95 – Toutes les Dernières Fois, Los Alamos, Jemez Mountains, Springs, San Ysidro, Zia, Santa Ana, La chambre à Albuquerque

Ultime visite à Michael, qui me dit: « Marie, à la prochaine… » On s’embrasse.

Mettre les bagages dans le coffre !
Prendre la route, comme d’habitude, même si…

Au loin le Rio Grande à l’abri dans son canyon.A Pilar je ne résiste pas et tourne à droite. Au printemps revoir la rivière sous les arbres qui ont viré au vert tendre, et le rouge des saules paraît un peu plus pâle sur le gris rouillé de l’eau. En ce samedi, les kayakeurs glissent sur le courant, plus bas les remous, les rochers. Attendre qu’ils passent et re-photographier ma rivière solitaire.
Un geste pour marquer le moment, et tous les autres avant.

Avant Espanola, je tourne à droite passe dans Ohkay Owingeh et continue le long de la Chama River.

Ensuite l’inconnu des Jemez Mountains, par la HW30, pour aller à Los Alamos (Premiers essais nucléaires!), il fallait bien une High Way, qui donne la mesure de ce qui s’y fit et du lieu de recherche que c’est devenu. Impressionnant même si j’évite d’entrer dans la ville.

La Route 4 maintenant, taille habituelle, nids de poule et tournants serrés, qui monte sec dans les sapins et les bouleaux. A nouveau cette sauvagerie à 2 pas de la plus haute technologie, les canyons immenses, la forêt à perte de vue.


Tout en haut, on découvre d’un coup une cuvette volcanique qui annonce les sources chaudes le long de la rivière Jemez, qu’on suit en partie quand on redescend côté sud.

La plaine, la rivière, je descends prendre quelques photos, un mobile home s’arrête. Le conducteur m’appelle, je pense qu’il veut me demander un renseignement, sourire intérieur à l’idée de ma probable ignorance. Il s’agite beaucoup, hilare, heureux. « Ah je vois vous êtes photographe, alors 10mn, madame, 10 mn… » Je le coupe: « Je dors à Albuquerque c’est encore drôlement loin il faut que je trouve l’hôtel, le soleil est presque couché… » Il m’interrompt: « Non, non, vous devez prendre le temps, 10 mn pour aller au bout de cette petite route dont je viens. Vous ne pouvez pas rater ça, vous verrez, après le tunnel, vous regardez, c’est tout. » Je lui souris, « d’accord! ».
Il démarre, enchanté de la beauté encore en lui.

Je prends la petite route. Traverse un de ces nombreux hameaux du Nouveau Mexique mi- abandonnés, mi-habités de gens qui vivent de presque rien. La beauté partout autour d’eux. Est-ce moins dur?

Juste avant le tunnel,
il y a la mesa que j’ai longée tout à l’heure sur l’autre route,
mais sans la voir comme ici dans sa rouge draperie, splendeur soudaine à la sortie du tournant.

Après le tunnel, la rivière qui coulait tranquillement dans la plaine, entre les hautes herbes ou les arbres, se transforme en un torrent brun, tumultueux, écume éclaboussante, qui dévale dans les énormes blocs entre les parois resserrées du canyon.

J’y reste plus d’une heure (comme je le redoutais) à regarder, à photographier .

Le soleil a disparu.
Je retrouve la grande route qui traverse mesas et villages indiens jusqu’à Albuquerque.

De temps en temps une échappée encore ensoleillée.

C’est joué, d’ailleurs je le savais en partant, j’arriverai dans la nuit avec mon plan approximatif… comme d’habitude. Cela a été encore une longue journée somptueuse…

Ma dernière nuit en Amérique et je pense à toi (comme souvent, ici et ailleurs d’ailleurs) car la chambre te plairait énormément.
Je pars demain, avec une semaine de retard.

Taos, c’est fini.

Continue Reading

94 – Neige, Visite à la Maison Rouge, Repas à l’Outpack, le Pick Up de Caryn, Dernier Soir à Taos

Neige et grand froid, juste quand je suis à nouveau dehors sous le porche de la bibliothèque, à regarder mes mails en soufflant sur mes doigts!
Sirènes en ville, ça a l’air grave. Le nuage arriverait-il ici? Justement Robbie vient de m’envoyer d’extraordinaires photos d’Islande.
Drôle de prolongation, tout le monde part et c’est comme si j’avais programmé mon temps ici. N’ai plus vraiment la tension pour continuer à photographier.

La neige fond. Pars vers Gusdorf rd pour trouver les habitants de la maison rouge, sous l’arc en ciel et leur apporter la photo. N’arrive pas à trouver la route qui mène de l’autre côté, à l’entrée de la maison. Un piéton, indien évidemment, de l’autre côté de la rue, je lui fais signe. Il s’approche. Je lui explique, aucune réaction, j’ouvre l’enveloppe que j’ai préparée, lui montre la photo, lui redis que je veux la donner aux gens dans la maison rouge. Tout s’éclaire. « Faire demi tour, à droite, là-bas vous voyez la maison arrondie, encore à droite, juste après et vous prenez la piste.

Sur la piste, plus de maison rouge. Une voiture avec un couple jeune, indiens aussi arrive en face. Je leur fais signe et demande: « Vous ne connaîtriez pas les gens qui habitent dans la maison rouge qu’on voit de Gusdorf rd? » Silence. Lui, lève les sourcils, « Non. » Leur tends la photo, ajoute que je veux les trouver pour leur donner la photo, ils regardent, sourient et expliquent: « Juste là, les caravanes qui servent d’appentis, le champ avec les voitures, la maison est entre les deux, mais de ce côté elle n’est pas rouge. Super votre photo, ça va leur faire plaisir. Voilà la maison, une  « singlewide » comme on dit ici. T’as aussi les « doublewide », double largeur, ce sont les maisons à roulettes. Sur le côté les bagnoles en panne, le bois etc… le bric à brac gigantesque et coutumier. Comme Jacky, tout peut servir. Le chien aboie mais apparemment attaché.

Je frappe à la porte, entre. Une femme indienne allongée sur le canapé. La jambe enflée, une croûte rouge. Une table basse à côté sur laquelle une petite fille est penchée, en train de dessiner. Son grand-père, à droite, se lève et vient vers moi. Les deux adultes sont stupéfaits: Qu’est-ce que je peux bien vouloir? La télévision au fond allumée. La pièce toute petite. A nouveau je leur dis l’arc en ciel, la maison rouge… Ils regardent, leur dis que je leur donne la photo. Ça y est, on se parle. Me demande d’où je viens. Nice, sud de la France. « Ah il me semblait bien, j’ai un livre qui vient de France, je crois, je vais le chercher, vous allez me dire… » OK. Il apporte le livre me montre.
– « C’est un livre édité à Paris, par Plon: « Comment apprendre la politesse aux enfants. »
– « C’est ça,  c’est mon père, il avait récupéré un lot de livres en français. Il ouvre les autres me les tend, ils sont tous du début du XXème.

Je demande à la femme ce qui est arrivé à sa jambe.

– « Un chien qui m’a mordue. » Je mesure ma chance d’avoir échappé aux chiens de garde que j’ai croisés. Celui qui l’a mordue n’était pas bien dressé. Oui, elle a bien montré sa jambe à un médecin, et ajoute: « ils m’ont donné des antibiotiques et je dois retourner les voir. » J’insiste: « Il faut pas oublier. Vraiment y aller. » « Oui oui! ».  On se serre la main. Au revoir.

A 17h00, rendez-vous avec Caryn et Mark au « Outpack » pour un dernier dîner. On va passer 3 heures à refaire le monde de l’Europe aux Usa, de leurs filles aux miennes, de l’école qu’a créée Caryn à mes projets photo, du Rio Grande à la musique de Mark, des initiatives de la NEF aux nouvelles communautés de Détroit, …

On s’étreint, derniers hugs.
Et puis ils sont montés dans le pick up cabossé et bleu ciel de Caryn. Elle avait essayé pendant 10 ans de l’acheter à un de ses amis qui le lui a finalement donné. Souhaits de bonne continuation. Signes de main, salutations qui s’éloignent. Continuerons-nous à parler de tout lorsque nous serons chacun dans notre continent?

Boucler les valises. Demain matin, Albuquerque.
Mélancolie.

Continue Reading

93 – Au Dragonfly avec Michael, Estevan Castillo Joailler, Rincon Trading Post, Dîner avec Robbie et Jim

Pamela et Carolyn partent ce matin. Michael et moi les aidons à embarquer leurs bagages. Hugs d’adieu.

Michael me propose d’aller prendre un café-croissant aux amandes au Dragonfly, les meilleurs homemade gâteaux de Taos, 3 sortes de puddings, des tartes, des cheesecakes, un tiramisu… et leur fameux croissant aux amandes. Oui délicieux. On bavarde, un de ses amis se joint à nous. Sa femme arrive, elle est suisse. Ils devaient partir la semaine dernière. Ah l’Europe! Et le nuage, toujours là à enrayer les plans de retour. Le frigidaire a été rempli par tous les départs. Je déjeune.

Puis je continue mon exploration de la ville avec le Rincon Trading Post, à la fois petit musée de famille, auberge et magasin. Estevan Castillo est joailler comme son grand Père, Ralph Meyers, le fondateur de ce comptoir. Celui-ci lui a légué ses outils, ceux-là même qu’il s’était fabriqué pour ses créations.
Estevan travaille avec son fils Michael.

Là encore, on discute, il m’explique en particulier la technique où ils réunissaient tous les restes d’argent qu’ils refondaient en les coulant ensuite dans le sable qui servait de moule. Me reparle des inlays et overlays, me montre un collier dont il a fait chaque perle en argent et un pendentif, des bracelets et des bagues. Il va chercher les poinçons qui ont servi aux différents motifs. Ensuite il sort de vieilles de sa mère enfant, photos de ses parents, prises devant le magasin, d’amis, de fêtes avec les voisins. Un plaisir de voir le passé se dérouler là sur la table et de l’écouter raconter cette vie d’avant.

Ce matin, Robbie m’avait invitée à venir en fin d’après-midi. Elle voulait me montrer les gravures quelle a faites à partir des photos de pétroglyphes prises le jour de notre balade le long du rio Pueblo.
Elle est dans son atelier. J’admire son travail. Une photo de Robbie me plait particulièrement: cet oiseau improbable à tête de cheval, pattes accrochées au sol et aile déployée. Aura -t-il la force nécessaire à l’envol ?

On retrouve Jim dans « sa » cuisine. Ça sent extrêmement bon.  On se régale. Soirée chaleureuse, conversation: les délicieux repas de Jim, nos photos, Taos, nos enfants, les voyages, l’amitié… Dernier dîner ensemble.
On promet de se revoir…

Traîne à l’ouest un liséré jaune indécis.

Continue Reading

92 – Changement de Règles, Adieux sans Fin, la maison du Peintre Fechin, Dîner avec Pamela, Culture Mixte

Hier certains vols ont repris. Voyons ce qui se passe dans le ciel.

Ce matin j’entends un spécialiste  à la BBC parler du volcan:   le nuage continue à planer sur l’Europe. Les entreprises sont en train de perdre des milliards.  Quelques essais de vols en Allemagne, en France, en Angleterre se sont bien passé. Le danger de ces nuages volcaniques nous apparaît surévalué. Oui, les règles semblent se révéler trop strictes. Surtout, ajouterais-je, pour une économie globale en légère récession. « 

Conclusions:
Passons de la règle: « Lorsqu’un volcan entre en éruption, interdiction de s’approcher à moins de 100 miles du nuage. »
à celle qui convient dans notre monde ultra performant : « Lorsqu’on perd trop de milliards, mettant en danger la planète économique entière, on peut traverser le nuage. »
Cela va sans dire, mais disons le quand même, je suis assez contente que d’autres essaient le bain dans le nuage de cendres avant moi.

Je redis à Michaël que le chauffage ne marche plus depuis quelques jours. Il regarde,
–  » Effectivement une des pièces est dévissée. »
Il essaie de réparer. Après quelques essais infructueux, il fait venir le plombier. A 13h00 tout marche.

Je propose mes valises à Pam, elle viendra en prendre une. On décide de dîner ensemble.

Dans la continuité de l’exploration des maisons d’artistes et de mécènes de Taos, je pars visiter celle du peintre Nicolai Fechin.

C’est lui qui en a fait les plans et réalisé une partie des menuiseries: portes, fenêtres, meubles.
Il y a réuni ses tableaux et ceux de ses amis peintres. Encore une magnifique maison, très moderne, pleine de lumière, ouverte sur la nature.


Après le dîner en ville avec Pamela, on repart à pied dans la nuit. Elle me dit qu’elle aurait aimé rester plus longtemps à Taos.

« C’est exceptionnel comme lieu, encore très intact. Et puis quelle chance de pouvoir profiter d’une telle liberté sur un temps long. » Elle ajoute:
« J’adore Toronto mais tu n’imagines pas comme les Etats-Unis me manquent. »
Surprise, je lui demande:
– « Ah bon, qu’est-ce qui te manque tant? »
« La culture afro-américaine! Elle n’a pas d’équivalent dans le monde. Je l’aime. Une culture métissée c’est une vraie richesse. »

C’est vrai quand on pense à la France où des peintres de différents pays se sont croisés, influencés au début du 20ème siècle à Paris, ou aux rencontres fortes entre les musiques africaines, arabes et françaises depuis les années 60. Ou encore l’influence de l’Inde et sa musique sur les Beatles etc…

Carolyn et elle partent demain.

Continue Reading

91 – Déjeuner et Dîner avec Liz, Angel Fire, Sauvagerie de la Terre Ici, Formalités

Il y a 2 semaines à peu près, j’avais échangé ma petite valise  pour une  plus grosse qui contenait un sac pour ordi, une trousse de toilette, un grand sac à roulette et une petite valise-cabine à roulette. Après avoir essayé de mettre des livres dans la petite et la petite dans la grande puis bourrer d’habits,  je pouvais à peine la soulever. Je propose les valises restantes à Liz, qui finalement n’en a pas besoin.

Son fils Logan et sa belle fille Suzan arrivent pour l’aider à envoyer une partie de ses bagages par UPS. On bavarde et proposent qu’on déjeune ensemble chez Gutiz. Ils habitent Angel Fire à une demi heure de Taos, depuis 2 ans. Lui était avocat pour des grosses boîtes et a pris sa retraite à 39 ans. Depuis ils ont tout le temps pour s’occuper de leurs 3 filles, refaire la maison achetée ici, skier, randonner, devenir pompier bénévole…

Il fait si beau qu’on déjeune dehors. On reprend la conversation. Ils ont choisi Angel Fire pour la tranquillité des écoles et leur passion pour le ski. Aujourd’hui ils en ont mare d’être très isolés, loin de tout. Ils pensent revendre et s’installer à Taos.

On parle de l’Amérique, des ours qui  se réveillent après l’hiver, du lion des montagnes qu’ils ont vu au sud d’Albuquerque, près de la route, de cette sauvagerie de la terre ici qu’ils adorent.

Blancheur éclatante du printemps.

Après un tour en ville je partage un dernier dîner avec Liz qui part demain.

Seule à profiter de la morada dans cette lumière dorée du soir que j’aime.

Continue Reading

90 – Vol 170 Salt Lake City / Paris Annulé, Flotter entre 2 Mondes

 

6h30, je suis chez Liz. Jean-Pierre m’a envoyé un sms pour dire que le vol était annulé et qu’il avait réussi à avoir la dernière place pour le vol de dimanche prochain. Alors on bavarde et petit déjeune tranquillement.

 

On imagine l’éruption gigantesque puisque le ciel d’Europe est interdit aux avions. Je cherche des images du volcan… Impressionnant!

Ecriture, courte balade, rouvrir les valises.

 

Déjà un peu partie, j’avais clos le chapitre Taos, les pensées ailleurs. Le volcan en a décidé autrement.

Le temps médiocre ajoute à mon inertie d’aujourd’hui.
Je me retrouve à flotter entre 2 mondes.

Quelques jours de plus ici que j’aime tant, pas mal! Dès demain…

Continue Reading

89 – Accompagner George à Santa Fe, Tesuque Flea Market, un Bijoutier Russe, la Haute Route de Taos

Dimanche

Demain, je ne partirai sûrement pas. Le nuage de cendres ne se décide pas à bouger. Inutile d’aller dormir à Albuquerque pour un avion qui a 98% de chances de ne pas décoller. Mais j’avais dit à George que je le déposerai chez ses amis à Santa Fe.

Nous partons à 10h. En route il convient avec ses amis que c’est plus simple de se retrouver sur une des bretelles. Nous voilà à les attendre. George qui voyage en train pour rejoindre la basse Californie n’a que 2 énormes sacs. Je me moque de lui car c’est à peine s’il peut hisser l’énorme sac sur son dos. Ses copains arrivent. Nouveaux adieux avec promesse de se revoir pour quelques « road-trips »
– « J’ai rarement autant ri que lors de nos excursions. » me dit-il avec cette exquise politesse américaine.

Je repars vers le nord et m’arrête au marché aux puces de Tesuque où nous avions rencontré avec Cécile une photographe de chevaux et de bisons. Nous avions beaucoup parlé et finalement Cécile avait choisi une photo de cheval. J’avais envie de la revoir. Trouver aussi des perles pour Pascale qui avait aimé celles que nous lui avions rapportées. Justement je retrouve le même marchand. Il vend de magnifiques perles, qui étaient peut-être arrivées ici au moment où les perles de verre servaient de monnaie avec les Indiens. J’en achète.

Il ne fait pas très chaud et plein d’étals sont fermés. Point de photographe, mais dans son allée, un peintre « art brut ». Il est en train de peindre. Des toiles recouvrent les 3 murs. L’atelier est grand ouvert, j’entre, lui dis que ça me plaît, on discute.

Un peu plus loin, un marchand montre de magnifiques bracelets en argent et turquoise navajos, zunis etc… à des collectionneurs. Il parle avec un Navajo de l’origine de chaque turquoise et des mines d’où elles viennent. Il a aussi des bijoux plus anciens. D’autres gens arrivent. J’écoute. Les contemporains, il les achète directement aux artistes, qu’il connaît tous.

Il y a les bracelets inspirés par l’art espagnol, très ouvragés, extraordinaires dès que je les voyais au poignet des acheteuses.
lI y a ceux des Zunis souvent figuratifs et ultra-fins, ceux de Santo Domingo très géométriques, abstraits, qui racontent pourtant chacun une histoire. Il aime tout particulièrement ceux très délicats de deux frères et une sœur.

Peu à peu les gens s’en vont. Je lui demande des explications..
J’en vois un qui ressemble à celui (depression-jewel) de la petite boutique Two Graces à Ranchos de Taos. Je lui pose la question.
– « Non, pas celui-ci » me dit-il, « mais c’est exactement la même technique de l’inlay on devrait dire overlay d’ailleurs parce que les pierres ne sont pas incluses mais posées par-dessus.
Les depression-jewels, oui, très intéressants très inventifs, hélas ils valent maintenant des fortunes. »

Il me montre les différentes turquoises, certaines comme des cartes de géographie, d’autres au contrairetrès unies et puis le corail rouge ou rose, le jais noir, le jade de l’Utah aux multiples coloris du brun jaune au vert, le lapis lazuli, le gypse blanc, les coquillages nacrés.

Je lui demande d’où il est originaire,
– « de Russie, mon grand-père s’est installé sur la côte est. Nous vendions des vêtements et des bijoux. Et puis moi un jour je suis venu au Nouveau Mexique un peu par hasard, j’ai aimé et y retournais acheter des bijoux aux Indiens. Je savais qu’une fois retraité je m’installerai ici et vendrai des bijoux. »

Il a aussi une boucle de ceinture avec un cheval et des petits personnages tout fins sur de l’argent, une merveille il a très envie de la garder pour lui mais il la trouve peut-être trop féminine. Il essaie devant la glace, et je lui dis que je la trouve superbe sur lui.
Il ajoute :
– « En plus je connais quelqu’un qui fait de très belles ceintures, alors… »
Nous restons 2 heures à parler. J’achète des boucles d’oreille et un pendentif. On échange nos cartes.
– « Mais n’allez pas sur mon site je ne m’en occupe pas. Au revoir »

Je rentre par la haute route de Taos inreconnaissable, la neige a fondu, l’herbe a poussé, les arbres reverdissent. L’eau est partout, déborde quelquefois et envahit les champs les plus bas. L’église de Truchas est fermée. J’ai oublié le téléphone de Nora qui ouvre l’église. Personne dans les rues.

Après le col encore un peu recouvert de neige sale, la 518 et son Rio Grande de Ranchos et la vision surréaliste de ces 2 motards qui rapportent chez eux cet énorme dindon ou quoi?. J’arrive enfin.

L’avion n’est toujours pas annulé. Liz et moi dînons ensemble. Elle propose qu’on prenne le petit déjeuner à 6h30. Je lui dis que c’est trop gentil et trop tôt.
– « Je suis réveillée de toute façon. »
– « Alors d’accord, c’est vraiment sympa! »
– « Sweet dreams, sweet night! »

Continue Reading

88 – le Printemps, Traîner en Ville, l’Atelier de Pamela

Un samedi où on se demande combien de temps le nuage de poussières volcaniques va durer, où je remplis les valises de tout ce qui ne me sert plus.
Pas envie de photographier.
Rattraper le retard du blog? Non, tant pis.

Aller chez le coiffeur, une manière d’emporter un peu de Taos dans les cheveux. Aujourd’hui c’est une autre coiffeuse, blonde et mince. Caroline la coiffeuse Espagnole enceinte la dernière fois a eu un fils il y a 3 jours.

Flâner au printemps dans les rues, les gens en t-shirts, chemises, shorts, voir qu’en 3, 4 jours les arbres virent au vert et les couleurs remplacent les monochromes de l’hiver. Et les journées rallongent si vite.

Visiter l’atelier de Pamela, se promettre de rester en contact, ne plus se voir à Taos

 Imprimer la photo de l’arc en ciel pour la donner aux gens de la maison rouge sous la flèche.

4 choses à faire avec plaisir.

Continue Reading

87 – Sand Dunes, Zappata Falls, les Chevaux, Rio Grande dans la Plaine, Mesas, Orages

6h20, Départ pour les Great Sand Dunes au nord de Taos, dans le Colorado. Avec Cécile en 2006, on les avait aperçus au loin, sans s’arrêter. Jean-Marie Douau m’a parlé des 2 rivières qui les bordent: au sud le Medano Creek et le Sand Creek au nord. Donc il faut y aller. Encore une fois George a proposé de venir.

 Personne sur la Highway 64 jusqu’à Tres Piedras, ni sur la 285 jusqu’à Alamosa, ça va vite, un arrêt pour l’essence et un café.

On tourne à droite vers les dunes. Tout d’un coup elles apparaissent brun-rose, étales aux pieds des Sangre de Cristo Mountains.

Echappés en douceur des montagnes, à chaque col, les nuages avancent. Gigantesque ouate en mouvement.

Au Visitors Center un film explique le cycle infini des étranges dunes, de l’eau, du vent, du sable.

Quand on sort pour explorer les dunes, vent glacial, on marche un peu vers l’eau que j’avais vue de la fenêtre du Visitors Center. Mais elle s’amoindrit au fur et à mesure qu’on avance. De près c’est devenu une mince couche étale qu’absorbe le sable. Trop tôt, la fonte des neiges commence juste.

Alors on fait un tour en voiture pour voir, à l’abri du vent, puis on repart vers les Zappata Falls, le nom déjà est enthousiasmant! Ça monte pas mal. Arrivés tout près des chutes, grande crainte. Silence, où est l’eau? On aperçoit enfin une fente dans la montagne, et une coulée de glace. C’est la rivière.

Je monte sur la glace et avance jusqu’au fond. La voilà encore silencieuse, l’énorme chute glacée, divisée en deux parties. J’ai l’umpression d’être dans une grotte tellement l’ouverture en haut est resserrée. Derrière, à peine assourdi maintenant, le fracas de l’eau en amont de la chute. J’essaie d’avancer mais le sol est assez en pente et une légère pellicule de glace fondue rend tout horriblement glissant. J’abandonne sans avoir réussi à voir l’eau que j’entends si fort.

George a pris par dehors pour essayer de la voir d’en haut. C’est un sentier qui monte vers un lac avec des vues sur les magnifiques sommets autour et la plaine à l’infini. Au premier plan en bas les dunes de sable et sur les flancs de la montagne en face de hautes prairies claires, presque jaunes dans le vert sombre des sapins et le gris des autres arbres.

Le chemin ne s’approche à aucun moment du haut des chutes. On redescend, un peu déçus. Pique nique rapide.

Le donut, c’est l’inévitable achat dans cette boutique de station service, bazar, super marché de l’essentiel. A la caisse, devant nous, un grand type magnifique genre pionnier de cinéma, en long short sur lequel George fait une remarque et il lui répond qu’hier il faisait très chaud et qu’il s’est aperçu en sortant ce matin qu’il faisait bien froid et oui, depuis le temps qu’il habite ici, il aurait dû se douter que ça n’allait pas forcément se réchauffer, surtout avec le vent qui s’est levé froid et violent. Mais il était déjà parti. Heureusement, il avait sa canadienne bien chaude dans la voiture et tout ça avec des yeux complètement limpides, en rigolant et une tête à peindre et l’allure aguerrie de quelqu’un qui vit toujours dehors. Je lui ai bien dit que cela me plairait de le photographier avec sa veste et son short mais ça ne lui disait rien. Dommage.

Dans un des petits villages où on passe il y a un mini office de tourisme, on a lu quelque part que sur la petite route qu’on allait prendre y’avait plein de trucs à voir. J’entre dans le bureau assez sombre et j’entends le bonjour venu de derrière la porte qui, tant qu’elle n’est pas fermée, cache à moitié une vieille petite dame en train de tranquillement tricoter. Je lui demande:
– « Alors la 142, là qu’est-ce qu’il y a à voir? »
Grand silence étonné.
– « Vous allez où? »
Je répète ce qu’on a vaguement lu et elle:
-« Ah non, ça ne me dit rien! Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a à voir sur cette route. Vous feriez mieux pour aller à Taos de prendre par Questa. »
En regardant les dépliants au fond, j’en trouve un qui parle justement des églises, des pétroglyphes… le long de la route qu’on va prendre. Elle regarde et me dit:
– « Ecoutez moi je ne vois rien de rien sur cette route mais allez-y vous me raconterez. »

On prend la petite route qui passe dans la haute plaine, les mesas et le Rio Grande. Magnifique, je descends jusqu’à la rivière pour prendre des photos et là 4 chevaux arrivent au galop, ralentissent, s’arrêtent juste en face, sur la rive opposée, me regardent, boivent, marchent dans l’eau, des oies sauvages, pas loin. Merveilleusement tranquille. Ils repartent en galopant vers la mesa à droite, avec une maison au toit rouge, en haut. On n’a rien vu d’autre. Elle avait raison la dame.

Le reste du retour se fait dans une lumière d’orage. Quand on rejoint la 64, pluie battante.

En arrivant je trouverai un triste message du type aux lamas. Le lama blessé est mort. Tous les autres vont très bien.
La pluie en souvenir.

Continue Reading