83 – Taja et Treasures: Pablo Flores, Bobby Garcia, Hot Springs le Long du Rio Grande, la Longue plaine, Earthship

Vers 14h, je pars pour les sources chaudes du Rio Grande.

En passant je vois que la petite boutique ANTIQUES FURNITURE etc… est ouverte, plein de trucs sortis devant. Ça fait longtemps que je veux m’arrêter mais elle est souvent fermée.
La femme est dehors en train de réparer une chaise. J’entre et commence à regarder. Il y a des vêtements vintage, un grand vaisselier, des tableaux, des meubles, de la vaisselle, et plein d’art populaire. De plus près il y en a qui me plaisent beaucoup.
Elle a fini sa chaise, la conversation s’engage. Elle me montre les œuvres de Bobby Garcia, santero de Santa Fe qu’elle aime énormément, d’une femme qui peint des vierges et des anges gardiens, je crois Lydia Garcia.

Elle m’explique qu’elle a commencé un peu par hasard à vendre cet art populaire local.
– « C’est une tradition ici et c’est pour moi une belle façon de contribuer à ce que tous ces artistes, souvent méprisés, puissent continuer. »
Derrière un comptoir, au fond à droite, je vois des petits ex-votos qui ressemblent à ceux que j’ai vus à Ranchos de Taos, quand le chien m’avait fait si peur. Je raconte mon histoire à la femme.
– « Oh ben oui, c’est Pablo Flores dont vous parlez, il expose dans plusieurs galeries. Pablo Flores et Bobby Garcia sont des santeros, des artistes qui ont eu une révélation divine et consacrent alors leur art au religieux: autels, sculptures, tableaux, ex-votos… »

Et nous voilà parties pour un voyage de 3 heures où Taja me raconte les vies de ces artistes, l’histoire des tableaux, sa vie de New-York à Taos. Ensuite, elle me propose de téléphoner à Pablo Flores pour qu’il vienne. Elle lui redit le chien… elle rigole, lui aussi probablement. Non il ne peut pas, mais lundi d’accord.
Il y a aussi un autre peintre dont les scènes sont incroyablement vivantes et marrantes,  sur  bois. Il utilise les veines, les particularités ou les défauts du bois dans ses créations. Je choisis des petites scènes et un poisson en métal, souvenirs, cadeaux?
– « A lundi! J’achèterai un ex-voto à Pablo Florès et si je trouve la place un des bois peints. »

Reprends la voiture, retrouve la piste par laquelle nous étions passés avec Patrick, le long du Rio Hondo, jusqu’à l’endroit où il se jette dans le Rio Grande, traverse le pont et remonte sur la rive opposée.

A la première épingle à cheveu, je vois 2 voitures garées et le départ d’un sentier. Après 7, 800m, un chien vient vers moi, continue d’avancer, m’arrête quand il commence à aboyer (le réflexe maintenant bien conditionné). Je vois alors une tête d’homme puis le haut du corps:
– « Ne vous en faites pas, il n’est pas méchant. »
En arrivant plus près je vois une jeune femme, juste le haut du corps aussi. Et devine 2 autres personnes avec eux. En fait ils sont tranquillement installés dans le bassin d’eau chaude, en train de boire des bières et de fumer. Je les laisse à leur tranquillité et me promets de revenir un matin de la semaine prochaine.

Au lieu de repartir par où je suis venue, je sors du canyon par l’ouest et me retrouve dans une lande à perte de vue. Quelques ranches. Comme par hasard je n’ai pas fait le plein. La piste absolument droite paraît sans fin. Une voiture arrive, grands signes, elle s’arrête et je demande à la conductrice:
– « Je suis bien sur la piste qui mène à la 64. »
– « Oui, ce n’est plus très loin. »
Pas vraiment rassurée car je pense en même temps, que veut dire pas très loin ici?
Bon, finalement ça oblique dans la bonne direction et je vois des voitures passer, là-bas.

Je repasse devant les maisons Earthship éclairées aujourd’hui par le soleil couchant. M’arrête. Regarde des détails. Admire dans la lumière du soir qui vient..

Repars. Juste après les réservoirs, c’est là que je tourne pour Taos, ces 2 drifters, vagabonds. Les deux mots disent la même errance, le même incertain. Incertaine dans l’ombre qui vient.
Me rappelle Louise Erdrich: « Au début quand on attend quelqu’un, chaque ombre est une arrivée. Puis les ombres deviennent la substance même de l’effroi. »

A demain.

 

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84 – Ranger, Lenny Foster et Living Light Studio

lenny foster spiritdancer

Aujourd’hui reste fidèle à une certaine inertie du matin. Il faut dire qu’en général, je finis de mettre en ligne le blog vers minuit, et quelquefois plus tard. La mise en place des photos prenant toujours plus de temps que prévu, et l’écriture, ça dépend.
Le matin, j’écoute souvent les nouvelles, vaque à des occupations genre: ranger dans la maison mais aussi dans ma tête: les rencontres, les paysages, la langue, la vie, la nourriture. Tout s’ajoute. Surtout maintenant que le départ approche.

Lenny Foster The Tried and Trust

 

A 11h j’ai rendez-vous avec Lenny Foster, pour voir ses photos, lui montrer les miennes.Je le retrouve dans son atelier. En parlant, on se rend compte qu’on partage l’idée que la photographie, c’est cette possibilité de contemplation et de méditation reliées au réel. Nous utilisons les mêmes mots et à un moment il me dit « D’ailleurs je préfère rencontrer des peintres qui parleront d’autre chose que du dernier appareil photo ou logiciel ou papier… la technique est simple et ne m’intéresse pas. »

Lenny Foster Ceremony Song & Rancher's Prayer

En rentrant, je vais voir son site et remarque que comme moi qui photographie les rivières depuis plus de 15 ans, il photographie les mains depuis 14 ans…

Lenny Foster The Reading
Marie Baille Yosemite River

Nous aimons que le temps fasse partie de notre travail, le temps de chaque photo et le temps de photos prises pendant des années.

 

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85 – Dimanche au Bord de l’Eau, Encore les Blackrock Hot Springs, Empenadas, Dorothy Brett, Carolyn Gage, Patty Sheehan

Tôt le matin je pars pour les sources chaudes le long du Rio Grande.
A la sortie de Taos, breakfasters et vagabond qui compte ce qui lui reste.
La piste et ses cavaliers du dimanche, en bas, au pont, pêcheurs, kayakeurs, familles, commencent à arriver.

 Je ne reconnais plus l’endroit enneigé parfois, toujours solitaire où je suis venue plusieurs fois.

Au départ du chemin pour les sources, personne. Au bassin non plus. L’amie de Robbie, spécialiste des pétroglyphes m’avait dit qu’à proximité des bassins d’eau chaude il y avait en général des signes pour les indiquer, visibles quand on passait en bateau. Je suppose que ce sont ces deux ondes que je vois sur le rocher.
J’entre dans l’eau. Très chaude. Ah si j’avais connu l’existence de ces sources je serais venue avec la neige autour, cela aurait été formidable. Ce matin j’en profite, admire le paysage, nageotte en rond, essaie le bassin voisin où l’eau chaude se mélange à l’eau du Rio Grande, froid mais supportable. Ce qui me surprend encore plus que la température, c’est sa limpidité et sa couleur. Pendant que je suis dans l’eau des kayakeurs passent puis deux hommes dans un énorme bateau en caoutchouc s’approchent me font coucou et me demandent si c’est aussi délicieux que ça en a l’air. Me laissent à ma paix.

Quand je finis de me rhabiller arrivent 2 jeunes, en balade. En voyant l’eau si claire, ils pensent qu’ils ne vont pas résister et se baigner. On discute, lui se présente,
– « Leaf, oui comme la feuille d’un arbre ». Je rigole:
« Tes parents étaient des hippies, non? flowers peace and love! »
– « Oui, c’est exactement ça. Et d’ailleurs c’est toujours des hippies ».
La fille s’appelle Adrienne et dit:
– « Oh, c’est agréable, vous le prononcez à la française. Ici ils ne savent pas comment le dire. »
On bavarde un peu.

A 16h, on a rendez-vous pour finir les empenadas. Hier on a fait la farce. Maintenant George découpe la pâte et je remplis les cercles qu’ensuite je plie en 2 et ferme.

On en fait une cinquantaine pour le repas de ce soir. Il y aura tout le monde et Michael, sa femme Toni et les « members of the board ». En fait je ne sais pas trop comment on dit en Français.
Après le délicieux dîner, Carolyn et Patty Sheehan, la chanteuse de Don Juan (cf. 14 février, Saint Valentin), lisent la pièce sur Dorothy Brett et DH Lawrence que Carolyn a écrite depuis qu’elle est ici.
Encore une fois j’admire la vie et l’écriture de la pièce. On en parle, soirée chaleureuse, et voilà.

 

 

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86 – Satanés bagages, Taja, Pablo Flores, Rainbow, Maison Rouge, Ciel de Théâtre

Cette nuit ai très mal dormir à cause des bagages à composer ou de la fin de cette résidence qui approche?

Après déjeuner, je repars pour le rendez-vous avec Taja et Pablo Florès.
Plein de monde dans la boutique.
De Pablo, point. Taja l’appelle. Ben non il ne peut pas venir.
Tant pis, pas grave, curieusement je m’y attendais.

On repart dans la découverte réciproque de nos vies, je lui montre des photos. Elle adore les polaroids.
A 18h00, on est encore entrain de bavarder. On échange nos adresses. On se quitte.

Je vais rendre la petite valise que j’ai achetée, en choisis une bien grande. Ce soir je la testerai. Conchita, je suis sûre que tu rigoles et penses à Venise. Pourtant j’ai été très raisonnable mais avec le froid j’ai acheté des snow boots énormes, une veste polaire épaisse, des livres…

Pour l’instant en rentrant, rue Kit Carson,  j’aperçois un immense arc-en-ciel, fonce vers la 64. Photo. Comme si le 101 avait été choisi pour communication entre l’en-haut par l’arc et l’en-bas par la flèche.

Derrière les montagnes embrouillardées, des éclairs, un assombrissement orageux, alors que le soleil brille à Taos. Je repars vers l’ouest pour le soleil, le nord pour avoir une vue plus libre. Les nuages, plutôt des nuées  filtrent la lumière orangée du soleil, l’étalent, la répandent, non, la vaporisent à l’horizon.

Plus de soleil, plus d’arc en ciel. La lumière blanchit, bleuit, d’immenses nuages viennent dans le pare-brise.

Fin de la pièce. Juste les vaches bleuies de crépuscule. Paître toujours. Les lumières s’éteignent.

Bagages. Jeter l’inutile, c’est déjà mieux. Rassembler ce que je ne mettrai plus. La grosse valise se remplit. Et il ne reste que peu de choses finalement.
Ça va aller. Demain, je pars très tôt pour Cimarron.
Pour finir la soirée en plaisir, retour au blog. Le lien avec les proches.
A bientôt.

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87 – Clear Creek, Cimarron, sur la Piste de Santa Fe, Wild West, Saint James Hotel

Départ à 8h00 pour Cimarron, ville de l’ouest sauvage, avec George.

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On passe évidemment par le World Cup pour emporter le meilleur café de Taos.

 

Puis l’éternelle 64 qui monte vers Angel Fire et Eagle Nest  (Ah! Les noms)  et son lac, encore gelé.

C’est le printemps dans les hautes plaines entre 2 cols, l’eau ruisselle partout, emplit les terres les plus basses. Une sorte de douce inondation qui vient quelquefois jusqu’au bord des routes et qui ne préoccupe personne.
De l’autre côté de la montagne, pour descendre vers Cimarron on roule dans un canyon qui suit les caprices du Clear Creek.
Tout d’un coup magnifique échappée sur la rivière qui, gonflée par la fonte des neige et les orages d’hier soir, s’étale là où le canyon s’élargit.
Plein d’oiseaux, des plaques de neige, des arbres, des rochers. Je prend le sténopé et marche au bord de la rivière, vers la forêt. Georges reste dans la voiture:
– « Prends ton temps, Marie. »

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On arrive à Cimarron, la ville au milieu de nulle part, ranches, chevaux, rues à angle droit, platitude, sur la mesa qui est une des limites de la ville, l’immense réservoir.

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Dans le café galerie où on entre, on s’assoit sur les tabourets à l’assise en forme et aux couleurs de capsule de coca cola, derrière le bar, la bouteille de lait au nom du plus vieux ranch du Nouveau Mexique à être tenu par la même famille, la serveuse comme on l’attend et sa cliente qui lui montre les 2 derniers colliers qu’elle a faits pour la vente de charité qui a lieu dimanche prochain, les bijoux indiens, la collection sur 12 m de long au moins et 1m de haut de « patches » et la serveuse nous dit:
– « Ils viennent de toute l’Amérique et de Russie, Pologne, Argentine »
– « De France? »
– « Non! »
Pendant qu’on sirote notre café, elle nous raconte l’histoire de la ville, les tueries, Maxwell, la County Colfax war, les balles dans le plafond de l’hôtel Saint James,
– « Il faut absolument que vous alliez le visiter ».
Entre un Américain. Il dit toute sa nostalgie d’avoir quitté Cimarron, sa ville, son enfance:
– « Comme c’était bien!, je veux revenir, vous ne connaîtriez pas quelque chose à vendre… »

La plaza, très grande et presque vide où les émigrants vers l’ouest, campaient. On passe dans les rues, ahuris devant les maisons dont certaines datent probablement de l’origine de la ville, plein de muraux, des vieilles voitures partout, des daims sous les arbres devant les maisons, des chevaux, des chiens et autour l’espace sauvage.

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On essaie un autre magasin complètement western, même accueil avec envie de raconter sa ville. La femme nous montre des chapeaux de cow-boy de toutes sortes, des chemises… des jeans, des santiags et autres bottes, au fond, l’atelier de son mari qui est sellier.
Elle nous indique un tout petit « deli », the Porch où tout est bon. Oui délicieux et frais, dehors les légumes et fromages et fruits qu’elle vend.

Visite obligée donc de l’hôtel Saint James où le patron prend un grand plaisir à nous montrer le plafond percé par les fusillades et les chambres où Lew Wallace a écrit une partie de Ben Hur. Où ont couché Annie Oakley, Buffalo Bill, Jesse James, Remington, White Earp.

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Le plafond troué – Annie Oakley – Wild Bill Hickock – Pat Garrett

Dans le hall des têtes de wapiti, bison et un lion des montagnes ou puma, plus grand que je ne l’imaginais. Il paraît qu’il en reste dans la forêt autour.

Retour à Taos. Tranquille soirée avec Robbie et Jim au Lambert’s restaurant qui est le meilleur de la ville, à leur avis. Et oui on s’est régalé. En plus plein de photos et de tableaux sur les murs.
Les adieux commencent!

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88 – Tune Drive, la Directe, Manby Hot Springs, Adieux à la Lande et à la Morada, la Fenêtre

 

SOFT SHOULDER, j’aime toujours  cette expression qui continue de me surprendre, chaque fois que je la croise. « Epaule tendre ». Non,  « accotement non stabilisé ». Ne pas s’y abandonner.

Fin d’après-midi, je prends la Tune drive, comme m’ont expliqué Adrienne et Leaf pour trouver les Manby hot springs, un peu plus bas sur le Rio Grande dont ils m’ont parlé dimanche.

Après la très longue piste, j’arrive au chemin qui descend vers la rivière. Je me perds et prends « la » voie  « Directe » qui dégringole à pic dans une sorte de chaos de roches avec stations ombragées et sablonneuses.
Arrivée presque en bas, je ne vois toujours pas les Manby hot Springs. et abandonne d’y aller. Trop tard.
Remonte en prenant mon temps, c’est plutôt de l’escalade très facile que de la marche, mais j’aime bien ça.
Et trouve, en passant un peu plus à droite le chemin qui continue en pente très douce. Les sources sont probablement plus en aval. J’irai, si j’ai le temps, un matin avant de partir.
En rentrant je passe devant cette maison eartship, puis les double wide.

Comme toujours la lumière passe assez vite du bleu au rose tendre presque déchirant sur le cimetière.
La lande, la morada. Heather qui part demain, en revient. On parle 5 minutes. On s’embrasse, on se quitte.
Je marche dans l’odeur de la sauge, des pins pinions et des genévriers devenue familière, comme le sont la ligne des crêtes au fond, la croix noire de Georgia O’Keeffe, et la blanche sur la Morada, la rectitude du sentier, les replis du terrain, le rouge craquelé de la terre.
Juste le vent inconnu encore de ce soir de printemps pour adoucir le nevermore.
Toutes les dernières fois se succèdent. Ça fait drôle.

Cette maison est sur le chemin qui longe le cimetière.  La nuit tombée, en repartant, je voyais sa lumière dans la nuit. Une femme lisait ou marchait, effaçant le feu dans la cheminée dans ses allers et retours. Ce soir, il y a aussi un homme.
Chaque fois je me demandais quelle était la vie de cette femme. Avait-elle choisi d’habiter si près du cimetière ou était-ce une maison de famille? Vivait-elle seule? Cet hiver, la fumée ajoutait à mon impression d’une chaude chaleureuse maison.
Malgré mon envie, jamais frappé à la porte.
En rentrant, je dîne seule. Porc au gingembre, à l’ail, au soja et riz blanc.

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89 – Dragonfly, Millicent Rogers Museum, Two Graces, Depression Jewels, Dernier Apéritif

Rencontre bilan avec Michael, autour d’un thé, dans la belle maison d’Hélène Wurlitzer, toujours intéressant.

George m’invite au Dragonfly pour un rapide repas. Petit restaurant, peu de choix mais tout est bon et particulièrement, leurs délicieux gâteaux.
Suis tout près du Millicent Roger Museum. Je reste plus d’une heure dans ce petit musée bourré de choses formidables, couvertures hispaniques et navajos, bijoux, poteries, vanneries, meubles, peintures, art religieux.
Toujours émouvant de découvrir, dans ces maisons-musées, une personne à travers les choix qu’elle a faits.
Avec ici tous les bijoux qu’elle a créés et fabriqués, ses outils, et les vêtements qu’elle portait et qui ont été à l’origine de cette mode d’un ouest urbain et chic à Santa Fe et Taos.

Fonce voir l’antiquaire de Ranchos de Taos. J’avais visité son magasin, Two Graces, tout au début. Revois les magnifiques mocassins, les cadres boites en métal, les livres, les petits objets et les bijoux.
Tombe sur un collier très particulier que je n’avais pas remarqué l’autre fois et quand je veux le voir, l’antiquaire me demande si j’en ai déjà vu des comme ça.
– « Non ». Il m’explique alors:
– « Les colliers comme celui-ci sont porteurs d’une part d’histoire du Nouveau Mexique. Ils sont faits avec les « restes » d’un accident de train. Les Indiens du village de Santo Domingo ont récupéré le formica rouge des tables des wagons, les batteries, les disques vinyl, les bouts de plastique… et les ont utilisés pour compléter les pierres semi-précieuses qui leur manquaient à ce moment de la « Dépression ». On les appelle battery-backed jewels ou dépression-jewelry. Les collectionneurs d’aujourd’hui sont prêts à les acheter des fortunes. Surtout ceux faits avec les disques ».

 16h30,
– « Je dois partir, on a invité des gens. Je reviendrai samedi. »
– « Oui, mais pas avant 3h, je vais à l’enterrement d’une chère amie, potière, regardez les poteries là, c’est elle. »

George et moi qui partons dimanche avons invité les autres à un apéro, vin, olive niçoises, fromages, fruits…
On parle de tout et de rien puis de ce qu’on pense de notre séjour ici, certains le trouvent inutilement long, d’autres trop courts, mais on est tous d’accord pour dire que ce sont des conditions exceptionnelles pour créer.

Seuls et  libres de nos journées.
La nuit arrive, on se dit au revoir.

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90 – Sand Dunes, Zappata Falls, les Chevaux, Rio Grande dans la Plaine, Mesas, Orages

6h20,
Départ pour les Great Sand Dunes au nord de Taos, dans le sud du Colorado. Avec Cécile en 2006, on les avait aperçus au loin, sans s’arrêter. Jean-Marie Douau m’a parlé des 2 rivières qui les bordent: au sud le Medano Creek et le Sand Creek au nord. George propose de venir.

Vides la Highway 64 jusqu’à Tres Piedras, et la 285 jusqu’à Alamosa, on roule vite, juste un arrêt pour l’essence et un café.

Rosies par le jaune si pâle de l’herbe, les dunes bientôt, étales aux pieds des Sangre de Cristo Mountains.

Echappés en douceur des montagnes, les nuages avancent. Gigantesque ouate en mouvement.
Au Visitors Center un film explique le cycle infini des dunes, étranges d’être ici, de l’eau, du vent, du sable. Quand on sort, vent glacial. On marche un peu vers l’eau que j’avais vue de la fenêtre du Visitors Center, mais elle s’amoindrit au fur et à mesure qu’on avance. De près c’est un mince filet qu’absorbe aussitôt le sable. Trop tôt, la fonte des neiges commence juste.

On décide de se rattraper avec les Zappata Falls. Le nom déjà est enthousiasmant! Route, piste et sentier. Ça monte pas mal. Elle est où la rivière? Là, une coulée de glace sort de la montagne.

Je monte sur la glace et avance. La voilà, absolument silencieuse, l’énorme chute glacée. Soudain juste après un détour, le fracas de l’eau. J’essaie d’avancer mais le sol très en pente et une légère pellicule de glace fondue rendent tout horriblement glissant. Je ne la verrai pas cette eau que j’entends si fort!

George fait le tour par dehors pour essayer de la voir d’en haut. C’est un sentier qui monte vers un lac avec des vues sur les magnifiques sommets autour et la plaine à l’infini: au premier plan en bas les dunes de sable, et sur les flancs de la montagne en face de hautes prairies claires, presque jaunes dans le vert sombre des sapins et le gris des autres arbres.

Le chemin ne s’approche à aucun moment du haut des chutes. On redescend. Pique nique rapide.

Le donut, inévitable achat dans cette boutique de station service, bazar, super marché de l’essentiel. A la caisse, devant nous, un grand type magnifique genre pionnier de cinéma, en long short sur lequel George fait une remarque et il lui répond qu’hier il faisait très chaud et qu’il s’est aperçu en sortant ce matin qu’il faisait bien froid et que oui il devrait savoir depuis tout le temps qu’il habite ici, non ça n’allait pas forcément se réchauffer, en plus le vent s’est levé froid et violent, et il était déjà parti, heureusement, il avait sa canadienne bien chaude dans la voiture et tout ça avec des yeux complètement limpides, en rigolant et une tête à peindre et l’allure aguerrie de quelqu’un qui vit toujours dehors. Je lui ai bien dit que cela me plairait de le photographier avec sa veste et son short mais il n’a pas eu l’air du tout d’avoir envie.

Dans un des petits villages où on passe il y a un mini office de tourisme, on a lu quelque part, que sur la petite route qu’on allait prendre, y’avait plein de trucs à voir. J’entre dans le bureau assez sombre et j’entends le bonjour venu de derrière la porte qui, tant qu’elle n’est pas fermée, cache une vieille petite dame à son bureau en train de tranquillement tricoter. Je lui demande: « Alors la 142, là qu’est-ce qu’il y a à voir? » Grand silence étonné. « Vous allez où? » Je répète ce qu’on a vaguement lu et elle: « Ah non, je ne connais mais pas du tout. Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a à voir sur cette route. Vous feriez mieux pour aller à Taos de prendre par Questa. » En regardant les dépliants au fond, j’en trouve un qui parle justement des églises, des pétroglyphes… le long de la route qu’on va prendre. Elle regarde et me dit: « Ecoutez, moi je ne vois rien de rien sur cette route mais allez-y vous me raconterez. »

On prend la petite route qui passe dans la haute plaine, les mesas et sur le Rio Grande. Magnifique. Je descends jusqu’à la rivière pour prendre des photos et là 4 chevaux arrivent au galop, ralentissent, s’arrêtent juste en face, sur l’autre rive, me regardent, boivent, marchent dans l’eau. Des oies sauvages approchent. Merveilleusement tranquille. Ils repartent en galopant vers la mesa à droite, avec une maison au toit rouge, en haut. On n’a rien vu d’autre. Elle avait raison la dame.

Le reste du retour se fera dans une lumière d’orage tout autour. Nous serons épargnés par la pluie jusqu’à la fidèle 64.

En rentrant je trouverai un triste message du type aux lamas. Il est mort mais tous les autres vont très bien. (cf. 8 avril 2010, Little and Big Arsenic Springs). La pluie en souvenir.

 

 

 

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91 – Marjorie’s, le Printemps, Traîner en Ville, l’Atelier de Pamela

Un samedi où on se demande combien de temps le nuage de poussières volcaniques va durer, où je remplis les valises de tout ce dont je ne me sers plus, où je me promène dans Taos.
Pas envie de photographier.

Rattraper le retard du blog?

Aller chez le coiffeur, une manière d’emporter un peu de Taos dans les cheveux. C’est une autre coiffeuse, blonde et mince cette fois. Caroline l’Espagnole enceinte de la dernière fois a eu un nouveau fils il y a 3 jours.

Imprimer la photo à donner aux gens de la maison sous la flèche et l’arc en ciel.

Une liste qui pourrait être si longue des choses à faire que je n’ai pas faites ou laisser couler le temps comme si de rien n’était. J’avais opté pour la deuxième solution il y a quelques jours pensant que laisser aller serait une nouveauté très agréable au lieu de ce sentiment permanent d’urgence que j’ai tout en n’urgeant pas forcément, et qui amène à finir la journée en culpabilité plutôt qu’en beauté.

Flâner au printemps dans les rues, les gens en t-shirts chemises, shorts, voir qu’en 3, 4 jours les arbres virent au vert, les couleurs remplacent les monochromes de l’hiver, les journées ont si vite allongé.

Visiter l’atelier de Pamela, se promettre de rester en contact, ne plus se voir à Taos.

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