83 – Taja et Treasures: Pablo Flores, Bobby Garcia, Hot Springs le Long du Rio Grande, la Longue plaine, Earthship

Vers 14h, je pars pour les sources chaudes du Rio Grande.

En passant je vois que la petite boutique ANTIQUES FURNITURE etc… est ouverte, plein de trucs sortis devant. Ça fait longtemps que je veux m’arrêter mais elle est souvent fermée.
La femme est dehors en train de réparer une chaise. J’entre et commence à regarder. Il y a des vêtements vintage, un grand vaisselier, des tableaux, des meubles, de la vaisselle, et plein d’art populaire. De plus près il y en a qui me plaisent beaucoup.
Elle a fini sa chaise, la conversation s’engage. Elle me montre les œuvres de Bobby Garcia, santero de Santa Fe qu’elle aime énormément, d’une femme qui peint des vierges et des anges gardiens, je crois Lydia Garcia.

Elle m’explique qu’elle a commencé un peu par hasard à vendre cet art populaire local.
– « C’est une tradition ici et c’est pour moi une belle façon de contribuer à ce que tous ces artistes, souvent méprisés, puissent continuer. »
Derrière un comptoir, au fond à droite, je vois des petits ex-votos qui ressemblent à ceux que j’ai vus à Ranchos de Taos, quand le chien m’avait fait si peur. Je raconte mon histoire à la femme.
– « Oh ben oui, c’est Pablo Flores dont vous parlez, il expose dans plusieurs galeries. Pablo Flores et Bobby Garcia sont des santeros, des artistes qui ont eu une révélation divine et consacrent alors leur art au religieux: autels, sculptures, tableaux, ex-votos… »

Et nous voilà parties pour un voyage de 3 heures où Taja me raconte les vies de ces artistes, l’histoire des tableaux, sa vie de New-York à Taos. Ensuite, elle me propose de téléphoner à Pablo Flores pour qu’il vienne. Elle lui redit le chien… elle rigole, lui aussi probablement. Non il ne peut pas, mais lundi d’accord.
Il y a aussi un autre peintre dont les scènes sont incroyablement vivantes et marrantes,  sur  bois. Il utilise les veines, les particularités ou les défauts du bois dans ses créations. Je choisis des petites scènes et un poisson en métal, souvenirs, cadeaux?
– « A lundi! J’achèterai un ex-voto à Pablo Florès et si je trouve la place un des bois peints. »

Reprends la voiture, retrouve la piste par laquelle nous étions passés avec Patrick, le long du Rio Hondo, jusqu’à l’endroit où il se jette dans le Rio Grande, traverse le pont et remonte sur la rive opposée.

A la première épingle à cheveu, je vois 2 voitures garées et le départ d’un sentier. Après 7, 800m, un chien vient vers moi, continue d’avancer, m’arrête quand il commence à aboyer (le réflexe maintenant bien conditionné). Je vois alors une tête d’homme puis le haut du corps:
– « Ne vous en faites pas, il n’est pas méchant. »
En arrivant plus près je vois une jeune femme, juste le haut du corps aussi. Et devine 2 autres personnes avec eux. En fait ils sont tranquillement installés dans le bassin d’eau chaude, en train de boire des bières et de fumer. Je les laisse à leur tranquillité et me promets de revenir un matin de la semaine prochaine.

Au lieu de repartir par où je suis venue, je sors du canyon par l’ouest et me retrouve dans une lande à perte de vue. Quelques ranches. Comme par hasard je n’ai pas fait le plein. La piste absolument droite paraît sans fin. Une voiture arrive, grands signes, elle s’arrête et je demande à la conductrice:
– « Je suis bien sur la piste qui mène à la 64. »
– « Oui, ce n’est plus très loin. »
Pas vraiment rassurée car je pense en même temps, que veut dire pas très loin ici?
Bon, finalement ça oblique dans la bonne direction et je vois des voitures passer, là-bas.

Je repasse devant les maisons Earthship éclairées aujourd’hui par le soleil couchant. M’arrête. Regarde des détails. Admire dans la lumière du soir qui vient..

Repars. Juste après les réservoirs, c’est là que je tourne pour Taos, ces 2 drifters, vagabonds. Les deux mots disent la même errance, le même incertain. Incertaine dans l’ombre qui vient.
Me rappelle Louise Erdrich: « Au début quand on attend quelqu’un, chaque ombre est une arrivée. Puis les ombres deviennent la substance même de l’effroi. »

A demain.

 

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