49 – Matins Tranquilles, les Brèves de Comptoir de George, Arroyo Hondo, Pêche à la Truite

En ce moment les matins sont tranquilles, le temps s’y prête, gloomy, comme on dit ici. En général ça se lève dans l’après midi.

A midi George arrive pour la conversation française/repas. Jambon, riz, poireaux sautés, petites omelettes au persil, eau du puits d’Hélène. On se régale et on parle des « Brèves de Comptoir » dont l’idée plait beaucoup à Georges qui a ce même talent incroyablement vivant pour raconter tout ce qu’il entend lors de ses virées en ville ou quand il prend le bus. Au dessert – fruits – on reparle en Anglais de tout et de rien, de nos co-résidents, de nous, de Nicolas Bouvier, de Gorki Park de Martin Cruz Smith.

Vers 16h je pars pour Arroyo Seco et prend une petite route de traverse vers le village d’Arroyo Hondo, où j’arrive assez tard. Avant, les chevaux dans le blanc bleu d’hiver, la mesa dans l’ombre, la lumière sur la plaine.

Le soleil est maintenant plus bas que les nuages. Les champs et les arbres, orangés. Plus de neige. Comme si les maisons proches réchauffaient les champs. Je traverse la 522 qui va de Questa à Taos, en continuant sur la petite route qui longe le rio. M’arrête et prend le sténopé pour essayer 2, 3 photos de la rivière et des arbres.

Quand j’ai fini et que je retourne vers la voiture garée un peu plus loin je vois un type sortir de la sienne, bleu roi, avec sa canne à pêche. A 100 m du village, au bord de la route, il s’installe tranquillement. Lui demande si oui c’est bien une canne  pêche qu’il a. Il rigole carrément faut dire c’est la question idiote… pas trouvé mieux pour l’aborder. Il me demande d’où je viens, dès que je réponds France il me serre chaleureusement la main. Il continue; « Oh oui je viens là depuis tout petit,  je suis né ici et j’y ai toujours vécu et ai toujours attrapé des truites dans cette rivière. » Il venait pour son dîner. L’eau était claire… Le laisse tranquille et reprends la 522 qui passe dans d’immenses espaces, on voit tellement loin. La nuit monte, envahit de gris puis de bleu sombre le ciel.

A un moment où je me suis arrêtée pour encore prendre une photo, je vois une voiture faire demi tour et revenir vers moi, il a l’air du fermier qui rentre chez lui, ralentit, la fenêtre ouverte,  et depuis l’autre côté de la route commence à dire je ne sais pas quoi. Je remonte en voiture et démarre. Il me suit. Me voyant les bras en l’air pour prendre la photo…il m’a, point de vue français,  prise pour une vieille prostituée en train de lui faire des grands signes ou a pensé, point de vue américain, que j’avais besoin d’aide et  gracieusement raccompagné jusqu’à la ville.

 

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