Prologue Chacun parait-il a son lieu, son endroit. Comme on a sa place chez les Indiens. Une place qui nous appartient, nous définit peut-être. Une place évidente, que l'on a fait sienne très vite. Sa place dans sa maison, son tipi, son espace, son océan. Dans ma maison, ma place est en face de la fenêtre. Et dans le monde, ma place est Pierrefeu. Eloïse
Textes d'Eloise et Félicie Baille Extraits
« Juste, parfois, avant de fermer les yeux sur le sommeil, je me dis que ma vie de famille est terminée, que je ne réveillerai plus Félicie dans la voiture au retour de Pierrefeu, pour regarder le Negresco brillant. (…) Le reste dépend de moi, et je compte bien continuer à être heureuse. » Lettre d’Eloïse, 25 septembre 1994
La montagne filtre Elle est salée A son corps défendant Elle est le cœur La brume est une bouée d’éternité Dans le lit de l’air F
... nous sommes des chevaliers aux bras innombrables qui voudraient peut-être s'agiter encore, qui voudraient peut-être s'allonger jusqu'au dragon, jusqu'à la femme, jusqu'aux seins de la femme allongée les forets sont d'aiguilles et de paille E
Chacun parait-il a son lieu, son endroit. Comme on a sa place chez les Indiens. Une place qui nous appartient, nous définit peut-être. Une place évidente, que l'on a fait sienne très vite. Sa place dans sa maison, son tipi, son espace, son océan. Dans ma maison, ma place est en face de la fenêtre. Et dans le monde, ma place est Pierrefeu.
Me vois-tu ? derrière les pins. Devenue femme bien avant toi. Bien avant toi allongée. La femme allongée. Si tu pars, je reste, si tu restes, je reste, quoi que tu fasses, je reste. Je respire. J’amadoue les nuages. Derrière les pins. Ils sont les tempêtes les épines tombent à terre Tu es derrière Tu es le vertige de ton profil tout est limpide F
Souvenir d'enfance en contrebas du parking, un filet d'eau ruisselle je m'assois tranquillement près de l'eau, les fleurs de cerisier recouvrent l'eau et volètent doucement, c'est certainement le soir et je contemple avec ravissement les collines de l'autre côté de la vallée je ne sais pas d'où vient cette eau ni d'où viennent ces fleurs ; je regarde les montagnes je suis heureuse Pierrefeu a 28 ans. Pierrefeu est ma mémoire. E
Je suis l’herbe fauchée, le cimetière, la paillasse, le sol sur lequel tu t‘allonges. Je suis l’épaule, je protège, je suis la peur, j’ai peur, si tout s’arrête, quand tout s’arrête, que se passe-t-il ? Je suis moitié vierge, moitié cheval, je sens l’arbouse, je suis l’orangeraie, le citronnier. Je suis le temps qui s’arrête et s’immobilise. Je suis immobile. Près de moi les flaques de boue, les mystères, les diadèmes. (...) Je guette chacun des gestes, chacun des mouvements. J’observe sans qu’on me voie. Je suis tapie dans l’ombre. Tous les massacres m’écoeurent. Je ferai chanter celui qui a commencé, quand je le retrouverais. Je le retrouverai. Je te retrouverai. J’érigerai le cœur de la biche en totem. Et tu danseras autour. Jusqu’à la mort, et bien plus. Jusqu’à l’épuisement. Jusqu’à ce que tu tombes par terre, que tu mordes la poussière, (...) jusqu’à ce que ton sang coule, jusqu’à ce que ton sang ruisselle et retourne vers ceux que tu as opprimés. Je retrouverai la trace des dinosaures, des mammouths, des glaces éternelles. L’automne arrivera, le vent dans les rosiers soufflera, je retrouverai le laurier, la sauge, je soufflerai sur les dieux, ils partiront, ils iront danser dans les mers, ils feront taire tout tremblement, ils amèneront l’air liquide, et sensuel. Je ne suis pas vivante, je suis minérale, je suis les volcans éteints, je suis déjà morte depuis mille ans, je suis une sœur, un frère, un père. Je suis de tout les pays, je ne suis pas de ce monde, ni locale, entends-tu ma voix ? Je regarde aux fenêtres, je regarde aux serrures, je regarde dans les vitres, je vois les songes, je vois les alliances, je vois le noir et le rouge. Je suis comme un lierre, comme une marée, je me retire en attendant les vagues, j’attends. F
Elle sort de la maison. Le feu, encore dans la cheminée. Il n’y a pas de bruit Il fait froid, elle met son pull. Sur le chemin, elle rencontre le calme. La douceur de ses pas sur la neige convoque les arbres noirs sans feuilles, ...
traces d'herbe dans la boue d'argile la poussière sur la peau ombres laiteuses des araignées d'eau pale éclat, tranquille fraîcheur de ce trou d'eau trop vite à l'ombre alors d'un vert profond mais plus haut l'eau ruisselle, transparente, juste à la cheville je respire et je sue...
... je m'allonge sur les grandes pierres et le soleil m'enivre et m'endort le soleil sur la peau le bruit de l'eau...
... je pense alors : la sensation est le détail, cette attention particulière qui repousse la limite entre moi et le monde je suis raccord avec le monde. E
Pierrefeu je t’ai dans les yeux...
Le soleil se couche derrière la montagne, derrière le visage, ...
... derrière le nuage. Nous sommes bien trop sages. Ou bien trop sauvages. Passe le nuage. Mmh…Je t’ai dans les yeux. F