76 – Ecriture Blog, Jankélévitch, le Ranch de DH Lawrence, Dorothy Brett, Rio Grande et Rivière Rouge au Nord de Questa

En réponse.
Je ne crois pas qu’on écrit un journal… qui serait publié éventuellement après, ou une histoire: écriture faite a son bureau, face a soi dans un premier temps et sur laquelle on revient au fur et à mesure que l’histoire se déroule comme on publie un blog.

Dans un blog, le déroulement est direct et sans retour sur ce qu’on a écrit, avec biffures ratures suppressions ajouts etc… Regarde les manuscrits des écrivains. Déjà on constate que les écrivains qui écrivent sur ordi écrivent différemment. Il n’y a plus de brouillon. La pâte de l’écriture se transforme si facilement. C’est comme le mariage on y réfléchissait à 2 fois avant de se quitter. A l’écriture sur papier aussi. Notre génération a encore cela dans la tête, la rédaction à l’école, peaufiner, s’appliquer… Dans un blog ou tous ces « échangés » internet tu lances les choses dans l’espace et dans l’instant, tu ne les revoies pas, corriges pas, je veux dire. Finalement, j’y passe du temps parce que j’essaie de construire un truc comme pour les photos, mais en direct.

Je crois que c’est ce qu’internet a changé en symbiose avec le monde tel qu’il est devenu, l’instantané des choses. Des écrits qui rejoignent le domaine de la parole. On disait les paroles s’envolent, les écrits restent.
C’est marrant, parce que chez les peuples dont la transmission se fait par la parole, la parole a l’importance que les écrits ont chez nous. On pèse ses mots et on parle moins. Les indiens que j’ai écoutés utilisent le silence a l’intérieur du discours, comme les Africains.
Je sens dans la frénésie de communication occidentale, blogs, forums etc… une rapidité qui fait que c’est souvent pas grand chose. On répond parfois sans même avoir lu jusqu’au bout. On réagit, avant tout, à sa propre vie ou à celle des autres. Très émotif. Un flux, et comme une rivière, il passe indéfiniment. Nos sentiments, nos pensées ont-elles le temps de déposer dans nos mémoires les alluvions que laissent les fleuves dans leurs courbes? Ou nos échanges sur toile virtuelle sont-ils comme les canaux, la ligne la plus courte d’un point à un autre, et dont la marie salope, (nom donné à un chaland à fond plat, comme vous savez), racle et vide les vases pour qu’à nouveau ça circule?

Mais certains d’abord les jeunes parce qu’ils sont nés dans ce monde utilisent cette écriture internet comme, il me semble, une autre manière d’écrire, en se servant de l’instantané, justement.
Peut être pourrait-on comparer cela au passage photographique des lourdes chambres nécessitant de longs temps de pose et de préparation (préparatifs qui seraient comme les brouillons de l’écriture classique) et induisaient une certaine manière de photographier, aux premiers leica rapides ainsi que tous les autres petits formats argentiques qu’on emporte dans la poche puis au digital où on prend des photos sans compter puisque une fois acquis l’appareil, ça ne coûte rien et quand c’est mauvais, on efface. A chaque fois cela a ouvert aux photographes d’autres possibilités, des langages nouveaux.

En écriture c’est comme si on était en train de passer au digital. Cela débouche sur d’autres manières de penser, d’œuvres aux formes nouvelles aussi.
Avec ce blog, j’essaie d’écrire sans y trop revenir, dans cet état de fraîcheur du dialogue d’une conversation. Ce qui provoque les mêmes dérives que quand on parle entre ami(e)s cher(e)s, qu’on a la nuit devant soi (un peu moins maintenant qu’à 20 ans, faut bien dire) et que la discussion passe souplement d’un sujet à l’autre. Dérive où, au lieu de directement décrire ou raconter, essayer d’être éventuellement marrante…, on part d’un presque rien et débouche sur un pur déroulement de pensée. Ça échappe.

Le presque rien me ramène soudainement à la Sorbonne et aux cours de Vladimir Jankélévitch, quasiment les seuls que je ne voulais jamais rater.

Dans ses essais sur le  «je ne sais quoi et du presque rien»,  Vladimir Jankélévitch est, à la suite de Bergson, le philosophe du devenir, qu’il veut surprendre «sur le fait», en flagrant délit, en équilibre sur la fine pointe de l’instant !
Après, dans l’autosatisfaction du fait accompli, l’être se reforme autour de son égoïté, de ses souvenirs teintés de complaisance et de nostalgie: de mort, de liberté, d’amour, il n’est déjà plus question. Mais il reste de cet instant brévissime, de ce «presque rien» où l’être s’est amenuisé jusqu’à n’être presque plus rien pour aimer, un «je ne sais quoi» qui traîne dans l’atmosphère, comme un charme, et rien ne sera plus comme avant!, etc…
En voici 3 citations:
« J’aime que la musique ne soit pas sourde à la chanson du vent dans la plaine, ni insensible aux parfums de la nuit. »
« La gaffe est l’administration massive, intempestive, et inopportune de ces vérités qu’une posologie civilisée dose en général goutte par goutte. »
« Comment le mensonge ne serait-il pas une tentation quand l’homme faible et puéril est si vite ébloui? »

Je ne résiste pas à le saluer à nouveau, dans cette courte vidéo devant des jeunes à la MJC de Bourges,
et avec ces extraits de sa biographie: »Vladimir Jankélévitch est né dans une famille d’intellectuels russes. Son père médecin, Samuel, fut l’un des premiers traducteurs de Freud en France.

Les Jankélévitch fuient les pogroms antisémites dans leur pays et s’installent en France. Vladimir entre en 1922 à l’Ecole Normale Supérieure où il étudie la philosophie.Reçu premier à l’agrégation en 1926, Jankélévitch part pour l’Institut français de Prague l’année suivante. Il y enseigne jusqu’en 1932. De retour en France, il enseigne dans plusieurs lycées et à l’université de Toulouse, ainsi qu’à Lille.Sous le régime de Vichy, il est déchu en même temps de la nationalité française et de son poste d’enseignant.
En 1941, il s’engage dans la Résistance. Il dira : « Les nazis ne sont des hommes que par hasard ».
Il retrouve en octobre 1947 son poste de professeur à la Faculté de Lille.
Professeur à la Sorbonne pendant près de trente ans, Vladimir Jankélévitch a marqué de nombreuses générations d’étudiants par ses cours de morale et de métaphysique mais aussi par sa personnalité.
Il a écrit des livres jugés importants comme Le Traité des Vertus ou La Mort et a également porté un regard neuf sur la musique des 19ème et 20ème siècle.
Philosophe engagé, il fut de tous les combats de son siècle (Résistance, mémoire de l’indicible) joignant philosophie et histoire vécue.
La pensée morale de Jankélévitch ramène à une vie vécue selon l’ordre du cœur puisque ce dernier, et lui seul, constitue la vraie structure d’acte de sa philosophie.
Son combat était de faire reconnaître le primat absolu de la morale sur toute autre instance.

Fin de matinée superbe temps, je pars visiter le ranch de DH Lawrence, au nord de Taos, en montant vers la montagne, au début de la forêt.
Sombre endroit pourtant, en ce début de printemps peut-être faut-il l’été pour s’y sentir bien. Aujourd’hui la glace enserre encore la maison et pas de vue.

Le "ranch" de Frieda et D.H. Lawrence

 

La "cabane" de Dorothy Brett

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a aussi le pin que Georgia O’Keeffe qui avait rencontré Lawrence à Taos était venue peindre au ranch.

Le Pin de Lawrence
Georgia O'Keeffe Lawrence Tree

 

 

 

 

 

 

Et pour finir, je tombe sur cet avertissement collé sur  la porte de l’habitation réservée aux guides!

Ravie d’apprendre que si on sait s’y prendre lorsqu’on croise un ours, ça peut nous permettre de vivre une magnifique expérience et sauver la vie de cet ours.
La suite au prochain article.

 

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2 commentaires

  1. Brett Remembers
    adapted from the writings of dorothy brett
    Read by Patty Sheehan and Carolyn Gage
    In this play, Taos painter Dorothy Brett, 73, is entertaining us in her 1956 studio, when her reminiscences are interrupted by the ghost of her younger self as she was in 1924, when she first accompanied D.H. Lawrence and his wife Frieda to New Mexico with the plan of establishing a spiritual and artistic community.
    “Younger Brett” is hopelessly and obsessively in love with Lawrence, and her soliloquies are addressed to the object of her adoration. She continually attempts to uncover the mysterious painting on the easel, which is a copy of a painting Brett destroyed thirty years earlier.
    Brett’s memories include the “Bloomsberries” who gathered themselves at the estate of Lady Ottoline Morrell during World War I, as well as Tony and Mabel Dodge Luhan, at whose invitation the Lawrences had come to New Mexico. She shares more personal memories of her adult-onset deafness and the incident of childhood sexual molestation to which she attributes her lifelong sexual reticence.
    Younger Brett continues to interrupt the narrative with her more immediate and emotionally raw memories of Lawrence during the years at the Ranch.
    Finally Brett breaks her silence about the tragic night when Lawrence attempted unsucessfully to make love to her. This memory unveils the mystery of the painting, and Brett is finally able to make peace with herself, inviting the Younger Brett to collaborate on the finishing of the painting.

    2 woman
    50 minutes
    Single set

  2. One of Georgia O’Keeffe’s most evocative paintings is « The Lawrence Tree ». But your appreciation of the work may be dimmed somewhat if you view it as presented 95% of the time on the web: Upside down!

    I first saw the painting years ago during the hugely successful retrospective of her work at the National Gallery in Washington, DC. Seeing it from a distance, I wasn’t quite sure what I was looking at, but when I got close enough to see the title, everything clicked. And my understanding of the work points to the problem that some curators and art teachers have with it.

    As a youngster, I was lucky enough to spend many nights sleeping in California’s Sierra Nevada forests. If you’ve ever stretched out under a towering lodgepole pine and gazed up at a starry sky, this is what you’ll see, if your head is towards the trunk of the tree — the trunk coming into your field of vision from the « top ». And it is something you don’t often experience in eastern forests, because the canopy is often too thick.

    Can I be positive that’s what Georgia O’Keeffe experienced? Keep on reading, but that’s what you do out west: You lie in the forest at night, hear the quiet hiss of the breeze in the pine needles above you, and contemplate the celestial sphere. You don’t stand there facing the tree, as the two smaller images below would have you situated.

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