89 – Accompagner George à Santa Fe, Tesuque Flea Market, un Bijoutier Russe, la Haute Route de Taos

Dimanche

Demain, je ne partirai sûrement pas. Le nuage de cendres ne se décide pas à bouger. Inutile d’aller dormir à Albuquerque pour un avion qui a 98% de chances de ne pas décoller. Mais j’avais dit à George que je le déposerai chez ses amis à Santa Fe.

Nous partons à 10h. En route il convient avec ses amis que c’est plus simple de se retrouver sur une des bretelles. Nous voilà à les attendre. George qui voyage en train pour rejoindre la basse Californie n’a que 2 énormes sacs. Je me moque de lui car c’est à peine s’il peut hisser l’énorme sac sur son dos. Ses copains arrivent. Nouveaux adieux avec promesse de se revoir pour quelques « road-trips »
– « J’ai rarement autant ri que lors de nos excursions. » me dit-il avec cette exquise politesse américaine.

Je repars vers le nord et m’arrête au marché aux puces de Tesuque où nous avions rencontré avec Cécile une photographe de chevaux et de bisons. Nous avions beaucoup parlé et finalement Cécile avait choisi une photo de cheval. J’avais envie de la revoir. Trouver aussi des perles pour Pascale qui avait aimé celles que nous lui avions rapportées. Justement je retrouve le même marchand. Il vend de magnifiques perles, qui étaient peut-être arrivées ici au moment où les perles de verre servaient de monnaie avec les Indiens. J’en achète.

Il ne fait pas très chaud et plein d’étals sont fermés. Point de photographe, mais dans son allée, un peintre « art brut ». Il est en train de peindre. Des toiles recouvrent les 3 murs. L’atelier est grand ouvert, j’entre, lui dis que ça me plaît, on discute.

Un peu plus loin, un marchand montre de magnifiques bracelets en argent et turquoise navajos, zunis etc… à des collectionneurs. Il parle avec un Navajo de l’origine de chaque turquoise et des mines d’où elles viennent. Il a aussi des bijoux plus anciens. D’autres gens arrivent. J’écoute. Les contemporains, il les achète directement aux artistes, qu’il connaît tous.

Il y a les bracelets inspirés par l’art espagnol, très ouvragés, extraordinaires dès que je les voyais au poignet des acheteuses.
lI y a ceux des Zunis souvent figuratifs et ultra-fins, ceux de Santo Domingo très géométriques, abstraits, qui racontent pourtant chacun une histoire. Il aime tout particulièrement ceux très délicats de deux frères et une sœur.

Peu à peu les gens s’en vont. Je lui demande des explications..
J’en vois un qui ressemble à celui (depression-jewel) de la petite boutique Two Graces à Ranchos de Taos. Je lui pose la question.
– « Non, pas celui-ci » me dit-il, « mais c’est exactement la même technique de l’inlay on devrait dire overlay d’ailleurs parce que les pierres ne sont pas incluses mais posées par-dessus.
Les depression-jewels, oui, très intéressants très inventifs, hélas ils valent maintenant des fortunes. »

Il me montre les différentes turquoises, certaines comme des cartes de géographie, d’autres au contrairetrès unies et puis le corail rouge ou rose, le jais noir, le jade de l’Utah aux multiples coloris du brun jaune au vert, le lapis lazuli, le gypse blanc, les coquillages nacrés.

Je lui demande d’où il est originaire,
– « de Russie, mon grand-père s’est installé sur la côte est. Nous vendions des vêtements et des bijoux. Et puis moi un jour je suis venu au Nouveau Mexique un peu par hasard, j’ai aimé et y retournais acheter des bijoux aux Indiens. Je savais qu’une fois retraité je m’installerai ici et vendrai des bijoux. »

Il a aussi une boucle de ceinture avec un cheval et des petits personnages tout fins sur de l’argent, une merveille il a très envie de la garder pour lui mais il la trouve peut-être trop féminine. Il essaie devant la glace, et je lui dis que je la trouve superbe sur lui.
Il ajoute :
– « En plus je connais quelqu’un qui fait de très belles ceintures, alors… »
Nous restons 2 heures à parler. J’achète des boucles d’oreille et un pendentif. On échange nos cartes.
– « Mais n’allez pas sur mon site je ne m’en occupe pas. Au revoir »

Je rentre par la haute route de Taos inreconnaissable, la neige a fondu, l’herbe a poussé, les arbres reverdissent. L’eau est partout, déborde quelquefois et envahit les champs les plus bas. L’église de Truchas est fermée. J’ai oublié le téléphone de Nora qui ouvre l’église. Personne dans les rues.

Après le col encore un peu recouvert de neige sale, la 518 et son Rio Grande de Ranchos et la vision surréaliste de ces 2 motards qui rapportent chez eux cet énorme dindon ou quoi?. J’arrive enfin.

L’avion n’est toujours pas annulé. Liz et moi dînons ensemble. Elle propose qu’on prenne le petit déjeuner à 6h30. Je lui dis que c’est trop gentil et trop tôt.
– « Je suis réveillée de toute façon. »
– « Alors d’accord, c’est vraiment sympa! »
– « Sweet dreams, sweet night! »

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