71 – Recette Feuilletonneuse, le Réel, l’Instantané, le Temps, l’Homme avec le Chien

J’avais eu l’idée d’utiliser les différentes journées virtuelles d’hier en les répartissant. Je me disais, recette de feuilletonneuse, découpons.
Découpée, la réalité reste-t-elle ce qu’elle est. J’en sais rien, justement!
Et puis dès qu’on photographie, dès qu’on écrit, la fidélité au réel a-t-elle la moindre pertinence? Ce qui  importe serait une sorte de « vrai » par rapport à soi. Cela me fait penser à une réponse d’un père à son fils dans Phoenix, Arizona de l’écrivain spokane Sherwood Alexie qui trace encore une autre philosophie, qui me plaît bien:
– « Qu’est-ce que la réalité? Je ne m’intéresse pas à la réalité. Je m’intéresse à la manière dont les choses devraient être. »

Ce que le blog a de particulier c’est qu’il est à la fois dans l’instant de soi et dans la rencontre momentanée avec celui ou celle qui lit, et pourtant c’est de l’écrit.

Aujourd’hui c’est peut-être ça le changement:
Glisser de la reconnaissance donnée à « l’oeuvre » qui perdure, exprimée avec codes, apprentissage, et s’inscrivant ainsi dans une histoire de l’art,
à de l’instantané qui, dès qu’il est exprimé et visible  peut être considéré comme oeuvre d’art. Selon quels critères? La pertinence par rapport à une contemporanéité ?

La photographie a justement participé à ce changement. Elle a, du fait de son côté mécanique, essuyé le mépris du monde de l’art et obligé les peintres à ne plus viser la véracité, l’exactitude, le savoir faire, mais à cultiver l’originalité du point de vue. D’où aussi toutes ces variations dans l’art contemporain du plus objectif avec si possible pas d’émotion au plus intimement subjectif  avec déchirements de l’âme ou (et) du corps, ou une oscillation de l’une à l’autre à l’intérieur de l’oeuvre.

Me voilà à regarder par la fenêtre.

Je vois l’homme en train de promener son chien; « le » « les » – j’hésite, (oui « le » représente tous ceux que je vois passer promenant leur chien sans les identifier.) –  donc le ou les vois souvent par la fenêtre quand je suis comme en ce moment en panne d »inspiration. Celui d’aujourd’hui, le voilà déjà presque disparu, la photo prise trop tard. Comme le disait Cartier-Bresson faut être vif. Y’en a d’autres qui pensent qu’au contraire si la « photo est passée » pendant qu’on installe l’appareil photo sur le trépied, peaufine le cadre et mesure la lumière, c’est que la photo ne valait pas la peine d’être prise. Le mieux ce serait peut-être la fenêtre vide. Moi, j’essaie de ne pas penser, la pensée c’est ce qui m’a souvent retenue de faire. Harmonie légèrement défectueuse entre la tête et les gestes?
Je découvre dans le blog le plaisir de dire une histoire qui raconte le mieux possible ce qui m’est arrivé en une sorte de temps réel, en s’adressant à ceux qui ont envie de continuer à lire ce que je poste (comme dit le mot anglais « post » ou article) et même celui de n’avoir rien à dire qui débouche quelquefois sur des dérives inattendues. Je me demande alors, est-ce que les gens s’ennuient quand je ne sais pas trop ce que j’écris. Ces dérives ne constitueraient-elles pas les textes les plus intéressants? Quand ça échappe et prend une vie autonome, ça me plaît. Et vous?
Suite de l’histoire le les demain.
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