92 – Accompagner George à Santa Fe, Tesuque Flea Market, un Bijoutier Russe, la Haute Route de Taos

Dimanche

Le nuage de cendres ne se décide pas à bouger. Inutile d’aller dormir à Albuquerque et être à l’heure pour un avion qui a 98% de chances de ne pas décoller. Mais j’avais dit à George que je le déposerai à Santa Fe. Nous partons à 10h et en route il convient avec ses amis de se retrouver sur une des bretelles. Nous voilà à les attendre. George qui voyage en train pour rejoindre la basse Californie a 2 sacs et un valise plutôt denses. Je me moque de lui car c’est à peine s’il peut hisser le premier sur son dos. Arrivée du copain. Nouveaux adieux avec promesse de se revoir pour quelques « road-trips », car il a rarement autant ri que lors de nos excursions me dit-il avec cette exquise politesse américaine.

Je repars vers le nord et m’arrête au marché aux puces de Tesuque où nous avions rencontré avec Cécile une photographe de chevaux et de bisons. Nous avions beaucoup parlé et finalement Cécile s’était choisi une photo. J’avais envie de la revoir, trouver aussi des perles pour Pascale qui avait aimé celles que nous avions rapportées. Justement je retrouve le même marchand.
Fais le tour des échoppes, mais il ne fait pas très chaud et plein d’étals sont fermés. Point de photographe, mais dans son allée, un peintre « art brut ».

Un peu plus loin, un marchand montre de magnifiques bracelets en argent et turquoise navajos, zunis etc… à des collectionneurs. Il parle avec un Navajo de l’origine de chaque turquoise et des mines d’où elles viennent.  Il a aussi des bijoux plus anciens. Plus je regarde et plus j’en vois de magnifiques. D’autres gens arrivent. J’écoute. Les contemporains, il les achète directement aux artistes, qu’il connaît tous.

Il y a les bracelets inspirés par l’art espagnol, très ouvragés, extraordinaires dès que je les voyais au poignet des acheteuses.
Il y a ceux des Zunis souvent figuratifs et ultra-fins, ceux de Santo Domingo très géométriques, abstraits, qui racontent pourtant chacun une histoire, et tout particulièrement ceux très délicats de deux frères et une sœur, ceux des Navajos qui savent s’approprier les techniques et les idées de tous.

Peu à peu les gens s’en vont et je commence à lui demander des explications.

Et puis il y en a un qui ressemble à celui (depression-jewel) de la petite boutique Two Graces à Ranchos de Taos. Je lui demande. « Non, pas celui-ci me dit-il, mais c’est exactement la même technique de l’inlay on devrait dire overlay d’ailleurs parce que les pierres ne sont pas incluses mais posées par-dessus. Les autres, oui, très intéressants très inventifs, mais ils valent maintenant des fortunes. »

Il me montre les différentes turquoises certaines comme des cartes de géographie avec la mer turquoise plus ou moins grande, d’autres très unies au contraire et puis du corail rouge ou rose, du jais noir, du jade de l’Utah aux multiples coloris du brun jaune au vert, du lapis lazuli, du gypse blanc, des coquillages nacrés.
Je lui demande d’où il est originaire, « de Russie, mon grand-père s’est installé sur la côte est. Nous vendions des vêtements et des bijoux. Et puis moi un jour je suis venu au Nouveau Mexique un peu par hasard, et j’ai aimé et suis sans cesse revenu, chaque fois que je pouvais, et achetais des bijoux aux Indiens. Je savais qu’une fois retraité je m’installerai ici et vendrai des bijoux. » Il a aussi une boucle de ceinture avec un cheval et des petits personnages tout fins sur de l’argent, une merveille il a très envie de la garder pour lui mais il pense qu’elle trop féminine. Il essaie devant la glace, et je lui dis que je la trouve superbe sur lui. Il ajoute : Mais je connais quelqu’un qui fait de très belles ceintures, alors… ».

Nous restons 2 heures à parler. J’achète des boucles d’oreille et un pendentif. On échange nos cartes: « N’allez pas sur mon site je ne m’en occupe pas. » Ajoute-t-il. « Au revoir ».

Je rentre par la haute route de Taos inreconnaissable, plus de neige, l’herbe a poussé, les arbres reverdissent. L’eau est partout, déborde quelquefois et envahit les champs les plus bas. L’église de Truchas toujours fermée et j’ai oublié le téléphone de Nora qui ouvre l’église. Personne dans les rues. Puis le col avec encore un peu de neige sale, la 518 et son Rio Grande de Ranchos et la vision surréaliste de ces 2 motards qui rapportent chez eux cet énorme dindon ou quoi?

Mon avion n’est toujours pas annulé. Liz et moi dînons ensemble. Elle me propose qu’on prenne le petit déjeuner ensemble demain à 6h30. Je lui dis que c’est trop gentil et trop tôt. « Je suis réveillée de toute façon. » « Alors d’accord, c’est vraiment drôlement sympa! »

Chacune chez soi, sweet dreams, sweet night.

 

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