80 – Taja et Treasures: Pablo Flores, Bobby Garcia, Lydia Garcia, Hot Springs le Long du Rio Grande, la Longue plaine, Earthship

Vers 14h, je pars pour les sources chaudes du Rio Grande. En passant je vois que la petite boutique ANTIQUES FURNITURE etc… est ouverte, plein de trucs sortis devant. Ça fait longtemps que je veux m’arrêter mais elle est souvent fermée. La propriétaire, Taja est dehors en train de réparer une chaise. J’entre. Il y a des vêtements vintage, des tableaux, des meubles, de la vaisselle, et plein d’art populaire. De plus près certains me plaisent beaucoup. La conversation s’engage. Elle me montre les œuvres d’un santero de Santa Fe, Bobby Garcia, qu’elle aime énormément et d’une femme qui peint des vierges et des anges gardiens, Lydia Garcia, je crois.

Elle m’explique qu’elle a commencé à vendre cet art populaire local un peu par hasard.
– « C’est une tradition ici et c’est pour moi une belle façon de contribuer à ce que tous ces artistes, souvent méprisés, puissent continuer à créer. »
Derrière un comptoir, au fond à droite, je vois des petits ex-votos qui ressemblent à ceux que j’ai vus à Ranchos de Taos, quand le chien m’avait fait si peur. Je raconte à Taja l’histoire et lui dis comme j’avais aimé ses ex-votos.
– « Oh  oui, c’est Pablo Flores dont vous parlez, il expose dans plusieurs galeries. Pablo Flores et Bobby Garcia sont des santeros, des artistes qui ont eu une révélation divine et consacrent alors leur art au religieux: autels, sculptures, tableaux, ex-votos… »

Et nous voilà parties pour un voyage de 3 heures. Taja me raconte les vies de ces artistes, les tableaux les sculptures. Elle propose de téléphoner à Pablo Flores pour qu’il vienne. Elle lui raconte l’histoire du chien… ils rigolent.
-« Aujourd’hui ce n’est pas possible, mais lundi d’accord. »

Il y a des œuvres, plus grandes, d’un autre santero, dont les scènes sont incroyablement vivantes. Il peint sur bois en utilisant les veines, les particularités et les défauts du bois.

Finalement je choisis des petits ex votos et un poisson en métal, souvenirs cadeaux?

– « A lundi! J’achèterai un ex-voto à Pablo Florès et si je trouve la place un des bois peints. »

Je pars et retrouve la piste par laquelle nous étions passés avec Patrick, le long du Rio Hondo, jusquà l’endroit où il se jette dans le Rio Grande. Je traverse le pont et remonte sur la rive opposée.

A la première épingle à cheveu, je vois 2 voitures garées et le départ d’un chemin. Je continue à pied.

Après 7, 800m, un chien vient vers moi. Je m’arrête quand il commence à aboyer. Je vois alors une tête d’homme puis le haut du corps :
– « Ne vous en faites pas, il n’est pas méchant. »
Une jeune femme se dresse à moitié. Et devine 2 autres personnes avec eux. Ils sont tranquillement installés dans le bassin d’eau chaude, en train de boire des bières et de fumer. Très tentant. Je me promets de revenir un matin de la semaine prochaine.

Je sors du canyon par l’ouest et me retrouve dans une lande à perte de vue. Quelques ranches. Je viens de voir que je n’ai plus beaucoup d’essence. La piste continue absolument droite et paraît sans fin. Je viens de voir que je n’ai plus beaucoup d’essence. Une voiture arrive, grands signes, elle s’arrête et je demande à la conductrice si je suis bien sur la piste qui mène à la 64.
– « Oui, ce n’est plus très loin. »

Presque rassurée, je pense quand même:
– « Ici ça veut dire quoi pas très loin ? »
La route oblique dans la bonne direction.

Voilà les maisons Earthship. Je connais. Je m’arrête. Regarde des détails. Admire dans la lumière du soir qui vient..

Juste après les réservoirs, c’est là que je tourne pour Taos. Ces 2 drifters, vagabonds. Les deux mots disent la même errance, le même incertain. .
Me rappelle Louise Erdrich: « Au début quand on attend quelqu’un, chaque ombre est une arrivée. Puis les ombres deviennent la substance même de l’effroi. »
La malédiction des Colombes

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