85 – Gutiz, Tune Drive, la Directe, Manby Hot Springs, Heather, Adieux à la Lande et à la Morada, la Fenêtre

Repas avec Caryn et Marc chez Gutiz, au nord de Taos. Caryn me pose plein de questions sur la photo auxquelles je réponds en dérivant sans cesse. Elle me raconte qu’elle a filmé sa fille quand elle avait entre 5 et 12 ans en lui posant chaque année les 10 mêmes questions. Pour certaines, sa fille trouvait de nouvelles réponses et pour d’autres, non. Cela variait d’année en année. En même temps elle gardait l’image de sa fille en train de grandir et de changer. Marc explique que sa barbe de 4 jours fait partie des préparatifs (?) pour aller camper avec des amis. Ils vont faire du golf-disc et filmer pendant 4 jours en pleine nature.

On parle de Taos, de la sauvagerie de ce sud ouest, des gens d’ici assez particuliers, du charme européen et Marc ajoute que son écrivain préféré est Montaigne car il n’est jamais complaisant avec lui-même…

Encore des adieux et revoilà la voix de Gérard Philippe dans Lorenzaccio qui résonne à nouveau. On devient amis.
Eloignés les uns des autres, continuerons-nous d’échanger ?

 

SOFT SHOULDER, j’aime toujours  cette expression qui continue de me surprendre, chaque fois que je la croise. « Epaule tendre ». Non,  « accotement non stabilisé ». Ne pas s’y abandonner.

Adrienne et Leaf m’ont parlé dimanche des sources chaudes, Manby hot springs, situées un peu plus bas sur le Rio Grande. En fin d’après-midi, je prends la longue Tune drive qu’ils m’ont indiquée, puis le chemin qui descend vers la rivière.

Je perds la piste et me retrouve dans une sorte de chaos de roches avec stations ombragées et sablonneuses. Arrivée en bas ou presque, pas de sources chaudes. Je remonte, c’est plutôt de l’escalade très facile que de la marche. J’aime bien ça. En passant un peu plus à droite, je trouve un chemin qui continue en pente douce. Les sources sont probablement beaucoup plus en aval. Si j’ai le temps avant de partir, je reviendrai un matin.

Le ciel rose tendre, pour un petit tour d’adieu à la lande et à la morada. Heather en revient. On parle. Elle a écrit un livre sur sa conversion au catholicisme, grâce auquel elle s’est sortie de l’alcoolisme. Elle redit combien elle aime ces lieux solitaires et très beaux où elle est souvent venue. On se dit au revoir. Elle part demain.

Je marche dans l’odeur de la sauge, des pins pinions et des genévriers devenue familière, comme le sont la ligne des crêtes au fond, la croix noire de Georgia O’Keeffe, et la blanche sur la Morada, la rectitude du sentier, les replis du terrain, le rouge craquelé de la terre. Seul le vent de ce soir de printemps pour adoucir le nevermore.
Toutes les dernières fois se succèdent. Ça fait drôle.

Cette maison est sur le chemin qui longe le cimetière.  La nuit tombée, en repartant, je voyais sa lumière dans la nuit. Une femme lisait ou marchait, effaçant le feu dans la cheminée dans ses allers et retours. Ce soir, il y a aussi un homme.
Chaque fois je me demandais quelle était la vie de cette femme. Avait-elle choisi d’habiter si près du cimetière ou était-ce une maison de famille? Vivait-elle seule? Cet hiver, la fumée ajoutait à mon impression d’une chaude chaleureuse maison.
Malgré mon envie, je n’ai jamais frappé à la porte.

En rentrant, je dîne seule. Porc au gingembre, à l’ail, au soja et riz blanc.

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