ne fait pas très chaud et plein d’étals sont fermés. Point de photographe, mais dans son allée, un peintre « art brut ».

Un peu plus loin, un marchand montre de magnifiques bracelets en argent et turquoise navajos, zunis etc… à des collectionneurs. Il parle avec un Navajo de l’origine de chaque turquoise et des mines d’où elles viennent.  Il a aussi des bijoux plus anciens. Plus je regarde et plus j’en vois de magnifiques. D’autres gens arrivent. J’écoute. Les contemporains, il les achète directement aux artistes, qu’il connaît tous.

Il y a les bracelets inspirés par l’art espagnol, très ouvragés, extraordinaires dès que je les voyais au poignet des acheteuses.
Il y a ceux des Zunis souvent figuratifs et ultra-fins, ceux de Santo Domingo très géométriques, abstraits, qui racontent pourtant chacun une histoire, et tout particulièrement ceux très délicats de deux frères et une sœur, ceux des Navajos qui savent s’approprier les techniques et les idées de tous.

Peu à peu les gens s’en vont et je commence à lui demander des explications.

Et puis il y en a un qui ressemble à celui (depression-jewel) de la petite boutique Two Graces à Ranchos de Taos. Je lui demande. « Non, pas celui-ci me dit-il, mais c’est exactement la même technique de l’inlay on devrait dire overlay d’ailleurs parce que les pierres ne sont pas incluses mais posées par-dessus. Les autres, oui, très intéressants très inventifs, mais ils valent maintenant des fortunes. »

Il me montre les différentes turquoises certaines comme des cartes de géographie avec la mer turquoise plus ou moins grande, d’autres très unies au contraire et puis du corail rouge ou rose, du jais noir, du jade de l’Utah aux multiples coloris du brun jaune au vert, du lapis lazuli, du gypse blanc, des coquillages nacrés.
Je lui demande d’où il est originaire, « de Russie, mon grand-père s’est installé sur la côte est. Nous vendions des vêtements et des bijoux. Et puis moi un jour je suis venu au Nouveau Mexique un peu par hasard, et j’ai aimé et suis sans cesse revenu, chaque fois que je pouvais, et achetais des bijoux aux Indiens. Je savais qu’une fois retraité je m’installerai ici et vendrai des bijoux. » Il a aussi une boucle de ceinture avec un cheval et des petits personnages tout fins sur de l’argent, une merveille il a très envie de la garder pour lui mais il pense qu’elle trop féminine. Il essaie devant la glace, et je lui dis que je la trouve superbe sur lui. Il ajoute : Mais je connais quelqu’un qui fait de très belles ceintures, alors… ».

Nous restons 2 heures à parler. J’achète des boucles d’oreille et un pendentif. On échange nos cartes: « N’allez pas sur mon site je ne m’en occupe pas. » Ajoute-t-il. « Au revoir ».

Je rentre par la haute route de Taos inreconnaissable, plus de neige, l’herbe a poussé, les arbres reverdissent. L’eau est partout, déborde quelquefois et envahit les champs les plus bas. L’église de Truchas toujours fermée et j’ai oublié le téléphone de Nora qui ouvre l’église. Personne dans les rues. Puis le col avec encore un peu de neige sale, la 518 et son Rio Grande de Ranchos et la vision surréaliste de ces 2 motards qui rapportent chez eux cet énorme dindon ou quoi?

Mon avion n’est toujours pas annulé. Liz et moi dînons ensemble. Elle me propose qu’on prenne le petit déjeuner ensemble demain à 6h30. Je lui dis que c’est trop gentil et trop tôt. « Je suis réveillée de toute façon. » « Alors d’accord, c’est vraiment drôlement sympa! »

Chacune chez soi, sweet dreams, sweet night.

 

91 – Marjorie’s, le Printemps, Traîner en Ville, l’Atelier de Pamela

Un samedi où on se demande combien de temps le nuage de poussières volcaniques va durer, où je remplis les valises de tout ce dont je ne me sers plus, où je me promène dans Taos.
Pas envie de photographier.

Rattraper le retard du blog?

Aller chez le coiffeur, une manière d’emporter un peu de Taos dans les cheveux. C’est une autre coiffeuse, blonde et mince cette fois. Caroline l’Espagnole enceinte de la dernière fois a eu un nouveau fils il y a 3 jours.

Imprimer la photo à donner aux gens de la maison sous la flèche et l’arc en ciel.

Une liste qui pourrait être si longue des choses à faire que je n’ai pas faites ou laisser couler le temps comme si de rien n’était. J’avais opté pour la deuxième solution il y a quelques jours pensant que laisser aller serait une nouveauté très agréable au lieu de ce sentiment permanent d’urgence que j’ai tout en n’urgeant pas forcément, et qui amène à finir la journée en culpabilité plutôt qu’en beauté.

Flâner au printemps dans les rues, les gens en t-shirts chemises, shorts, voir qu’en 3, 4 jours les arbres virent au vert, les couleurs remplacent les monochromes de l’hiver, les journées ont si vite allongé.

Visiter l’atelier de Pamela, se promettre de rester en contact, ne plus se voir à Taos.

90 – Sand Dunes, Zappata Falls, les Chevaux, Rio Grande dans la Plaine, Mesas, Orages

6h20,
Départ pour les Great Sand Dunes au nord de Taos, dans le sud du Colorado. Avec Cécile en 2006, on les avait aperçus au loin, sans s’arrêter. Jean-Marie Douau m’a parlé des 2 rivières qui les bordent: au sud le Medano Creek et le Sand Creek au nord. George propose de venir.

Vides la Highway 64 jusqu’à Tres Piedras, et la 285 jusqu’à Alamosa, on roule vite, juste un arrêt pour l’essence et un café.

Rosies par le jaune si pâle de l’herbe, les dunes bientôt, étales aux pieds des Sangre de Cristo Mountains.

Echappés en douceur des montagnes, les nuages avancent. Gigantesque ouate en mouvement.
Au Visitors Center un film explique le cycle infini des dunes, étranges d’être ici, de l’eau, du vent, du sable. Quand on sort, vent glacial. On marche un peu vers l’eau que j’avais vue de la fenêtre du Visitors Center, mais elle s’amoindrit au fur et à mesure qu’on avance. De près c’est un mince filet qu’absorbe aussitôt le sable. Trop tôt, la fonte des neiges commence juste.

On décide de se rattraper avec les Zappata Falls. Le nom déjà est enthousiasmant! Route, piste et sentier. Ça monte pas mal. Elle est où la rivière? Là, une coulée de glace sort de la montagne.

Je monte sur la glace et avance. La voilà, absolument silencieuse, l’énorme chute glacée. Soudain juste après un détour, le fracas de l’eau. J’essaie d’avancer mais le sol très en pente et une légère pellicule de glace fondue rendent tout horriblement glissant. Je ne la verrai pas cette eau que j’entends si fort!

George fait le tour par dehors pour essayer de la voir d’en haut. C’est un sentier qui monte vers un lac avec des vues sur les magnifiques sommets autour et la plaine à l’infini: au premier plan en bas les dunes de sable, et sur les flancs de la montagne en face de hautes prairies claires, presque jaunes dans le vert sombre des sapins et le gris des autres arbres.

Le chemin ne s’approche à aucun moment du haut des chutes. On redescend. Pique nique rapide.

Le donut, inévitable achat dans cette boutique de station service, bazar, super marché de l’essentiel. A la caisse, devant nous, un grand type magnifique genre pionnier de cinéma, en long short sur lequel George fait une remarque et il lui répond qu’hier il faisait très chaud et qu’il s’est aperçu en sortant ce matin qu’il faisait bien froid et que oui il devrait savoir depuis tout le temps qu’il habite ici, non ça n’allait pas forcément se réchauffer, en plus le vent s’est levé froid et violent, et il était déjà parti, heureusement, il avait sa canadienne bien chaude dans la voiture et tout ça avec des yeux complètement limpides, en rigolant et une tête à peindre et l’allure aguerrie de quelqu’un qui vit toujours dehors. Je lui ai bien dit que cela me plairait de le photographier avec sa veste et son short mais il n’a pas eu l’air du tout d’avoir envie.

Dans un des petits villages où on passe il y a un mini office de tourisme, on a lu quelque part, que sur la petite route qu’on allait prendre, y’avait plein de trucs à voir. J’entre dans le bureau assez sombre et j’entends le bonjour venu de derrière la porte qui, tant qu’elle n’est pas fermée, cache une vieille petite dame à son bureau en train de tranquillement tricoter. Je lui demande: « Alors la 142, là qu’est-ce qu’il y a à voir? » Grand silence étonné. « Vous allez où? » Je répète ce qu’on a vaguement lu et elle: « Ah non, je ne connais mais pas du tout. Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a à voir sur cette route. Vous feriez mieux pour aller à Taos de prendre par Questa. » En regardant les dépliants au fond, j’en trouve un qui parle justement des églises, des pétroglyphes… le long de la route qu’on va prendre. Elle regarde et me dit: « Ecoutez, moi je ne vois rien de rien sur cette route mais allez-y vous me raconterez. »

On prend la petite route qui passe dans la haute plaine, les mesas et sur le Rio Grande. Magnifique. Je descends jusqu’à la rivière pour prendre des photos et là 4 chevaux arrivent au galop, ralentissent, s’arrêtent juste en face, sur l’autre rive, me regardent, boivent, marchent dans l’eau. Des oies sauvages approchent. Merveilleusement tranquille. Ils repartent en galopant vers la mesa à droite, avec une maison au toit rouge, en haut. On n’a rien vu d’autre. Elle avait raison la dame.

Le reste du retour se fera dans une lumière d’orage tout autour. Nous serons épargnés par la pluie jusqu’à la fidèle 64.

En rentrant je trouverai un triste message du type aux lamas. Il est mort mais tous les autres vont très bien. (cf. 8 avril 2010, Little and Big Arsenic Springs). La pluie en souvenir.