71 – Ojo Caliente, Achats Américains, Sentiment d’Urgence

Amérique, terre de contrastes, du hurlement silencieux contre Rumsfeld au bord de la 64 à la paix whisperisante des eaux d’Ojo Caliente !

9h30. Départ pour aller me baigner dans les eaux chaudes naturelles.
Cela me direz-vous, vous qui me connaissez, ne me ressemble pas du tout. Pour sûr ! C’est le genre d’endroit que j’évite, je n’aime pas ces bains où on ne bouge ni ne nage et où on est « serré » comme des sardines. MAIS nous sommes aux USA, ce sont des eaux indiennes, Robbie m’a invitée et on adore parler de photo et de tout le reste, alors…

Me voilà en maillot de bain turquoise clair à bavarder en chuchotant, (il y a écrit partout « no louder than whisper » ou quelque chose comme ça), tout en profitant des bienfaits de ces bassins successifs. Ma peau sera douce et hydratée, mon visage jusqu’à la ligne d’eau bruni par le soleil traitreusement voilé.

 

Après le déjeuner, Robbie m’entraîne dans un magasin juste à côté qu’elle aime bien.
Et moi aussi. Plein de trucs en tous genres, avec en particulier une gamme impressionnante de vêtements qu’on pourrait qualifier de « hippie renewal », aux imprimés extravagants.

Quand j’essaie une tunique, juste par curiosité – elle s’avère tout à fait mettable. Vous devinez, non vous savez. Je repars avec 2 ou 3 tuniques et une veste en laine bouillie bleu ciel avec des lignes noirs et des étoiles d’un gris argenté.

Souvenir de l’Amérique, le départ approche, je le sens à l’urgence photographique qui m’assaille, et à laquelle je résiste en continuant tranquillement comme si le temps à venir était infini. Comme pour la vie, comme si…

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70- Questions de Peintres, de Photographes? Earthships, Ciels

Dans les expositions, je lis les explications sur les murs. J’en admire toujours les lettres soigneusement écrites, j’adore. J’imagine la repeinture entre 2 expositions, la réécriture pour parler d’un univers à chaque fois singulier. Ou retrouve-t-on toujours quelques mots communs à tous? Le jeu serait alors de ne pas effacer les mots récurrents, et de parler d’artistes et d’œuvres différentes en gardant les pivots et en remplissant les vides avec les mots particuliers à chacun. Je sens une œuvre oulipo-esque possible, là.

Cézanne continuait à peindre le même motif du matin au soir sans se préoccuper de la lumière particulière à chaque moment. Il pensait que le tableau devait représenter l’essence de ce qu’il avait vu, dans une sorte d’éternité absolument indifférente à la lumière finalement.

Ce qui m’a plutôt à priori étonnée, sachant le nombre de Sainte Victoire, Baigneurs, etc… dans son œuvre. Et puis j’ai pensé que la répétition du même et de légères variations du point de vue devait mener à cette essence platonique de ce qu’il avait vu. Mais les a-t-il toutes gardées, enfin, celles qu’on voit. Combien en a-t-il jetées de Sainte Victoire et autres, quand désespéré de ne rien vendre, il jetait ses toiles par la fenêtre?

Monet lui, peignait pour justement capturer la lumière particulière à chaque heure du jour, chaque moment climatique. C’est la variabilité du même à des moments différents qui l’intéressait.

Ah! Le geste du peintre – c’est cette question qui m’intéresse n’en faire qu’une ou faire une série. Jusqu’à maintenant le mieux pour moi a été de travailler en série. J’aime justement la série et ses variations climatiques d’humeur, de pensée, de regard. Revenir au même endroit et voir ce que la durée ajoute ou soustrait. N’en ferais-je qu’une, un jour, LE jour?

En attendant me voilà donc sur ces routes que j’ai bien des fois empruntées, (merveille des termes) pour quelques clichés avec père et fils, rivière, chiens…

Quelques miles plus loin sur la route 64 ouest, je découvre  un ensemble de vaisseaux-maisons, les earthships, sortis d’un récit de science fiction.

Fin de la journée. Routes qui se perdent dans des ciels occupés aux métamorphoses qu’ils aiment tant rejouer pour nous tous de la terre.

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69 – Recette Feuilletonneuse, le Réel, l’Instantané, le Temps, l’Homme avec le Chien

J’avais eu l’idée de répartir les différentes journées virtuelles d’hier sur les jours suivants. Je me disais, recette feuilletonneuse, découpons. Et puis mon incurable honnête sérieux reprend le dessus, l’idée que la réalité n’a pas à être autre chose que ce qu’elle est.

Cela me fait penser à la réponse d’un père à son fils dans Phoenix, Arizona de l’écrivain spokane Sherwood Alexie
– « Qu’est-ce que la réalité? »
– « Je ne m’intéresse pas à la réalité. Je m’intéresse à la manière dont les choses devraient être. »

Ce qu’a de particulier le blog, c’est d’être simultanément dans l’instant de soi et dans la rencontre instantanée avec celui ou celle qui lit – pourtant c’est de l’écrit.

Quelquefois des dérives inattendues, des rêveries surgissent. Certaines prennent une vie autonome, alors je les transcris au plus vite.
Tout cela me plaît beaucoup. 

C’est peut-être ce glissement d’une création avec codes, apprentissage savoir-faire vers un un art de l’instantané, où le surgissement, l’improvisation, le hasard, la fraîcheur prennent une part importante, qui transforme l’art.
Mais toujours le même désir d’intemporel!

Me voilà à regarder par la fenêtre.

Je vois l’homme en train de promener son chien; (oui « le » représente tous les promeneurs de chien qui passent.)
Celui d’aujourd’hui, le voilà déjà presque disparu. Photo prise trop tard. Comme disait Cartier-Bresson faut être vif.

D’autres appartenant à une tradition chambre photographique et trépied pensent que si la photo est « passée » pendant qu’on installe tout, peaufine le cadre et mesure la lumière, c’est qu’elle ne valait pas la peine d’être prise.
Le mieux ce serait peut-être la fenêtre vide.

Moi, j’essaie de ne pas penser.
La pensée  m’a souvent empêchée de faire.
Harmonie légèrement défectueuse entre la tête et le geste?

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68-3 – Retour avec la Lune, Paix absolue, les phares au loin, « Follow me »

A nouveau, pure beauté dans le reste du jour puis de nuit avec la pleine lune.
Mais le soleil n’en finit pas d’enluminer l’horizon. Et à chaque courbe de la piste, la lune de plus en plus brillante refroidit l’autre lumière.

Envie d’écouter Tonada de Luna Llena par Caetano Veloso et ici a-capella..

Une sorte de paix absolue m’oblige à m’arrêter sans cesse. Les voitures qui me précédaient sont loin maintenant. Je sors, respire l’air à chaque fois un peu plus frais, quelques pas, oubli de tout le reste, accord parfait avec ces moments faits d’un présent qui semble éternel, alors qu’ils sont la fugacité même. Maintenant le silence.

A l’embranchement avec la route bitumée (enfin!), d’après la carte je suis sur la 550 et il faut tourner à droite. Un grand doute à cause d’un panneau qui indique Pueblo Pintado. Or ça semble à l’opposé. Je recule sur le côté, j’attends un peu, réfléchis et chance, y’a des phares au loin.
La voiture approche très lentement. Je fais des appels de phare. La voiture s’arrête.

– « Je ne suis pas très sûre, c’est bien la 550 et c’est bien à droite pour aller vers Cuba et ensuite Taos? »
Il est Indien et me demande:
– « Vous venez d’où? »
– « De France ». Il rit,
– « Bonjour, bienvenue aux USA »
Je rigole. On parle un peu puis je lui redemande si c’est bien à droite pour Taos.
– « Non, la 550, c’est à gauche. Au revoir! »
– « Merci beaucoup, très chanceuse de vous avoir croisé. Vraiment gentil d’avoir pris le temps de vous arrêter, au revoir, bonne nuit! »

Il ajoute quelque chose que je ne comprends pas, hausse les épaules, fait un geste de la main et démarre. Je le suis. 50m avant la 550, il fait demi tour.
M’aurait-il dit « Follow me. »?

Grande route, voitures, camions, on fonce tous. Mais c’est long, seule dans la nuit.
A Cuba, tourner à gauche.

A nouveau personne, les mesas, les montagnes, de grandes taches claires, la neige qui n’a pas fondu, 4, 5 voitures, et juste avant Albiquiu, un troupeau de vaches. Tellement improbable que je ne m’arrête qu’à la dernière, pour une photo floue!

Je retrouve enfin une route que je connais, puis la 68 qui traverse Taos.

J’arrive avec l’impression d’avoir vécu plusieurs journées, une avec Jean-Pierre, puis Acoma superbement isolé, les highways et leurs immenses camions qui roulent à toute allure, Chaco Canyon, les pistes et les petites routes serpentantes et solitaires où on a tellement l’impression d’un monde laissé à l’écart.

Ce soir encore, le vent fort dans les arbres autour, pour aller me coucher.
Vous vous levez.
Je retournerai à Chaco Canyon.

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68 -2 – la Piste, Contemplation, Fajada Butte , Chaco Canyon

Très vite la route est absolument incroyable. Quelques très rares ranches une voie de chemin de fer qui longe puis traverse la route, des vaches au loin, des successions de mesas et de canyons, quelques arbres, 3 voitures croisées. L’espace ocre, pâle, ou couleur sauge, quelquefois presque rouge et dans la voiture la musique.
Lumière très forte. Contemplation. Cette femme qui visite les moutons, cet homme à moto, et moi. La piste maintenant, pas si mauvaise. Oui c’est rocailleux ou argileux, et à chaque brusque petit sommet je vois bien que quand c’est mouillé ça doit être impossible. Mais aujourd’hui, juste faire attention.

Prudemment j’arrive en vue de Fajada Butte. A l’entrée il y a un pont sur la rivière à sec. Je m’arrête, belle vue sur l’ensemble du site. En revenant à la voiture je regarde vers la rivière: 5 daims ou wapitis, tranquilles en train de me regarder. Photo malgré l’ombre, ils s’éloignent sans se presser et passent dans le soleil.

Il est un peu plus de 18h, juste le temps de visiter la partie basse du site: Pueblo Bonito, Pueblo del Arroyo. Splendides moments.

 

Le soleil va se coucher, je regagne la route avec 2, 3 autres retardataires.
A l’ouest, à ras des bords du canyon le soleil, à l’est la lune.

Lumière de plus en plus orangée. Je quitte le canyon par la piste du nord, qui rejoint 20 ou 25 miles plus loin la 550 bitumée. Le temps de m’arrêter, de regarder le canyon, et je vois monter le gris puis le bleu sombre sur la plaine, les ruines, la piste.

 

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68 -1 -Albuquerque, Acoma, Grants

Le vol de Jean-Pierre part à midi d’Albuquerque. Nous y sommes vers 10h30. Le moment des adieux.
Et j’entends alors la voix de Gérard Philippe dans Lorenzaccio:

  • « … des adieux, des adieux sans fin, les rives de l’Arno pleines d’adieux !
    Les gamins l’écrivent sur les murs;… »
  • On se quitte.

La 25 north puis la highway 40 west qui va vers Gallup, Flagstaff et qui passe pas très loin du pueblo Laguna que nous avions visité avec Cécile.
Quitter la grande route, rouler jusqu’à Acoma,
les cottonwoods, les mesas, le sable ocre rose, le lit de la rivière à droite à sec, gris beige.

Il faudra que je sois très près de la mesa, pour voir la silhouette allongée du village, les maisons, l’église, de la couleur des roches et de la terre.

Y aller seul? Impossible sans connaître quelqu’un de ses habitants.

Encore et toujours le même panneau:
No visitor beyond this point.
Alors nous visiterons avec Conrad, notre guide.

Le village, la vue et l’église n’en seront pas moins beaux, le plaisir moindre, peut-être. Ni rencontre ni flânerie imprévue.

Conrad connait bien son pays, et il a la gentillesse de prendre le temps de me renseigner:
– « Par où vous passez pour aller à Chaco Canyon?
– « On peut y aller en prenant la 40, contourner par l’ouest Tsoodził, the turquoise mountain, ou le Mont Taylor, comme vous l’appelez. Après Grants la 605 north jusqu’à White Horse. Quand il n’y a plus de route en face, prendre vers l’ouest et à Seven Lakes, la piste plein nord jusqu’à Chaco Canyon. »
– « Merci, au revoir! »
– « Bye! »

Je retrouve la Highway avec la Turquoise montagne comme repère. Plus loin un il y a un visitor center très bienvenu, j’y vais demander confirmation de tous ces renseignements. 3 rangers sont là. Ils sortent une carte et y tracent le trajet qui correspond exactement aux explications de Conrad.
– « Et la piste, est-ce que je peux la prendre, j’ai une voiture « normale », pas un 4/4? ».
Un des rangers téléphone à Chaco Canyon.
– « C’est bon, me dit-il, la piste est très sèche et ils ferment au coucher du soleil, à 19h30 »
– « Combien de temps il faut? »
– « Oh, vous allez mettre entre 1h30 et 2 heures. »
Ils me donnent la carte. Je les remercie chaleureusement.

Je fais le plein d’essence et d’eau, j’ai 2 vestes derrière, bonnet, gant, pull, des raisins et des amandes (ce sont les habitudes d’ici, il fait froid la nuit et sur certaines routes on ne croise pratiquement personne.)

Grants

Bon, évidemment je me perds dans Grants, et me retrouve dans une vague rue avec des restes de camions, wagonnets, extracteurs (?) , plus loin un ensemble de bâtiments probablement abandonnés car les mines d’uranium ne sont plus exploitées depuis les années 80. Je continue et arrive à un café. Un immense type, maigre et costaud, en sort et va monter dans sa voiture. Je lui fais signe. Il s’arrête, je lui demande la route:
-« Chaco Canyon, connais pas, je connais Zuni Canyon, Chaco ça me dit rien. » 
– « J’ai une carte ».
– « Ok regardons. »
On l’étale sur le capot.
Il situe où on est, voit le tracé jaune des rangers et m’explique comment retrouver la bonne route. Il ajoute:
– « Faites attention, vers Seven Lakes on voit pas bien l’embranchement. »
Il doit penser si elle peut se perdre dans  Grants, elle est pas arrivée. En fait c’était plutôt ma légère angoisse devant ce trajet que tout le monde m’a décrit comme très aléatoire. Mais ne pas se dégonfler, juste me concentrer.

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67 – Katya Bonnenfant et Kota Ezawa, Le Rio Grande, 502 et 503 roads, la Terre des Tamayame, Sandia Mountain avec Jean-Pierre

Nous partageons la table du petit déjeuner avec un jeune couple. Ils parlent Anglais, tous les deux avec un accent, français il nous semble pour elle et plutôt allemand pour lui. Au bout d’un temps, elle se tourne vers nous:
– « Mais vous parlez Français »,
– « Nous sommes français comme vous, non? »

Ils sont tous les deux artistes, Katya habite Lyon, Kota San Francisco. Il est moitié japonais, moitié allemand. Ils se sont rencontrés pendant une résidence en Allemagne. Ils sont peintres, écrivent, utilisent la vidéo dans leurs installations. On sympathise, on discute.
On échange nos adresses.

Pour vous les présenter,
ces films sur tous les deux, Odessa Staircase Redux
et celui-ci sur Katya Bonnenfant.

Visite des gorges du Rio Grande, de son fameux très haut pont, à chaque fois aussi spectaculaire.

On longe la rivière jusqu’à Pilar, en s’arrêtant de temps en temps pour montrer à Jean-Pierre les endroits que j’ai préférés.


Las Trampas et Truchas. La neige tombe à nouveau. Avec le soleil qui perce parfois la lumière devient étonnante.

Jean-Pierre décide de continuer par des petites routes jusqu’à l’hôtel où nous passerons la nuit
Nous traversons des terres retirées, des hameaux qui paraissent désertés, pourtant des voitures sont garées devant les maisons, prairies, vaches, sierras, canyons, le gris vert de la sauge, les ocres et les roses des terres, blanc neigeux des sommets, rouge éteint, bleu pâle, mauve, jaune assourdi des maisons, les corrals souvent délabrés, les barbelés eux, bien entretenus, aux limites des réserves, le ruban étincelant d’un rio traversé ou longé un temps.

C’est ce mélange de signes d’un passé de pionniers et d’une présence humaine pourtant imperceptible, si on peut dire, de terres à l’infini, qui paraissent inchangées, qui me plaît ici.

L’impression que la dureté et la rudesse constituent ce pays tout autant que la beauté des ciels, sans cesse changeants, et des paysages effarants de variété. Rien n’est pittoresque, trop banal, trop particulier, trop laid ou trop beau. Oui finalement l’excès en tout comme dans cette manière américaine de s’exprimer, enthousiasme d’autant plus excessif qu’il ne connaît pas la fatigue d’une longue histoire, peut-être?

Ciel gris brusquement déchiré par le soleil en train de descendre à l’horizon pour arriver à l’hôtel situé sur la terre des Tamayame, près de Santa Anna pueblo. A l’est la pleine lune au-dessus de la ligne des arbres roussis par le soleil couchant pour adoucir notre dernière promenade? Jean Pierre repart demain. La rivière derrière…

Pendant que j’écris, j’entends les rafales de vent.

  • « Je n’aime pas le printemps à Taos, à cause du vent »,
    m’a dit Robbie l’autre jour.
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66 – Ancient Alive, Eagle Nest, Wheeler Peak, James « T Model » Ford au Shadows, Gombo Project et Baptiste Russell à l’Alley Cantina

Après le petit déjeuner, je montre à Jean-pierre où j’habite. La fameuse casita 9s, son chauffage à gaz, sa cuisine claire et l’immense pièce avec le piano « Würlitzer ». Pendant que Jean-Pierre lit ses mails, je fais un café, puis nous partons faire un tour de la plaza et de Bent Street. Rendons visite à Jocelyn Martinez, peintre et qui vend aussi dans sa galerie « Ancient Alive »  des bijoux, des peintures, des gravures, des poteries faites par d’autres « native artists ». Repas chez Graham’s.

Nous partons vers le nord de Taos pour « faire » l’Enchanted Circle,  qui passe par Questa, Red River et Eagle Nest puis redescend par la HW64 vers l’est de Taos. Partis sous le soleil, le parcours nous déçoit.

Bientôt la brume, la neige, des nuées sombres ou japonaises » enchantent » les paysages. Animaux et hauts arbres si sombres sur le blanc laiteux des champs.

Rosi de brume, le rouge incongru des saules le long des rios, d’ardoise brillante on dirait, et traversés d’éclats étincelants dans une brusque déchirure des nuages. Tout en haut, un troupeau de chevaux. La boue, les maisons éparses, le Wheeler Peak de partout visible et qui culmine à plus de 4000m, l’espace dont le blanc de la neige efface les limites, un ranch, rendent encore plus sensibles l’éloignement et peut-être l’isolement de ces vies sauvages, rudes.

Descente sous les flocons.

Un thé pour se réchauffer et nous passons chez Taos Sound, le meilleur disquaire de Taos, se renseigner sur les bons endroits de musique pour ce soir.

Le disquaire sort pleins de cd à écouter et JP en choisit 2. Puis il nous dit qu’il y a un concert exceptionnel  au « Shadows », avec un très vieux bluesman du Mississipi, 90 ans et encore surprenant: James « T Model » Ford.
Nous parle ensuite d’un groupe: Gombo Project et Baptiste Russell qui joue à l’Alley Cantina. En avant, pour la musique et ce sera bien.

Nuit étoilée pour rentrer chez Mabel Dodge.

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65 – Arrivée de Jean Pierre, Albuquerque, la Chambre d’Ansel Adams, Mabel Dodge Luhan House

Aujourd’hui, Albuquerque pour accueillir Jean-Pierre qui arrive de Denver. Départ à 14h avec cd enegistrés en dernière minute pour la route. Ecouter Alela Diane, James Keelaghan, Andy Spillane, Paul Mousey, Capercaillie, John Surman, Leszek Mozdzer et Lars Danielson sur ces routes américaines, au chaud et – il faut le dire – au large. Traversée de villes banales aux noms de toutes origines, La Cienega, Dixon, Velarde, Ohkay Owingeh, Pojoaque, Camel Roc, Tesuque, Algodones, Sandia Crest…, échappées somptueuses sur le Rio Grande et les cottonwoods,  sur les Sangre de Cristo aux sommets enneigés et la Sandia Mountain.

Avant de partir, en promenant le doigt sur la carte, j’avais envie d’énumérer ou plutôt d’évoquer tous ces noms, sorte de voyage immobile, et relire ce poème de Baudelaire:
« Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.

Dites, qu’avez-vous vu ? »

Quand Jean-Pierre m’appelle de l’aéroport, je suis encore à 40 km d’Albuquerque. On convient de se retrouver sur l’ancienne plaza, près de l’église. Finalement, j’arrive presque en même temps que lui.  Café, nouvelles, petit tour en vieille ville et nous repartons pour Taos.
Posons les bagages à l’hôtel.

Cette maison de Mabel Dodge Luhan est à la fois un musée et un hôtel.
Chaque chambre a le nom d’un(e) ami(e) de Mabel Dodge: Georgia O’Keeffe, Dorothy Brett, Nicholai Fechin, Frieda Lawrence, DH Lawrence… Une, tout à côté de la sienne est celle de son mari indien, Tony Luhan.

Côté ville, nous sommes à 200m de la plaza et côté jardin, directement sur la lande, derrière la Morada, qu’on aperçoit au loin à droite en se penchant un peu et pour moi, sur la pointe des pieds.

Dîner au Doc Martins, juste à côté, où ce soir, la musique ne nous passionne pas. Rentrons nous coucher dans la chambre « Ansel Adams », là où Dennis Hopper a écrit le script d’Easy Rider.

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