23- Le Rio Grande vu de près, les Saules Rouges, le Goût de Taos,

Aujourd’hui, je pars avec Carolyn, vers les gorges du Rio Grande que nous traversons par le fameux très haut pont qui tremble fort quand un camion passe.

Sur la carte, j’ai vu une route de l’autre côté de la rivière, d’abord toute droite et sans aucune vue sur l’eau, juste les bords de la profonde entaille qui inscrivent une longue ligne sombre à la surface si plate de la mesa.
Soudain ça descend sec, la terre remplace l’asphalte. En quelques tournants nous nous retrouvons au fond des gorges.

D’en bas on est surpris par l’ampleur de la vue.  L’étroitesse qu’on perçoit d’en haut a disparu. Nous continuons. Assez loin un pont avec le soleil à ras des hautes falaises, nous nous arrêtons, je me promène un peu, on reprend la voiture. Nouvel arrêt, pour moi un début de repérage, enfin. C’est splendide et tranquille. Plein d’oiseaux.

Le soleil a disparu derrière, nous remontons par la grande route qui rejoint Taos par le sud, soleil à nouveau.

Il y a ici d’énormes écarts de ressource, beaucoup d’alcooliques, on voit des bouteilles vides dans plein d’endroits, dans la ville comme en dehors, le long des routes ou du Rio Grande.
Il y a la diversité des peuples qui se sont mélangés malgré les massacres, il y a un peu comme à Pierrefeu, un goût très fort pour le pays qu’ils ont choisi d’habiter et le sentiment d’appartenance à ce pays. 

Les signes tribaux dont tu me parles Jacqueline, ça va être autre chose. Du temps beaucoup de temps pour faire connaissance, rencontrer. Je ne sais pas provoquer, juste attendre le hasard, regarder.
Hier, il y a eu le signe tribal négatif. Taos faisant partie du territoire indien, ce qu’ils considèrent comme terre sacrée, est fermé. C’est comme ça que je me suis retrouvée au bout de la rue Las Cruces (qui commence presque sur la Plaza, l’ancien comptoir de Taos) face à  « no trespassing », et ses habituels barbelés.

Dans les années cinquante les Indiens faisaient partie de la ville. Ils n’y viennent plus beaucoup, y sont de passage, on dirait, même si en fait très peu d’entre eux habitent dans l’ancien village, Taos Pueblo. Ils y vivent la journée, accueillent et guident les visiteurs, y sont artisans, commerçants, professeurs etc… C’est évidemment le lieu des fêtes et des rassemblements. Par contre les banlieues où j’ai roulé certaines fins d’après midi sont les endroits où ils habitent.

Très rude beauté: maisons posées sur le sol, on dirait provisoires ou en attente d’un ailleurs plus définitif, moyens limités, quelquefois des chevaux dans les immenses champs, des vaches, des tas de bois qui ont l’air home made, et en même temps à leur fenêtre les plus belles vues, à l’infini, au loin pures lignes montagneuses sous des ciels immenses. Quand je sors de la voiture pour regarder ou photographier, que le soir avance, la brume bleutée et odorante des fumées efface presque les carcasses des voitures aplaties dans la neige, les ferrailles et autres récupérations. Odeur de pin, du genévrier ou du cèdre que j’emporte jusqu’à « ma maison » comme disent les enfants, oui, ça me rappelle toutes mes fumées de pin ou de chêne de nos feux d’enfance!

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