74 – Le Rio Grande au Nord de Questa, Appartenance au Monde Naturel, Ici et Maintenant, Vie et Mort

Je m’arrête au bord des abrupts, regarde le ciel comme une toile gigantesque tellement on pourrait croire qu’il a été peint.

Je respire le souffle du vent, et quand le vent tombe, à cette heure sans chants d’oiseaux, le silence est tel que j’entends l’eau. Terriblement beau. Je marche, le soir est arrivé, les parois s’assombrissent, presque noires contre le ciel renvoyant la lumière du couchant, juste en face sur la rive opposée. Les rivières, tout au fond des gorges, là-bas, en bas restent longtemps visibles comme des rubans très légèrement phosphorescents, et la sauge couvre les landes à l’entour d’un vert de plus en plus cendré.

Je suis impressionnée, une beauté poignante, presque à pleurer, qui me renvoie à tous les proches disparus ces dernières années. Serait-ce Pâques? Il y a au moment où la nuit arrive sur ces paysages, un sentiment très fort d’appartenance au monde naturel, le surgissement en moi de pensées de vie et de mort impossibles à séparer dans cette grande et crépusculaire solitude, pas l’une sans l’autre. Lieu commun mais que je ne ressens jamais autant que lorsque je suis seule, loin de tout, à photographier, rêver, marcher ou nager.

Ce sont des moments de profonde complétude, les deux faces des choses sans qu’on puisse en oublier l’une ou l’autre. Ici, maintenant. L’amour quelquefois aussi, les naissances, nos enfants et certains moments de grâce entre amis. Ces instants de présent absolu, sans scories du passé ou questions du lendemain sont du pur bonheur.

Place au crépuscule, à cette heure si bien dite entre chien et loup, que j’aime répéter.

Place à la paix qui monte et aux images en train de s’effacer dans l’ombre bleue de la nuit: le ciel comme une succession de toiles gigantesques, le ruban enluminé de l’eau, la nuit, les daims si craintifs. Enfin les lumières des villes de passage.

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